La vérité du terrain
C'est une gageure que de croire que les autochtones, riverains de grands ríos ou peuplant l'intérieur
des terres, sont hostiles, a priori, au progrès technique. Tout au long de notre périple, nous avons trouvé
des individus curieux affichant un grand intérêt pour tout ce qui est nouveau même si, au quotidien, leurs traditions
restent bien ancrées.
En partant du principe, qui s'est vérifié, que les grandes traversées routières fragilisent les écosystèmes
et détruisent la biomasse nécessaire à la vie, notre équipe a souhaité mettre la connaissance au service du progrès.
Un des camions utilisés
pour contourner les rapides.
Contrairement aux grandes voies transamazoniennes qui brisent, séparent et isolent tout ce qui vivait en symbiose,
les voies fluviales, en tant que milieu naturel, ont un grand pouvoir intégrateur.
Depuis l'origine des temps, la technologie a toujours existé et fait évoluer les cultures, sans les dénaturer
ni les raboter inexorablement. Les tribus indiennes les plus isolées se sont adaptées aux outils de fer, puis
aux armes à feu et enfin à la propulsion à moteur, sans pour autant perdre leurs coutumes, leur chamanisme,
leur tradition de cueillette, de chasse et de pêche.
Devant un tel constat d'adaptation, considéré comme irréversible, de l'homme à son environnement, nous n'avions pas
la prétention de démontrer quoi que ce soit. C'est en ouvrant les yeux sur l'existant, en analysant, que l'on accède
à la « Vérité du terrain » et que l'on peut alors expliquer et montrer en toute simplicité
ce qui devient évident. Sans le savoir, ma personnalité était un peu en phase et en harmonie avec ce qu'éprouvait
Saint Exupéry et qu'il exprima dans Terre des Hommes, à savoir que
« la vérité, ce n'est point ce qui se démontre, c'est ce qui simplifie ».
Au bilan : trois éléments
S'il fallait dresser un bilan technique de cette mission, on devrait retenir trois éléments.
Ont été mis en évidence et montrés : un itinéraire, des passages et des potentialités d'aménagements.
Un itinéraire
• Le choix de l'itinéraire a été déterminé au prix de nombreuses recherches historiques, cartographiques,
météorologiques, hydrologiques, etc. Il a fallu convaincre en montrant qu'il existait une option cohérente, à même
de fédérer tous les pays traversés ou riverains.
Cette cohérence s'est vérifiée sur le terrain. Elle s'est aussi vérifiée auprès des chercheurs et universitaires
sud-américains.
C'est avec beaucoup d'intérêt et un peu de fierté que nous apprîmes par la presse que nous avions ouvert la voie
à une équipe de scientifiques cubains et vénézuéliens qui suivirent le même itinéraire quatre mois après.
Des passages
• Le choix des passages entre les bassins hydrographiques était intimement lié au choix d'un itinéraire.
L'un ne va pas sans l'autre. Tout cela s'est fait de manière concomitante pour aboutir au choix définitif du
projet. Comme on l'a vu au cours de ce récit, les zones de passages ont été identifiées, localisées, et les
possibilités d'aménagements soulignées.
Des potentialités d'aménagement
• En effet, il est tout à fait aussi primordial de montrer les choses que d'en donner la finalité.
C'est la responsabilité de l'honnête homme que de dire dans quelle mesure une découverte, une expérimentation,
peuvent être génératrices de progrès techniques.
La balise » Argos «
L'expérimentation de la balise Argos, en première continentale sur le cours de l'Orénoque au Venezuela,
a naturellement suscité des projets et des perfectionnements techniques. C'est ainsi que les pannes fréquentes de la balise
ont mis en évidence un manque d'étanchéité de son carter, inconvénient auquel le Service Argos remédia aussitôt.
Entretien de la balise Argos par le navigateur.
Il put alors envisager d'installer des balises fixes le long des ríos importants. Elles reçurent les adaptations
nécessaires pour remplir la fonction de stations météorologiques automatiques. Dans ces conditions, les données saisies
à l'aide de capteurs sont transmises et traitées en temps réel, via les satellites du programme NOAA, par un Centre unique.
Le but est d'obtenir de nombreux paramètres utiles avec leur localisation. Cette réalisation a pour avantage de multiplier
les stations de sondage du régime des fleuves et d'étudier les microclimats permettant de maîtriser cultures et élevages.
Ces données sont précieuses et peuvent aller de simples mesures de pluviométrie, de température de l'air, de l'eau,
à des mesures plus sophistiquées telles que le taux d'ensoleillement, les niveaux d'étiages et de crues, ou même, la vitesse
des courants. L'homme ne serait indispensable que pour surveiller à distance le niveau de charge des batteries au lithium du
système.
Comment aurait-on pu imaginer que des techniques spatiales pouvaient révolutionner l'observation de la nature ?
La réalisation d'un tel projet améliore la surveillance des nappes superficielles, de zones inondables immenses comme celle
du Pantanal, inaccessibles à l'homme.
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