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Expédition Eldorado: Argentine et Paraná  [21]

The Eldorado Exploration : Argentina going down the Río Paraná [21]

L'Argentine au fil du Río Paraná [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 324, juin 2006 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
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[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] Toutes les bonnes choses ont une fin et il fallut reprendre notre route.

C'est ce que nous fîmes dès le 21 janvier. Malheureusement, nos moteurs ne purent résister à nos sollicitations et nous dûmes faire une étape à Bella Vista. C'est une petite cité, bâtie sur un plateau dominant le río, qui nous accueillit chaleureusement, ce qui facilita nos travaux de mécanique.

La nuit des caïmans


Après avoir passé la cité de Formosa, nous apercevions, au loin, un immense rocher à l'abri duquel nous décidâmes de faire un campement.

En l'approchant, nous observâmes qu'il avait à sa base une immense cavité creusée par l'érosion fluviale.

le "rocher aux caïmans"
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["crocodile rock"]
 Le "rocher aux caïmans"

Le site semblait a priori être idéal pour une étape. Paradoxalement, c'est la nuit où nous fûmes les plus inquiets car nous nous étions installés, sans le savoir, sur le territoire d'une colonie de caïmans. Il était donc hors de question de passer la nuit sur la petite plage, à même le sol.

Conscients du danger, nous fûmes à la recherche d'un endroit inaccessible. Je me souviens d'avoir choisi une dalle rocheuse surélevée et d'avoir dormi le couteau à la main.

Ce superbe et solide couteau était d'ailleurs providentiel car quelques jours auparavant, il m'avait été offert à Porto Murtinho par le baroudeur hôtelier auquel j'eus le plaisir de laisser en échange mon traditionnel Opinel. Lorsqu'une amitié, même passagère, s'est liée, c'est un peu la tradition d'échanger son matériel sur ce continent sud-américain.

Les caïmans n'attaquent pas en principe la nuit. Mais avant de trouver notre sommeil nous fûmes à l'écoute de tout bruit qui pouvait être assimilé à un grincement de griffes. Enfin, les légers clapotis de l'eau eurent très vite raison de nos craintes et nous nous endormîmes parmi ces caïmans qui ne nous voulaient aucun mal.

La fin du Río Paraguay


Notre parcours sur le Río Paraguay touchait à sa fin. Son cours est stratégiquement caractéristique.

Le Paraguay assure, en son centre, une partie non négligeable des frontières entre plusieurs pays.

À plusieurs reprises, le río délimite la frontière entre le Brésil et la Bolivie, puis une partie de la frontière entre le Brésil et l'Argentine et enfin, depuis Asunción jusqu'à Paso de Patria, au nord de la ville de Corrientes, la frontière entre le Paraguay et l'Argentine.

Resistencia, Corrientes et le Río Paraná


C'est le 23 janvier, dans l'après-midi, que nous finîmes par atteindre le poste frontalier de Resistencia, en Argentine.

Des journalistes, déjà informés par les médias paraguayens, nous y attendaient. Ce fut un peu comme d'un coup de baguette magique que nous fûmes transportés dans un autre monde, car nous étions sous le coup d'un orage d'une rare violence et d'une tempête tropicale qui nous surprit une cinquantaine de kilomètres en amont.

La tradition française pour l'exploration du continent antarctique tout proche avait sans doute une résonance particulière dans l'imaginaire du peuple argentin.

l'hôtel de Corrientes où eut lieu la réception
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[the hotel in Corrientes where the reception was organised]
 L'hôtel de Corrientes
où eut lieu la réception.

Nous apprîmes que le Maire de Corrientes nous recevrait, un peu comme des héros, sur l'autre rive du Paraná. Nous fûmes surpris et gênés par l'importance que prenait notre traversée. Nous n'avions pas le sentiment de mériter de tels honneurs.

L'accueil du Maire, officiellement mandaté par le Gouvernement argentin, nous toucha énormément. Il nous réserva des chambres dans le grand hôtel local où se déroula la réception.

Depuis cette soirée amicale, nous savions que l'hospitalité des Argentins n'est pas un vain mot.

Le Río Paraná, une vaste mer...


Nous étions cette fois sur un fleuve, le Río Paraná, qui se jette, via le Río de la Plata, dans l'Océan Atlantique. Le Río de la Plata porte abusivement la désignation de "río". En fait, le Río de la Plata est une véritable mer de près de 80 km de large. À mon sens, il ne s'agit pas d'une embouchure du fleuve vers l'océan mais d'une pénétration de celui-ci à l'intérieur des terres pour former un immense golfe. Le delta du Paraná, qui est très large, se jette dans cette avancée de l'océan. Il ne s'agit que d'une observation eu égard à l'hydronyme de "Río de la Plata" qui n'est pas a priori tout à fait adéquat pour le spécialiste européen.

Passé le delta du Paraná, nous naviguions vraiment dans des eaux salées qui se mélangeaient sur plusieurs kilomètres aux eaux des fleuves Paraná et Uruguay.

Cela dit, toutes les cartes dénomment ce golfe1 Río de la Plata et l'on ne peut toujours aller à l'encontre de la cartographie qui consacre un usage.

Le 24 janvier, nous sautions dans nos canots pour rejoindre la cité d'Empedrado. Le bassin du Paraná constitue une vaste zone inondable de près de 60 km de large. Le régime hydrographique du Paraná est sensiblement différent de celui du Paraguay en ce sens que le courant y est plus rapide. La navigation y est intense. Il existait une liaison permanente de ferries entre Asunción et Buenos Aires.



1 Cette mer est si vaste que l'on peut, géomorphologiquement parlant, l'assimiler à un véritable golfe. Néanmoins, pour être rigoureux, on peut admettre une structure d'estuaire au contact avec le delta du Paraná. C'est une désignation qui tombe sous le sens pour l'hydrologue.


La fatigue des moteurs


Encore une fois, le diagnostic sur l'état de nos moteurs était mauvais. Nous dûmes penser à conserver une réserve de puissance pour pouvoir assurer dignement l'étape finale jusqu'à Buenos Aires. Nous décidâmes alors d'un portage jusqu'à la ville de Paraná que nous atteignîmes dans l'après-midi du 26 janvier.

Ce fut laborieux de remettre en état de marche nos canots déposés sur une immense plage de sable.

Le départ était tardif, vers 18 heures et, à notre étonnement, une navigation difficile nous attendait. À plusieurs reprises, nous fûmes gênés, et même inquiétés, par la remontée de gros bateaux engendrant une houle puissante. Comme des fétus de paille, nous étions emportés vers les berges envahies de joncs qui entravaient nos hélices. Il fallut nous débattre avec nos moteurs agonisants pour reprendre le cours normal du fleuve. Parfois, la perte de puissance des moteurs était compensée par la vitesse du courant.

Au crépuscule, nous décidions d'accoster le long d'un quai en béton desservant une centrale électrique en activité. Nous passâmes tant bien que mal la nuit dans nos canots. Le lendemain, en fin de matinée, nous faisions une avant-dernière étape à San Pedro.



le delta du Paraná
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[the delta of Río Paraná]

Le delta du Paraná


 Le delta du Paraná

La navigation dans le site grandiose du delta du Paraná se compliquait.


notre accompagnatrice du Yacht Club
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[our hostess at the Yacht Club]

Il fallait naviguer au soleil dans des centaines de canaux naturels non cartographiés. Entre les bras, sur la terre ferme, nous découvrions de très belles résidences secondaires uniquement accessibles par voie d'eau. Il fallait atteindre le Yacht Club de Buenos Aires pour solliciter avant la tombée de la nuit notre hébergement ainsi que le stockage du matériel.

Après avoir navigué sur le Río de la Plata, agité, nous atteignions non sans difficultés l'étape finale.

Là, nous fûmes très bien accueillis par les membres du Club.


Notre accompagnatrice au Yacht Club.

Et nous comprîmes très vite que notre périple suscitait un vif intérêt, et que ce Yacht Club de prestige allait devenir notre dernier campement avant notre envol pour Paris.




carte du Río Paraguay et du Río de la Plata
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[map of Río Paraguay and Río de la Plata]
 Le Río Paraguay et le Río de la Plata
avec le cours du Río Uruguay.

à Buenos Aires, le navire-école de la Marine nationale
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[in Buenos Aires, the training ship of the Navy of Argentina]
Le dernier kilomètre en "Zodiac"



On nous réserva un dortoir qui servait aux périodes de compétitions. Ce site était tout à fait indiqué car nous pouvions y recevoir la presse, les télévisions et organiser notre départ.

Comme à Asunción, l'Ambassadeur de France avait préparé notre arrivée. J'eus le privilège de pouvoir rendre visite à mes homologues argentins et de découvrir tous les lieux mythiques de cette vieille capitale très attachante.


 À Buenos Aires, le navire-école
de la Marine nationale.



Un point final était mis à une aventure qui avait atteint ses objectifs. Nous eûmes le sentiment d'avoir tous assumé, chacun dans sa spécialité, nos responsabilités.



Notes :


1 Cette mer est si vaste que l'on peut, géomorphologiquement parlant, l'assimiler à un véritable golfe. Néanmoins, pour être rigoureux, on peut admettre une structure d'estuaire au contact avec le delta du Paraná. C'est une désignation qui tombe sous le sens pour l'hydrologue.






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