Bientôt Corumbá
Bientôt Corumbá que nous atteignions sans embûches. La seule difficulté résiduelle de navigation résidait
dans le choix entre plusieurs passages pour prendre les bras les plus courts du Paraguai.
Le curvimètre1, qui permettait la mesure des distances sur la carte et sur les autres
documents, facilitait ma tâche et donnait un résultat immédiat. C'est à l'aide de cet instrument que je prévoyais
les étapes et déterminais les besoins en approvisionnement en carburant en fonction de la consommation des moteurs.
La ville de Corumbá,
en descendant le Río Paraguai
Corumbá, cette capitale régionale, se trouve légèrement en surplomb par rapport au río.
C'est une cité frontalière entre le Brésil et la Bolivie. Puerto Suarez est son pendant bolivien situé à
une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Corumbá. C'est la porte du Pantanal et c'est là que viennent
se poser les chercheurs et naturalistes de tout acabit. C'est une ville d'aspect colonial, ouverte aux contacts
et à un "tourisme scientifique" adepte de safaris photos.
Notre équipe, qui manifestait une grande fatigue, s'était vite libérée de la corvée de ravitaillement en carburant
avant de s'installer dans une sorte de guinguette du petit port flottant.
1 Curvimètre : instrument muni d'une petite molette qui, appliquée sur un
document topographique ou photographique, permet de mesurer les distances entre deux points sur des éléments curvilignes.
Cette roulette de 2 à 3 mm de diamètre actionne un mécanisme inséré dans un boîtier avec cadran de
3 à 4 cm de diamètre. Il est gradué de manière concentrique pour lire à des échelles différentes.
C'est l'aiguille du cadran qui, en tournant, indique les distances avec une assez bonne précision.
Fuerte Olimpo
Bien approvisionnés, nous nous décidions à partir vers quinze heures avec pour objectif d'atteindre Asunción,
capitale du Paraguay. C'est une étape fondamentale qui nous permettra de préparer la phase finale de notre périple.
Le sens du courant nous aidait à brûler les étapes en passant sans s'arrêter au niveau de Porto Esperança, de Forte Coimbra
et de Puerto Bahía Negra, pour faire une halte à Fuerte Olimpo le 12 janvier.
Après avoir visité la forteresse de style Vauban, nous faisions étape, tard dans la nuit, à Porto Murtinho.
La forteresse de style Vauban
à Fuerte Olimpo, sur la rive droite
Porto Murtinho

sur la rive gauche
Là, nous fûmes hébergés par le patron d'un hôtel, séduit par la forte personnalité de certains des membres de notre équipe.
Il avait lui aussi le tempérament de baroudeur. Il a tenu à nous embarquer dans son avion pour nous faire quelques descentes
en piqué au-dessus du Río Paraguai. J'avoue maintenant que nous étions inconscients d'avoir accepté car l'hôtelier
fonctionnait au whisky. Il prit à plusieurs reprises beaucoup de risques mais il avait une maîtrise parfaite de son coucou.
À travers le Paraguay
Le surlendemain au matin, nous quittions cette petite ville du "Far-Ouest" chargée d'histoire.
Bientôt nous atteignions Puerto Sastre qui se trouvait en territoire paraguayen.
Le soir du 15 janvier, nous décidions de faire un campement en forêt. Les occasions d'avoir un contact direct avec la nature
ne pouvaient que s'amenuiser au fur et à mesure que nous approcherions des grandes capitales comme Asunción et
Buenos Aires. Compte tenu de l'importance des zones inondables et de nos difficultés à atteindre la terre ferme, nous n'avions pu,
jusqu'à présent, faire de véritable campement lors de la descente du río. Après avoir passé Puerto Casado avec
ses rochers calcaires et ses fours à chaux, nous fîmes une halte dans la forêt, tout près de Puerto Arrecife.
La nuit fut un véritable cauchemar. Nous étions à la fois assommés par une forte chaleur humide et excités par l'agression
permanente d'une horde de moustiques, si voraces que les piqûres traversaient hamacs et vêtements.
Le lendemain, en début d'après-midi, nous aperçûmes la ville de Concepción, au détour d'un méandre.
La seconde cité du Paraguay, vue du río, nous donna l'impression d'une cité endormie, d'une autre époque, avec ses
usines abandonnées aux superstructures rouillées.
Au fur et à mesure que nous approchions de la capitale du Paraguay, nous avions peu à peu l'impression de devenir
des touristes sages et vulnérables.
Le 16 janvier au soir, nous campions au niveau de Rosario.
Le lendemain, dès cinq heures du matin, nous étions prêts pour parcourir les 150 km qui nous permettraient d'atteindre
Asunción.
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