Au rythme du cycle de l'eau
Bientôt nous allions naviguer dans une zone où le réseau hydrographique et la cartographie existante divergeaient
notoirement. Déjà nous étions en plein Pantanal, le plus grand marécage du monde.
On estime environ à 360 000 km2 la surface couverte par cet univers semi-aquatique.
À la saison des pluies, il couvre le sud du Brésil, une partie du pays Paraguay ainsi que la partie nord
de l'Argentine. Tous les spécialistes ont conscience qu'il recèle une faune d'une richesse exceptionnelle.
Dans ces immenses étendues, la nature vit au rythme du cycle de l'eau. Ce cycle alterne en phase avec les périodes
climatiques qui caractérisent les climats tropicaux : une saison des pluies suivie d'une saison de sécheresse.
Ce qui est fantastique c'est que la variation du cycle de l'eau est progressive et suffit à créer de nouveaux habitats fauniques.
Paradoxalement, on y trouve des poissons des mêmes espèces que celles qui peuplent les océans. On a pu
savourer le dourado qui est une dorade d'eau douce pouvant atteindre près d'un mètre de long. Les caïmans
prolifèrent. On les voit souvent inertes, comme empaillés, se réchauffant sur les plages de sable.
Une faune extraordinaire
Les rives des ríos sont habitées par des mammifères aquatiques comme les loutres géantes1
qui peuvent mesurer jusqu'à deux mètres de long. Elles vivent dans un terrier creusé sur les rives de terre ferme.
En saison sèche, elles émigrent dans les rivières et les lacs permanents du territoire.
Les oiseaux échassiers sont très nombreux. Ils vivent en colonies. Mais leur trésor de guerre se constitue en saison sèche :
la diminution des nappes d'eau facilite leur pêche, les poissons se regroupant dans des étangs de plus en plus petits.
1 Loutre du Pantanal : c'est la plus grande du monde. C'est un animal
très puissant qui vit en groupe. L'adulte peut se nourrir de près de 4 kg de poissons par jour. Elle constitue paradoxalement
un danger pour les caïmans de taille moyenne. [JGM]
Le jaguar "onça"
Cette alternance de vie aquatique et de vie terrestre attire un certain nombre de prédateurs.
Le jaguar, ou onça2 pour les indigènes, est un prédateur redouté.
C'est le plus important des carnivores d'Amérique du Sud qui chasse notamment de gros rongeurs comme le
capibara3, sorte d'énorme rat qui peut rester immergé sous les herbes flottantes
ou capim pour échapper au redoutable jaguar.
Si nous n'avons pas eu l'opportunité d'apercevoir l'onça, c'est que ce félin est très sensible
au bruit et ne s'attaque pas vraiment à l'homme qui bouge ou qui est en activité.
Peau de jaguar "onça"
2 Onça ou Onça-pintada : nom commun du félin le plus puissant
du continent americain. Son nom, dans les forêts subtropicales, est yaguar. Une onça adulte peut atteindre
jusqu'à 1,85 m de long sans la queue. Le pelage comporte le dessin de grandes rosettes sombres et épaisses qui contiennent
des points plus petits, contrairement au pelage du léopard. L'onça (jaguar) nage très bien. [N.d.l.R.]
3 Capibara : aussi désigné par le nom de Cochon d'eau.
[JGM]
De la taille d'un porc, le Hydrochœrus hydrochæris semi-aquatique peut atteindre une longueur de
1,20 m. [Du Tupi capii : herbe et urara : mangeur]. [N.d.l.R.]
|