Logo Genista, fondé en 1971

Expédition Eldorado: Cap sud et Asunción  [20]

The Eldorado Exploration : Due South towards the capital, Asunción [20]

Cap plein sud vers la capitale Asunción [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 323, mai 2006 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
—
[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] Après la confluence du Río Paraguai et du Río São Lourenço, le Paraguai change de gabarit. Il passe d'une centaine de mètres de large à environ trois cents mètres et devient une véritable autoroute fluviale sans surprises. Le débit du Río s'accélérait en favorisant la progression de notre Expédition. Nous avions suffisamment de carburant pour parcourir cette voie royale jusqu'à Corumbá. Son cours était bien stabilisé et devenu plus conforme à la représentation cartographique.

Bientôt Corumbá


Bientôt Corumbá que nous atteignions sans embûches. La seule difficulté résiduelle de navigation résidait dans le choix entre plusieurs passages pour prendre les bras les plus courts du Paraguai.

Le curvimètre1, qui permettait la mesure des distances sur la carte et sur les autres documents, facilitait ma tâche et donnait un résultat immédiat. C'est à l'aide de cet instrument que je prévoyais les étapes et déterminais les besoins en approvisionnement en carburant en fonction de la consommation des moteurs.

la ville de Corombcute; (E.Paulussen)
—
[the city of Corumbá (E.Paulussen)]
 La ville de Corumbá,
en descendant le Río Paraguai

Corumbá, cette capitale régionale, se trouve légèrement en surplomb par rapport au río. C'est une cité frontalière entre le Brésil et la Bolivie. Puerto Suarez est son pendant bolivien situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Corumbá. C'est la porte du Pantanal et c'est là que viennent se poser les chercheurs et naturalistes de tout acabit. C'est une ville d'aspect colonial, ouverte aux contacts et à un "tourisme scientifique" adepte de safaris photos.

Notre équipe, qui manifestait une grande fatigue, s'était vite libérée de la corvée de ravitaillement en carburant avant de s'installer dans une sorte de guinguette du petit port flottant.




1 Curvimètre : instrument muni d'une petite molette qui, appliquée sur un document topographique ou photographique, permet de mesurer les distances entre deux points sur des éléments curvilignes. Cette roulette de 2 à 3 mm de diamètre actionne un mécanisme inséré dans un boîtier avec cadran de 3 à 4 cm de diamètre. Il est gradué de manière concentrique pour lire à des échelles différentes. C'est l'aiguille du cadran qui, en tournant, indique les distances avec une assez bonne précision.

Fuerte Olimpo


Bien approvisionnés, nous nous décidions à partir vers quinze heures avec pour objectif d'atteindre Asunción, capitale du Paraguay. C'est une étape fondamentale qui nous permettra de préparer la phase finale de notre périple. Le sens du courant nous aidait à brûler les étapes en passant sans s'arrêter au niveau de Porto Esperança, de Forte Coimbra et de Puerto Bahía Negra, pour faire une halte à Fuerte Olimpo le 12 janvier.

la forteresse de style Vauban à Fuerte Olimpo
—
[the Vauban-styled fortress at Fuerte Olimpo] Porto Murtinho, sur la rive gauche du Paraguai
—
[Porto Murtinho, on the left bank of R. Paraguai]

Après avoir visité la forteresse de style Vauban, nous faisions étape, tard dans la nuit, à Porto Murtinho.


 La forteresse de style Vauban
à Fuerte Olimpo, sur la rive droite

 Porto Murtinho
sur la rive gauche

Là, nous fûmes hébergés par le patron d'un hôtel, séduit par la forte personnalité de certains des membres de notre équipe. Il avait lui aussi le tempérament de baroudeur. Il a tenu à nous embarquer dans son avion pour nous faire quelques descentes en piqué au-dessus du Río Paraguai. J'avoue maintenant que nous étions inconscients d'avoir accepté car l'hôtelier fonctionnait au whisky. Il prit à plusieurs reprises beaucoup de risques mais il avait une maîtrise parfaite de son coucou.

À travers le Paraguay


Le surlendemain au matin, nous quittions cette petite ville du "Far-Ouest" chargée d'histoire. Bientôt nous atteignions Puerto Sastre qui se trouvait en territoire paraguayen.

Le soir du 15 janvier, nous décidions de faire un campement en forêt. Les occasions d'avoir un contact direct avec la nature ne pouvaient que s'amenuiser au fur et à mesure que nous approcherions des grandes capitales comme Asunción et Buenos Aires. Compte tenu de l'importance des zones inondables et de nos difficultés à atteindre la terre ferme, nous n'avions pu, jusqu'à présent, faire de véritable campement lors de la descente du río. Après avoir passé Puerto Casado avec ses rochers calcaires et ses fours à chaux, nous fîmes une halte dans la forêt, tout près de Puerto Arrecife.

La nuit fut un véritable cauchemar. Nous étions à la fois assommés par une forte chaleur humide et excités par l'agression permanente d'une horde de moustiques, si voraces que les piqûres traversaient hamacs et vêtements.

Le lendemain, en début d'après-midi, nous aperçûmes la ville de Concepción, au détour d'un méandre. La seconde cité du Paraguay, vue du río, nous donna l'impression d'une cité endormie, d'une autre époque, avec ses usines abandonnées aux superstructures rouillées.

Au fur et à mesure que nous approchions de la capitale du Paraguay, nous avions peu à peu l'impression de devenir des touristes sages et vulnérables.

Le 16 janvier au soir, nous campions au niveau de Rosario.

Le lendemain, dès cinq heures du matin, nous étions prêts pour parcourir les 150 km qui nous permettraient d'atteindre Asunción.



Puerto Casado vendu


En octobre 2000, la société Atenil, appartenant à l'organisation de la secte Moon, a acheté la ville de Puerto Casado (y compris l'église, les écoles, les monuments historiques, les maisons, et même le cimetière) et ses environs, soit 40 000 km², en donnant aux habitants — 60 % sont des Indiens — un an pour quitter les lieux.

L'affaire a été portée devant la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU, siégeant à Genève, en avril 2001.

Le 30 octobre 2003, des centaines d'habitants ont temporairement envahi les locaux de la société mooniste, en demandant aux autorités d'Asunción de reprendre le contrôle de leur ville. On en est là.


Genista

Asunción


la ville d'Asunción (SeNaTurPy)
—
[the city of Asunció (SeNaTurPy)]

Le premier contact avec cette capitale, nous l'eûmes en fin de matinée du 17 janvier, en accostant au vieux port où se trouvait un marché pittoresque et grouillant.

Nous y retrouvions la langue espagnole que nous avions plus ou moins délaissée depuis le Venezuela. Il fallait nous débarrasser des expressions brésiliennes dont nous étions devenus familiers.


 La ville d'Asunción

En fait, nous étions en plein territoire indien guarani. Selon nos hôtes, c'est une tribu qui peuplait, à l'origine, les Antilles et qui aurait pénétré dans le cœur du continent sud-américain par le Venezuela.

Il est également possible que cette pénétration se soit faite par l'Océan Atlantique par cabotage le long des côtes brésiliennes. Cette thèse n'est pas improbable car on ne trouve pas de Guarani entre Caracas et le Paraguay. Il est à noter au passage que le toponyme de Caracas est typiquement du Guarani.

Cette ethnie indienne attire l'attention des ethnologues pour sa détermination à conserver son authenticité en arrivant à imposer la langue guarani comme langue officielle du Paraguay, à parité avec la langue hispanique.



carte du Río Paraguay et du Río Paraná, au Paraguay
—
[map of Río Paraguay and Río Paraná, in Paraguay]
 Le Río Paraguay et le Río Paraná,
au Paraguay, dans la région d'Asuncín

Où il est question du "canal d'intégration"


Réceptions officielles

Si nous étions assez stricts sur le calendrier, c'est que nous étions attendus par les représentants de notre pays au Paraguay.

L'ambassadeur et ses collaborateurs étaient venus nous accueillir devant les médias locaux.

Nous avions pratiquement été pris en charge avec une efficacité peu commune : réceptions officielles et privées, reportages, accueil dans un Club nautique, incursions dans le Chaco à travers les Estancias, exploitations équivalentes aux Faz du Brésil.

Compte tenu de l'aspect officiel de notre périple, l'Ambassadeur m'avait fait l'honneur de me permettre de rencontrer des personnalités intéressées par l'idée de "Canal d'intégration".

Après avoir été reçu par le Directeur de l'Institut géographique militaire qui me fit visiter ses services, je rencontrai le Ministre de la Défense qui assurait la tutelle de cet organisme.

la armes du Paraguay
—
[the arms of Paraguay] Il me reçut longuement dans son cabinet avec le panache d'un ancien général. Un excellent whisky agrémentait cet entretien qui m'apprit beaucoup sur l'histoire de ce pays attachant.

Le représentant de la Banque Mondiale nous invita à déjeuner dans une énigmatique résidence, camouflée dans une végétation luxuriante. Il manifesta un intérêt réel pour l'idée d'ouvrir une voie fluviale continue entre le nord et le sud du continent.

Il pensait que le financement des travaux pour la réalisation de "canaux d'intégration" pouvait être utile pour le développement économique de l'Amérique du Sud.


 Les armes du Paraguay

Je me souviens encore d'une chaleur torride et des plongeons que nous effectuions dans un immense bassin d'eau verte, fraîche, où nous nagions parmi les nénuphars, grenouilles et insectes aquatiques de toutes sortes.



Notes :


1 Curvimètre : instrument muni d'une petite molette qui, appliquée sur un document topographique ou photographique, permet de mesurer les distances entre deux points sur des éléments curvilignes. Cette roulette de 2 à 3 mm de diamètre actionne un mécanisme inséré dans un boîtier avec cadran de 3 à 4 cm de diamètre. Il est gradué de manière concentrique pour lire à des échelles différentes. C'est l'aiguille du cadran qui, en tournant, indique les distances avec une assez bonne précision.






Haut de Page  •  [Top of Page]

Page suivante  •  [Next Page]

Page précédente  •  [Previous Page]

Début de l'Expédition Eldorado  •  [The Beginning of the Eldorado Expedition]

Retour vers Nature & Environnement  •  [Back to Nature & Environment]