Comment Manolo Valiente devint Juan de Pena
Le 10 février 1939, fuyant sa patrie qu'il aimait tant, Manolo Valiente
franchit la frontière et devient un exilé, un "réfugié".
Il souffre,
comme ses frères d'exil, de la rigueur de l'hiver dans des camps de fortune et de
l'attitude hostile d'une partie de la population française. Menacé de déportation,
il se dissimule aux recherches des autorités pétainistes et nazies. Les camps de
concentration d'Argelès-sur-Mer et de Saint-Cyprien vont le soumettre à des
souffrances qu'il exprimera dans son œuvre littéraire avec des mots qui
viennent du cœur, des poèmes témoignant d'une profonde douleur qui traduisent
l'insupportable angoisse, l'horreur, l'inimaginable.
Les geôliers de ces exilés
espagnols ignoraient alors que la guerre allait, hélas, frapper également la France
quelques mois plus tard. À ce moment-là, la plus grande partie de ces exilés
seront mobilisés dans la légion étrangère. Certains mourront au combat, d'autres
prendront le maquis, et les plus chanceux rejoindront les troupes françaises
d'Afrique du Nord. Sous les ordres du Maréchal Leclerc, et leurs chars libèreront
Paris.
Manolo Valiente échappe à la rigueur des camps de concentration grâce à
l'intervention de son ami Henri Frère, et il s'installe à Perpignan où il recommence
à peindre et à dessiner. Les larmes et le sang de son Espagne s'expriment enfin,
comme pour vider un abcès trop longtemps mûri. Il peint, il sculpte, il écrit
et enfin il expose.
D'une activité débordante et toujours plein d'idées, il participe
avec quelques amis fidèles à la création de l'Association des amis d'Antonio
Machado dont il est un admirateur inconditionnel. Il restera d'ailleurs toute sa vie
l'un des membres les plus actifs de cette Fondation.
Il connaît alors de nombreux artistes et non des moindres : Aristide Maillol,
Pablo Casals, Pablo Picasso. Il fait également partie du groupe espagnol de
l'École de Paris.
Mais il ne peut oublier les souffrances de l'exilé qu'il a été.
Son œuvre littéraire commence par Arena y Viento, suite de poèmes
au goût de sang, qui évoquent la douleur morale et physique des réfugiés enfouis
dans le sable, soumis à la tramontane glaciale de février 1939 sur la plage d'Argelès.
Il signe cette œuvre sous le pseudonyme de Juan de Pena.
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