Une autoroute fluviale
Après la confluence du Río Paraguai et
du Río São Lourenço, le Paraguai change de gabarit.
Il passe d'une centaine de mètres de large à environ trois cents mètres
et devient une véritable autoroute fluviale
sans surprises. Le débit du Río s'accélérait en favorisant la progression
de notre Expédition.
Nous avions suffisamment de carburant pour parcourir cette voie royale
jusqu'à Corumbá.
Son cours était bien stabilisé et devenu plus conforme
à la représentation cartographique.
Bientôt Corumbá
Bientôt Corumbá que nous atteignions sans embûches.
La seule difficulté résiduelle de navigation résidait
dans le choix entre plusieurs passages pour prendre les bras les plus courts du Paraguai.
Le curvimètre1, qui permettait la mesure des distances sur la carte
et sur les autres documents, facilitait ma tâche et donnait un résultat immédiat.
C'est à l'aide de cet instrument que je prévoyais
les étapes et déterminais les besoins en approvisionnement en carburant en fonction
de la consommation des moteurs.
La ville de Corumbá,
en descendant le Río Paraguai
Corumbá, cette capitale régionale, se trouve légèrement en surplomb
par rapport au río.
C'est une cité frontalière entre le Brésil et la Bolivie. Puerto Suarez
est son pendant bolivien situé à
une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Corumbá. C'est la porte du Pantanal
et c'est là que viennent
se poser les chercheurs et naturalistes de tout acabit. C'est une ville d'aspect
colonial, ouverte aux contacts
et à un "tourisme scientifique" adepte de safaris photos.
Notre équipe, qui manifestait une grande fatigue, s'était vite libérée
de la corvée de ravitaillement en carburant
avant de s'installer dans une sorte de guinguette du petit port flottant.
— 1 Curvimètre :
instrument muni d'une petite molette qui, appliquée sur un
document topographique ou photographique, permet de mesurer les distances
entre deux points sur des éléments curvilignes.
Cette roulette de 2 à 3 mm de diamètre actionne un mécanisme
inséré dans un boîtier avec cadran de
3 à 4 cm de diamètre. Il est gradué de manière concentrique
pour lire à des échelles différentes.
C'est l'aiguille du cadran qui, en tournant, indique les distances
avec une assez bonne précision.
Fuerte Olimpo
Bien approvisionnés, nous nous décidions à partir vers quinze heures
avec pour objectif d'atteindre Asunción,
capitale du Paraguay. C'est une étape fondamentale qui nous permettra de préparer
la phase finale de notre périple.
Le sens du courant nous aidait à brûler les étapes en passant sans s'arrêter
au niveau de Porto Esperança, de Forte Coimbra
et de Puerto Bahía Negra, pour faire une halte
à Fuerte Olimpo le 12 janvier.
Après avoir visité la forteresse de style Vauban, nous faisions étape,
tard dans la nuit, à Porto Murtinho.
La forteresse de style Vauban
à Fuerte Olimpo, sur la rive droite
Porto Murtinho

sur la rive gauche
Là, nous fûmes hébergés par le patron d'un hôtel, séduit par la forte personnalité
de certains des membres de notre équipe.
Il avait lui aussi le tempérament de baroudeur. Il a tenu à nous embarquer
dans son avion pour nous faire faire quelques descentes
en piqué au-dessus du Río Paraguai. J'avoue maintenant que nous étions
inconscients d'avoir accepté car l'hôtelier
fonctionnait au whisky. Il prit à plusieurs reprises beaucoup de risques
mais il avait une maîtrise parfaite de son coucou.
À travers le Paraguay
Le surlendemain au matin, nous quittions cette petite ville du Far West
chargée d'histoire.
Bientôt nous atteignions Puerto Sastre qui se trouvait en territoire paraguayen.
Le soir du 15 janvier, nous décidions de faire un campement en forêt.
Les occasions d'avoir un contact direct avec la nature
ne pouvaient que s'amenuiser au fur et à mesure que nous approcherions
des grandes capitales comme Asunción et
Buenos Aires. Compte tenu de l'importance des zones inondables
et de nos difficultés à atteindre la terre ferme, nous n'avions pu,
jusqu'à présent, faire de véritable campement lors de la descente du río.
Après avoir passé Puerto Casado avec
ses rochers calcaires et ses fours à chaux, nous fîmes une halte dans la forêt,
tout près de Puerto Arrecife.
La nuit fut un véritable cauchemar. Nous étions à la fois assommés
par une forte chaleur humide et excités par l'agression
permanente d'une horde de moustiques, si voraces que les piqûres
traversaient hamacs et vêtements.
Le lendemain, en début d'après-midi, nous aperçûmes la ville de Concepción,
au détour d'un méandre.
La seconde cité du Paraguay, vue du río, nous donna l'impression
d'une cité endormie, d'une autre époque, avec ses
usines abandonnées aux superstructures rouillées.
Au fur et à mesure que nous approchions de la capitale du Paraguay,
nous avions peu à peu l'impression de devenir
des touristes sages et vulnérables.
Le 16 janvier au soir, nous campions au niveau de Rosario.
Le lendemain, dès cinq heures du matin, nous étions prêts pour parcourir
les 150 km qui nous permettraient d'atteindre Asunción.
Puerto Casado vendu
En octobre 2000, la société Atenil, appartenant à l'organisation
de la secte Moon, a acheté la ville
de Puerto Casado (y compris l'église, les écoles,
les monuments historiques, les maisons, et même le cimetière)
et ses environs, soit 40 000 km2, en donnant
aux habitants — 60 % sont des Indiens —
un an pour quitter les lieux.
L'affaire a été portée devant la Commission des Droits de l'Homme
de l'ONU, siégeant à Genève, en avril 2001.
Le 30 octobre 2003, des centaines d'habitants ont temporairement envahi
les locaux de la société mooniste,
en demandant aux autorités d'Asunción de reprendre le contrôle
de leur ville. On en est là.
Genista
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Asunción
Le premier contact avec cette capitale, nous l'eûmes en fin de matinée
du 17 janvier, en accostant au vieux port
où se trouvait un marché pittoresque et grouillant.
Nous y retrouvions la langue espagnole que nous avions plus ou moins délaissée
depuis le Venezuela. Il fallait nous
débarrasser des expressions brésiliennes dont nous étions devenus familiers.
La ville de Asunción
En fait, nous étions en plein territoire indien guarani. Selon nos hôtes,
c'est une tribu qui peuplait, à l'origine,
les Antilles et qui aurait pénétré dans le cœur du continent sud-américain
par le Venezuela.
Il est également possible que cette pénétration se soit faite par
l'Océan Atlantique par cabotage le long des côtes
brésiliennes. Cette thèse n'est pas improbable car on ne trouve pas de Guarani
entre Caracas et le Paraguay.
Il est à noter au passage que le toponyme de Caracas est typiquement du Guarani.
Cette ethnie indienne attire l'attention des ethnologues pour sa détermination
à conserver son authenticité
en arrivant à imposer la langue guarani comme langue officielle du Paraguay,
à parité avec la langue hispanique.
La confluence du Río Paraguay et du Río Paraná
Le Río Paraguay et le Río Paraná,
au Paraguay, dans la région d'Asunción
Où il est question du « canal d'intégration »
Réceptions officielles
Si nous étions assez stricts sur le calendrier, c'est que nous étions attendus
par les représentants de notre pays au Paraguay.
L'ambassadeur et ses collaborateurs étaient venus nous accueillir
devant les médias locaux.
Nous avions pratiquement été pris en charge avec une efficacité peu commune :
réceptions officielles et privées, reportages, accueil dans un Club nautique,
incursions dans le Chaco à travers les Estancias,
exploitations équivalentes aux Faz du Brésil.
Compte tenu de l'aspect officiel de notre périple, l'Ambassadeur m'avait fait
l'honneur de me permettre de rencontrer des personnalités intéressées
par l'idée de "Canal d'intégration".
Après avoir été reçu par le Directeur de l'Institut géographique militaire
qui me fit visiter ses services, je rencontrai le Ministre de la Défense
qui assurait la tutelle de cet organisme.
Il me reçut longuement dans son cabinet avec le panache d'un ancien général.
Un excellent whisky agrémentait cet entretien qui m'apprit beaucoup sur
l'histoire de ce pays attachant.
Le représentant de la Banque Mondiale nous invita à déjeuner
dans une énigmatique résidence, camouflée dans une végétation luxuriante.
Il manifesta un intérêt réel pour l'idée d'ouvrir une voie fluviale continue
entre le nord et le sud du continent.
Il pensait que le financement des travaux pour la réalisation de
"canaux d'intégration" pouvait être utile
pour le développement économique de l'Amérique du Sud.
Illustration : Les armes du Paraguay
Je me souviens encore d'une chaleur torride et des plongeons que nous effectuions
dans un immense bassin d'eau verte, fraîche, où nous nagions parmi les nénuphars,
grenouilles et insectes aquatiques de toutes sortes.
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