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Expédition Eldorado : Sur le Río Paraguai [17]

The Eldorado Exploration : From Cáceres on the Río Paraguai [17]

Depuis Cáceres sur le Río Paraguai [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 320, janvier-février 2006 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
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[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] Après avoir corroboré toutes ces études par des observations lors du passage dans la zone de crête de toute l'équipe, nous prenions conscience, avec un réel soulagement, que le plus difficile de l'expédition
était maintenant derrière nous.
Nous fêtions cet événement en partageant une bonne bouteille de cachaça
que les indigènes du Mato Grosso désignent sous le nom de Pinga.

Cáceres et le Río Paraguai


Ce fut à la nuit tombante que nous atteignîmes Cáceres.

Il nous restait encore quelques forces pour décharger le matériel du camion qui avait effectué notre portage.

Nous étions déjà le 3 janvier et nous avions l'intention de faire une étape assez longue pour remettre en état nos embarcations afin d'entreprendre la dernière phase de l'expédition.

Cáceres, une petite ville de 10 000 habitants, un point de civilisation où convergent des voies routières indispensables pour assurer les liaisons dans les directions est-ouest et nord-sud. Sur la carte ONC (Operational navigation chart), on trouve la désignation toponymique de San Luís de Cáceres, que les cartes officielles brésiliennes ne reprennent pas pour ne retenir que Cáceres.

Nous repérâmes un bâtiment désaffecté, sans portes ni fenêtres, au pied de la pile ouest du pont qui enjambe le Río Paraguai1 et une partie de la zone inondable. Cette zone est vaste. Son emprise peut atteindre 8 km. Elle est riche en îles et en baías.

Le bassin du Paraguai est bordé à l'est par des chaînes de montagnes aux plissements parallèles d'orientation sud-ouest – nord-est, dont l'altitude maximale n'excède pas 600 mètres.

La cote hydrographique du Río Paraguai est de l'ordre de 115 mètres à Cáceres.

le Río Paraguai à Cáceres
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[the Río Paraguai at Cáceres]

Ce fleuve qui, en toute rigueur, n'est qu'un affluent du Paraná, a une pente très faible, ce qui explique l'immense étendue des zones inondées pendant la saison des pluies. Il prend sa source un peu plus au nord, à une dizaine de kilomètres du lieu-dit Diamantino.



Le Río Paraguai à Cáceres (V.M.Ponse, SDSU).


1 Paraguai : il s'agit de la désignation hydronymique brésilienne que nous retiendrons pour la traversée du Brésil. L'orthographe "Paraguay" sera utilisée en territoire hispanophone.

Entretien et rencontre

La première journée de notre escale fut consacrée à la confortation des structures en caoutchouc et à la révision des moteurs.

Le lendemain, nous fîmes la connaissance d'un prêtre français, le Père René. Il nous reçut chaleureusement, et je me souviens de ce cadeau d'un calendrier de la Nouvelle Année qu'il nous fit, et qui prit à nos yeux une valeur de symbole de la marche du temps annonciateur d'un imminent retour à la civilisation.

Maintenant le temps nous était compté et il fallait tenir notre programme. Autour d'un verre, le Père René nous conta l'histoire des esclaves noirs qui, pourchassés par des colons, s'étaient réfugiés dans les hauteurs de la Serra2 Ponta de Morro.

Ce n'était pas une légende car cette communauté vivait encore en autarcie dans un thalweg3 perché sur un replat de la montagne, dans un secteur du lieu-dit Quilombo.

Au retour, en rejoignant notre campement, je m'arrêtai dans un bazar et n'ai pu résister à l'achat d'une machette de vaqueiro présentée dans un superbe fourreau de cuir.



2 Serra : montagne.

3 Thalweg  Le mot est d'origine allemande : Thal (vallée) et Weg (chemin) s'écrit thalweg. C'est la ligne de fond d'une vallée (ligne de rencontre des eaux), qui joint les points les plus bas d'une vallée. Elle est parfois matérialisée par un cours d'eau. Le mot a gardé son h étymologique dans le langage géographique français, même si aujourd'hui l'orthographe réformée allemande a choisi Talweg. [N.d.l.R.]

Des baías complexes

Le 6 janvier 1980, vers 13 heures, nous quittions Cáceres pour nous lancer dans les arcanes du majestueux Paraguai qui sinue vers le sud pour confluer avec le Paraná.

Sur ce type de réseau hydrographique à très faible pente, les préoccupations du navigateur sont d'un autre ordre. La difficulté ne réside plus dans la détection d'affleurements rocheux, de rapides ou même de barres de sable. Mon souci principal était de maintenir l'Expédition dans le lit principal du río en déjouant les fréquentes occasions de se perdre dans les baías complexes.

Les grands espaces

Après une cinquantaine de kilomètres de navigation, nous vîmes le paysage se transformer avec des reliefs, des falaises qui se reflétaient dans les eaux calmes du Paraguai. Le río avait stabilisé son cours en bordure de la Serra do Simão Nunes et de la Serra Barranco Vermelha. À travers ce dernier oronyme4, on devine la beauté des paysages avec les couleurs rouges des falaises qui s'imposent dans une nature vert-sombre.

Que de poésie dans ce site qui fait naître en nous des sensations de bonheur et de mélancolie. On y retrouvait un peu cette nostalgie des grands espaces qui aurait pu exalter la sensibilité de Vila Lobos et inspirer l'un de ses concertos.



4 Oronyme : c'est le nom propre qui désigne une forme de relief. Cela peut être un sommet, une crête ou un quelconque accident topographique. Le nom d'une chaîne de montagne est un oronyme.

Sur le bord du Paraguai

Bientôt nous atteignions la confluence entre le Río Jaurú et le Río Paraguai.

Je tenais à identifier sur le terrain cette jonction car c'est là que nous aurions dû directement aboutir si nous avions effectivement emprunté les voies fluviales assurant la liaison des deux bassins hydrographiques.

C'est l'hydronyme5 Barra do Río Jaurú qui matérialise la zone de confluence. Le terme de Barra ou "Barre" est souvent utilisé pour identifier un haut-fond formé par le contact brutal de deux eaux. Ce phénomène est d'autant plus fort et plus apparent que le régime des ríos est différent.

le Pantanal
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[the Pantanal region]

Le Paraguai est si complexe en circonvolutions que l'hydrographe a été obligé de nommer les discontinuités et les phénomènes majeurs afin que le navigateur ne se perde pas.

D'ailleurs c'est dans ce secteur que nous commencions à pénétrer dans le Pantanal, cet immense marécage, réserve naturelle unique au monde. Des toponymes comme Pantanal do Padre Inacio ou Pantanal do Baiazinha en témoignent.



Une vue de la région de Pantanal, souvent sujet aux inondations.

Sur la rive droite du Río Paraguai, à l'opposé des Serras, on devine d'immenses enclos d'élevage intensif et les grandes fermes, les Faz Nova Esperança et Faz Retiro das Conchas, cartographiées avec précision. Il s'agit principalement de zones d'élevages de bovins croisés de zébus, d'une grande robustesse. C'est la richesse du Haut-Mato Grosso et il n'était pas rare d'être surpris par d'énormes bétaillères, barges à fond plat impressionnantes par leur capacité de chargement.



5 Hydronyme : c'est le nom propre, et non la désignation, donné à un élément hydrographique. Exemple : "Baía do Castelo" est un hydronyme qui figure en écriture bleue sur une carte. "Baía" (baie) est une désignation hydronymique au même titre que "Ilha" (île).
Complément : Un toponyme est, selon l'Institut géographique national, un nom propre attribué à une entité géographique. Au sens large, c'est un terme qui inclut nom géographique et nom extraterrestre. Par exemple : Montpellier, Pont Jacques-Cartier, Canyon du Colorado, Étoiles Bételgeuse, Antarès, Rigel. [N.d.l.R.]
Le Pantanal


Le Pantanal (de pântano : marécage) a bien changé, depuis l'époque de l'Expédition Eldorado.

L'écologie
Le Pantanal est un monde à part : le visiteur y découvre la nature dans toute sa splendeur, surtout la faune.
Ce "sanctuaire écologique" s'étend sur 135 000 ha d'une région inondée périodiquement par la rivière Paraguay et ses affluents, dont le Río Cuiabá.

Tout pour le touriste
Les safaris-photos, la pêche au piranha, le Festival international de Pêche de Cáceres et les promenades en bateau sur le Paraguai sont devenus aujourd'hui des attraits touristiques majeurs.

Le Parc indien
Dans le Nord-Est de l'État, l'immense Parc indien de Xingu, créé en 1961, a une surface de 2 600 000 ha et est traversé par quelques rivières, comme le Xingu, long de 2 266 km, affluent de l'Amazone, et la rivière Suiá-Miçu. Pour y arriver il faut prendre la route fédérale de Cuiabá à Santarém. Diverses nations indiennes occupent le Parc indien du Xingu, parmi lesquelles les Jurunas.
La construction d'une route fédérale (BR-080) coupant la partie nord du Parc a soulevé beaucoup de protestations de la part des Indiens et de quelques O.N.G.

Genista
Les cartes brésiliennes,
compagnes de tous les jours


J'exploitais au mieux les rares feuilles à l'échelle du 1/100 000e dont je disposais. Il ne fallait surtout pas être distrait et rater le repérage de la confluence du Río Bracinho et du Río Paraguai.

Le risque était grave et il était facile de se fourvoyer dans un affluent plus important que le cours principal. J'avais relevé que le Río Bracinho était, comme son nom l'indique, un bras du Paraguai qui constitue une immense boucle délimitant une réserve naturelle que nous supposions ouverte aux chercheurs et au tourisme écologique.

En Europe, et notamment en France, les réseaux hydrographiques sont bien hiérarchisés par le géographe.
La distinction entre rivière et fleuve est nette en ce sens que le fleuve est un cours d'eau plus ou moins important qui aboutit à la mer.

En Amérique latine, cette différenciation n'existe pas et le terme de río désigne aussi bien un fleuve qu'une rivière.

En revanche, le Brésil procède à une hiérarchisation entre un cours d'eau intermittent dénommé córrego et un cours d'eau permanent, le río.

Cela dit, nous ne pouvons que louer la qualité de la cartographie brésilienne réalisée par le Service géographique dépendant du Ministère des Armées.

JGM

Le bassin du Paraguai est atteint

carte de la région de Cáceres avec la confluence entre les ríos Jaurú et Paraguai
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[map of the Cáceres area, with the confluence of the ríos Jaurú and Paraguai]
 Le bassin du Paraguai est maintenant atteint. Cette carte montre la région de Cáceres et la confluence entre le Río Jaurú et le Río Paraguai. (Les cours d'eau sont en violet).


Notes :

1 Paraguai : il s'agit de la désignation hydronymique brésilienne que nous retiendrons pour la traversée du Brésil. L'orthographe "Paraguay" sera utilisée en territoire hispanophone.

2 Serra : montagne.

3 Thalweg  Le mot est d'origine allemande : Thal (vallée) et Weg (chemin) s'écrit thalweg. C'est la ligne de fond d'une vallée (ligne de rencontre des eaux), qui joint les points les plus bas d'une vallée. Elle est parfois matérialisée par un cours d'eau. Le mot a gardé son h étymologique dans le langage géographique français, même si aujourd'hui l'orthographe réformée allemande a choisi Talweg. [N.d.l.R.]

4 Oronyme : c'est le nom propre qui désigne une forme de relief. Cela peut être un sommet, une crête ou un quelconque accident topographique. Le nom d'une chaîne de montagne est un oronyme.

5 Hydronyme : c'est le nom propre, et non la désignation, donné à un élément hydrographique. Exemple : "Baía do Castelo" est un hydronyme qui figure en écriture bleue sur une carte. "Baía" (baie) est une désignation hydronymique au même titre que "Ilha" (île).
Complément : Un toponyme est, selon l'Institut géographique national, un nom propre attribué à une entité géographique. Au sens large, c'est un terme qui inclut nom géographique et nom extraterrestre. Par exemple : Montpellier, Pont Jacques-Cartier, Canyon du Colorado, Étoiles Bételgeuse, Antarès, Rigel. [N.d.l.R.]





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