Logo Genista, fondé en 1971

Expédition Eldorado : Faune du Pantanal [18]

The Eldorado Exploration : The extraordinary wildlife of the Pantanal [18]

L'extraordinaire faune du Pantanal [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 321, mars 2006 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
—
[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] Nous continuions notre descente en laissant l'Ilha do Taiamá sur notre gauche. À  Cáceres, on nous avait indiqué que ce site était connu pour la richesse de sa faune. On y aurait identifié des espèces d'oiseaux que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Il convient de souligner que, sur près de vingt kilomètres, le Paraguai est désigné par Río Taiamá sur la feuille de Faz Sararé. Cela pourrait paraître a priori une erreur, mais il est fort probable que le terme indien de Taiamá ait plus de signification pour l'aborigène.

En descendant le Paraguai


Plus tard, nous eûmes le souvenir poignant d'une panne de moteur qui cloua l'Expédition sur place au niveau de la Barra do Río Sararé. Mais nous n'avions à nous en prendre qu'à nous-mêmes dans la mesure où nous parcourûmes près de trois cents kilomètres en une journée au détriment de la mécanique. Les réparations effectuées, nous décidions de tenter de passer la nuit du 6 janvier à la Faz Descaumdo. Ce n'était pas gagné d'avance, mais nous y fûmes accueillis comme si notre arrivée était providentielle.

Le gérant avait fait en sorte que la soirée ait un air de fête. Ils étaient assez curieux et admiratifs de notre projet. Le soir, tard, nous avions pu accrocher nos hamacs dans un long couloir. J'ai le souvenir qu'un crochet avait cédé et que l'un de nos équipiers avait été subitement projeté au sol. Mais grâce à Dieu, il n'eut pas à en souffrir.

Dès sept heures du matin nous étions prêts à partir avec un agréable souvenir de cette étape.

Le bateau-épicier


le bateau-épicier du Pantanal
—
[at the grocer's on his boat in the Pantanal region]

Après avoir bien navigué, nous décidions de déjeuner à Porto Conceição. Nous pensions que c'était un hameau ou un village où nous pourrions faire quelques provisions.

En fait, il s'agissait d'une ferme, une faz, de style colonial, dont l'immense véranda donnait directement sur le Río. Le couple de fermiers nous accueillit avec une rare hospitalité. Peu après notre arrivée, la lancha de l'épicier accostait pour approvisionner les fermiers.

Nous visitâmes une partie de la propriété en pénétrant dans l'intérieur des terres où les marécages étaient omniprésents.

Nous décidions de lever les amarres le lendemain vers quatorze heures.


Le bateau épicier dans le Pantanal

Au rythme du cycle de l'eau


Bientôt nous allions naviguer dans une zone où le réseau hydrographique et la cartographie existante divergeaient notoirement. Déjà nous étions en plein Pantanal, le plus grand marécage du monde.

On estime environ à 360 000 km2 la surface couverte par cet univers semi-aquatique. À la saison des pluies, il couvre le sud du Brésil, une partie du pays Paraguay ainsi que la partie nord de l'Argentine. Tous les spécialistes ont conscience qu'il recèle une faune d'une richesse exceptionnelle.

Dans ces immenses étendues, la nature vit au rythme du cycle de l'eau. Ce cycle alterne en phase avec les périodes climatiques qui caractérisent les climats tropicaux : une saison des pluies suivie d'une saison de sécheresse. Ce qui est fantastique c'est que la variation du cycle de l'eau est progressive et suffit à créer de nouveaux habitats fauniques.

Paradoxalement, on y trouve des poissons des mêmes espèces que celles qui peuplent les océans. On a pu savourer le dourado qui est une dorade d'eau douce pouvant atteindre près d'un mètre de long. Les caïmans prolifèrent. On les voit souvent inertes, comme empaillés, se réchauffant sur les plages de sable.

Une faune extraordinaire


Les rives des ríos sont habitées par des mammifères aquatiques comme les loutres géantes1 qui peuvent mesurer jusqu'à deux mètres de long. Elles vivent dans un terrier creusé sur les rives de terre ferme. En saison sèche, elles émigrent dans les rivières et les lacs permanents du territoire.

Les oiseaux échassiers sont très nombreux. Ils vivent en colonies. Mais leur trésor de guerre se constitue en saison sèche : la diminution des nappes d'eau facilite leur pêche, les poissons se regroupant dans des étangs de plus en plus petits.



1 Loutre du Pantanal : c'est la plus grande du monde. C'est un animal très puissant qui vit en groupe. L'adulte peut se nourrir de près de 4 kg de poissons par jour. Elle constitue paradoxalement un danger pour les caïmans de taille moyenne. [JGM]

Le jaguar "onça"


peau de jaguar "onça"
—
[the skin of an "onça" jaguar]

Cette alternance de vie aquatique et de vie terrestre attire un certain nombre de prédateurs.

Le jaguar, ou onça2 pour les indigènes, est un prédateur redouté. C'est le plus important des carnivores d'Amérique du Sud qui chasse notamment de gros rongeurs comme le capibara3, sorte d'énorme rat qui peut rester immergé sous les herbes flottantes ou capim pour échapper au redoutable jaguar.

Si nous n'avons pas eu l'opportunité d'apercevoir l'onça, c'est que ce félin est très sensible au bruit et ne s'attaque pas vraiment à l'homme qui bouge ou qui est en activité.


Peau de jaguar "onça"


2 Onça ou Onça-pintada : nom commun du félin le plus puissant du continent americain. Son nom, dans les forêts subtropicales, est yaguar. Une onça adulte peut atteindre jusqu'à 1,85 m de long sans la queue. Le pelage comporte le dessin de grandes rosettes sombres et épaisses qui contiennent des points plus petits, contrairement au pelage du léopard. L'onça (jaguar) nage très bien. [N.d.l.R.]

3 Capibara : aussi désigné par le nom de Cochon d'eau. [JGM]
De la taille d'un porc, le Hydrochœrus hydrochæris semi-aquatique peut atteindre une longueur de 1,20 m. [Du Tupi capii : herbe et urara : mangeur]. [N.d.l.R.]

Scène d'hypnose


En revanche, nous assistâmes à l'hypnose qu'un caïman de près de quatre mètres exerçait sur une sorte de héron figé et posé sur un vieux tronc d'arbre que les eaux avaient transporté sur la plage de sable. Moteur coupé, c'est à la rame et avec prudence que nous pûmes approcher cette scène inoubliable.

Mais cette nature est plus subtile, plus complexe que de simples caricatures réalisées par des aventuriers de passage. Il fallait aussi écouter les habitants, ceux qui ont une vision complète de leur condition adaptatrice. Ils nous apprirent que la nature et l'homme ne se sont jamais séparés.

Des fermiers ou fazendeiros nous expliquèrent à leur manière cette mutation de la nature, cette interaction entre le cycle de l'eau et le modelé du paysage.

Ils nous confièrent qu'en saison de sécheresse, les marécages laissent place à des prairies de plusieurs milliers d'hectares. Le territoire change d'aspect et comme dans une représentation théâtrale, d'autres animaux sortent de leur léthargie et entrent en scène. C'est par exemple la période où la tamanoir fait son apparition avec son grand nez et sa longue queue fournie.



Des phénomènes spasmodiques


La conjonction d'une température élevée et d'une baisse importante des eaux rend la vie difficile pour certaines espèces.

Les poissons qui sont piégés dans des étendues d'eau de plus en plus petites n'ont aucun moyen d'échapper à la vigilance d'oiseaux voraces comme le tental avec son bec noir en ciseaux ou les spatules, sorte de flamants roses ayant un bec en forme de spatule.

C'est au cours de cette saison que les eaux se rétractent. Nous pouvons d'ailleurs constater ces phénomènes spasmodiques à la simple lecture des hydronymes qui abondent sur le Río Paraguai. C'est ainsi que les hydronymes Furado do Río Velho, Volta do Manoel Carneiro et Estirao do Alegre expriment respectivement les actions de percée ou de trouée, de retour, de régression comme d'extension.

Tous ces mouvements naturels sont le miracle du Pantanal que nous traversions avec émotion et humilité. Et j'eus le sentiment d'agresser cet univers amphibie avec les moteurs assourdissants de nos canots ou les meurtrissures causées par nos hélices à la faune aquatique.

Le

carte de la région de Cáceres avec la confluence entre les ríos Jaurú et Paraguai
—
[map of the Cáceres area, with the confluence of the ríos Jaurú and Paraguai]
 Le bassin du Paraguai est maintenant atteint. Cette carte montre la région de Cáceres et la confluence entre le Río Jaurú et le Río Paraguai. (Les cours d'eau sont en violet).


Notes :

1 Loutre du Pantanal : c'est la plus grande du monde. C'est un animal très puissant qui vit en groupe. L'adulte peut se nourrir de près de 4 kg de poissons par jour. Elle constitue paradoxalement un danger pour les caïmans de taille moyenne. [JGM]

2 Onça ou Onça-pintada : nom commun du félin le plus puissant du continent americain. Son nom, dans les forêts subtropicales, est yaguar. Une onça adulte peut atteindre jusqu'à 1,85 m de long sans la queue. Le pelage comporte le dessin de grandes rosettes sombres et épaisses qui contiennent des points plus petits, contrairement au pelage du léopard. L'onça (jaguar) nage très bien. [N.d.l.R.]

3 Capibara : aussi désigné par le nom de Cochon d'eau. [JGM]
De la taille d'un porc, le Hydrochœrus hydrochæris semi-aquatique peut atteindre une longueur de 1,20 m. [Du Tupi capii : herbe et urara : mangeur]. [N.d.l.R.]






Haut de Page  •  [Top of Page]

Page suivante  •  [Next Page]

Page précédente  •  [Previous Page]

Début de l'Expédition Eldorado  •  [The Beginning of the Eldorado Expedition]

Retour vers Nature & Environnement  •  [Back to Nature & Environment]