Le besoin de communiquer des populations
Cette entreprise nous a permis de découvrir nos facultés d'adaptation
et de mesurer nos limites.
Nous avons pris conscience qu'il n'y avait pas de différence fondamentale
entre l'Homme et l'Animal,
mais une différence de degrés dans les comportements. Avec notre projet ambitieux
de "Canal d'intégration",
nous craignions d'avoir une vision quelque peu technocratique,
mal perçue des gouvernements des pays traversés,
vilipendée par les aborigènes. Ce ne fut pas le cas, car ces pays et leurs populations
ont un grand besoin de communiquer entre eux.
La vérité du terrain
C'est une gageure que de croire que les autochtones, riverains de grands
ríos ou peuplant l'intérieur
des terres, sont hostiles, a priori, au progrès technique.
Tout au long de notre périple, nous avons trouvé
des individus curieux affichant un grand intérêt pour tout ce qui est nouveau
même si, au quotidien, leurs traditions restent bien ancrées.
Un des camions utilisés
pour contourner les rapides.
En partant du principe, qui s'est vérifié, que les grandes traversées routières
fragilisent les écosystèmes
et détruisent la biomasse nécessaire à la vie, notre équipe a souhaité
mettre la connaissance au service du progrès.
Contrairement aux grandes voies transamazoniennes qui brisent,
séparent et isolent tout ce qui vivait en symbiose,
les voies fluviales, en tant que milieu naturel, ont un grand pouvoir intégrateur.
Depuis l'origine des temps, la technologie a toujours existé
et fait évoluer les cultures, sans les dénaturer
ni les raboter inexorablement. Les tribus indiennes les plus isolées
se sont adaptées aux outils de fer, puis
aux armes à feu et enfin à la propulsion à moteur, sans pour autant perdre
leurs coutumes, leur chamanisme,
leur tradition de cueillette, de chasse et de pêche.
Devant un tel constat d'adaptation, considéré comme irréversible,
de l'homme à son environnement, nous n'avions pas
la prétention de démontrer quoi que ce soit. C'est en ouvrant les yeux sur l'existant,
en analysant, que l'on accède
à la « Vérité du terrain » et que l'on peut alors expliquer
et montrer en toute simplicité
ce qui devient évident. Sans le savoir, ma personnalité était un peu en phase
et en harmonie avec ce qu'éprouvait
Saint Exupéry et qu'il exprima dans Terre des Hommes, à savoir que
« La vérité, ce n'est point ce qui se démontre,
c'est ce qui simplifie ».
Au bilan : trois éléments
S'il fallait dresser un bilan technique de cette mission, on devrait retenir
trois éléments.
Ont été mis en évidence et montrés : un itinéraire, des passages
et des potentialités d'aménagements.
Un itinéraire
• Le choix de l'itinéraire a été déterminé au prix de nombreuses
recherches historiques, cartographiques,
météorologiques, hydrologiques, etc. Il a fallu convaincre en montrant qu'il existait
une option cohérente, à même
de fédérer tous les pays traversés ou riverains.
Cette cohérence s'est vérifiée sur le terrain. Elle s'est aussi vérifiée
auprès des chercheurs et universitaires sud-américains.
C'est avec beaucoup d'intérêt et un peu de fierté que nous apprîmes par la presse
que nous avions ouvert la voie
à une équipe de scientifiques cubains et vénézuéliens qui suivirent
le même itinéraire quatre mois après.
Des passages
• Le choix des passages entre les bassins hydrographiques
était intimement lié au choix d'un itinéraire.
L'un ne va pas sans l'autre. Tout cela s'est fait de manière concomitante
pour aboutir au choix définitif du
projet. Comme on l'a vu au cours de ce récit, les zones de passages
ont été identifiées, localisées, et les
possibilités d'aménagements soulignées.
Des potentialités d'aménagement
• En effet, il est tout à fait aussi primordial de montrer les choses
que d'en donner la finalité.
C'est la responsabilité de l'honnête homme que de dire dans quelle mesure
une découverte, une expérimentation,
peuvent être génératrices de progrès techniques.
La balise « Argos »
L'expérimentation de la balise Argos, en première continentale
sur le cours de l'Orénoque au Venezuela,
a naturellement suscité des projets et des perfectionnements techniques.
C'est ainsi que les pannes fréquentes de la balise
ont mis en évidence un manque d'étanchéité de son carter, inconvénient
auquel le Service Argos remédia aussitôt.
Entretien de la balise Argos par le navigateur.
Il put alors envisager d'installer des balises fixes le long des ríos
importants. Elles reçurent les adaptations
nécessaires pour remplir la fonction de stations météorologiques automatiques.
Dans ces conditions, les données saisies
à l'aide de capteurs sont transmises et traitées en temps réel, via les satellites
du programme NOAA, par un Centre unique.
Le but est d'obtenir de nombreux paramètres utiles avec leur localisation.
Cette réalisation a pour avantage de multiplier
les stations de sondage du régime des fleuves et d'étudier les microclimats
permettant de maîtriser cultures et élevages.
Ces données sont précieuses et peuvent aller de simples mesures de pluviométrie,
de température de l'air, de l'eau,
à des mesures plus sophistiquées telles que le taux d'ensoleillement,
les niveaux d'étiages et de crues, ou même, la vitesse
des courants. L'homme ne serait indispensable que pour surveiller à distance
le niveau de charge des batteries au lithium du système.
Comment aurait-on pu imaginer que des techniques spatiales pouvaient révolutionner
l'observation de la nature ?
La réalisation d'un tel projet améliore la surveillance des nappes superficielles,
de zones inondables immenses comme celle du Pantanal, inaccessibles à l'homme.
La localisation mondiale aujourd'hui
• GPS
Le GPS (Global Positioning System), premier système
de positionnement par satellite au monde,
a été mis en place par le Ministère de la Défense des États-Unis.
À l'aide d'un récepteur
GPS, on peut connaître sa position n'importe où sur terre,
en mer ou dans l'air. Le GPS utilise la projection
cartographique sphérique WGS84.
Le système comporte 24 satellites qui sont en orbite à 20 200 km
d'altitude. Ils transmettent l'heure
(TU) et des signaux d'identification. En recevant trois satellites,
le récepteur peut, par triangulation, calculer
la position exacte en longitude et latitude. Un quatrième satellite
permet de calculer également l'altitude.
• DORIS
À l'inverse du GPS, les émetteurs de DORIS
(système français) sont sur la Terre. Les récepteurs embarqués
sur les satellites effectuent des mesures de décalage Doppler sur deux fréquences
(400 MHz et 2 GHz)
émises par le sol. Ceci permet une meilleure correction que pour le
système GPS, déjà un peu vieilli.
Les données recueillies sont stockées dans la mémoire du satellite
et retransmises vers le sol à chaque passage
du satellite au-dessus de Toulouse-Aussaguel (France) et Kiruna (Suède),
pour SPOT 2, SPOT 4 et
SPOT 5.
[ On peut voir et orienter SPOT 5 sur la page
http://www.mira.fr/spot5/ ].
• GALILEO
Le système européen GALILEO, en teste depuis 2004,
sera en 2012 ou 2014 le véritable concurrent
du GPS, avec 30 satellites (dont 3 de dépannage)
situés sur trois orbites à plus de 23 000 km de la Terre.
Les États-Unis, qui voulaient interdire les fréquences d'utilisation
à l'Europe, ont finalement compris l'intérêt
de ce nouveau système hautement performant et, retirant leur veto,
ont même demandé à l'UE l'interopérabilité des deux systèmes.
• IGN
L'Institut géographique national français a ouvert un portail
sur l'internet, avec les meilleures vues aériennes
disponibles aujourd'hui : http://www.geoportail.fr – mais
les DVD-ROM de l'IGN sont supérieurs à tout le reste.
Genista
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Le canal d'intégration
Dans la rubrique des grands travaux, les pays concernés par la traversée
du Río Paraguai1
eurent l'heureuse intuition de retenir la notion de "Canal
d'intégration" et de rechercher des émules auprès de banques
internationales2.
Le projet consistait à désenclaver la Bolivie sans accès direct
à l'Océan Atlantique : afin que puissent être exportés
ses riches minerais, il fallait calibrer et creuser un chenal
dans le lit du Río Paraguai.
— 1 Le Brésil, la Bolivie, l'Argentine et le Paraguay.
— 2 La Banque Mondiale et la Banque Interaméricaine
de Développement.
L'IFLA en gestation
Le grand projet en gestation est l'IFLA (Interconnexion
Fluviale Latino Américaine) : la liaison
Paraguay–Amazone–Río Negro–Orénoque.
L'Amérique du Sud pourrait disposer un jour dans son axe médian,
d'une voie navigable moderne de
10 000 km de long3, en aménageant une liaison
entre les bassins du Paraná
et de l'Amazone, entre le Paraguay (via le Jaurú) et le Guaporé
(sous-affluent du Madeira). Mais il y aurait
sept barrages et autant d'écluses sur le premier et son affluent
et quatre ensembles du même type sur le dernier.
Le seuil Jaurú-Guaporé ne dépasse pas 195 m d'altitude.
Au prix d'autres travaux pour supprimer des rapides,
comme sur le Madeira ou l'Orénoque, et pour assurer la liaison via le
Canal Casiquiare, ce sont tous les pays
d'Amérique du Sud (sauf le Chili et le Surinam) qui seraient desservis.
L'Équateur aurait accès au système
de navigation par l'intermédiaire du Río Napo ou Putumayo.
Genista
D'après Gérard Dussouy, Univ. Bordeaux IV.
(Festival international de Géographie 2003)
— 3 C'est le trajet de l'Expédition Eldorado
[N.d.l.R.]
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Une immersion dans le Continent sud-américain
Jean-Gérard Mathé, le navigateur de l'Expédition Eldorado.
Découvrir, montrer, expliquer des évidences de la nature,
n'est-ce pas l'essentiel de notre mission,
aventure un peu particulière !
Missionnés par plusieurs entités gouvernementales, nous avions néanmoins
nous-mêmes imaginé et conçu notre projet.
Cet aboutissement n'était qu'un devoir accompli. L'homme a le droit et parfois
le devoir d'améliorer, de transformer ce qu'il connaît.
Ce contact, cette "immersion" dans le Continent sud-américain,
n'ont eu pour objet que de comprendre l'espace,
lire le terrain, suivre le parcours des voies d'eau.
Pour réussir à travers craintes et violences, l'Expédition devait
être motivée, être en quête d'une vérité. Pour cela, nous avons essayé,
tous, de regarder dans la même direction.
Malheur à celui qui avait trahi cette vision commune,
adoptée après un travail minutieux. N'est-ce pas notre aptitude
à atteindre la vérité qui conditionne notre bonheur ?
L'absence de vérité n'est-elle pas la véritable misère de l'homme ?
J.-G. M.
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