L'extrême pointe sud du Bassin amazonien
Le bassin de l'Amazone est immense.
Il occupe une bonne moitié de la superficie du Brésil et là,
nous avions conscience de parcourir le dernier élément hydrographique qui l'alimente.
Pour un géographe, se trouver dans l'extrême pointe sud du Bassin amazonien
fut un privilège.
Navigation en saison humide
La navigation dans le Haut-Guaporé ne présentait aucune difficulté
en saison humide. Quelques rapides
sont perceptibles mais ne deviennent dangereux que pendant la saison sèche
où le río devient impraticable
pour des embarcations ayant un tirant d'eau supérieur à un mètre.
Toute l'équipe regretta un peu de n'avoir pu
naviguer par ses propres moyens dans un labyrinthe de voies d'eau
qui gardait jalousement ses secrets.
Mais cet intermède nous permit de côtoyer des autochtones riverains
du río, aux conditions de vie précaires.
Ils sont pour la plupart des employés saisonniers des grands fermiers,
ou fazendeiros, et des
séringalistes1, les propriétaires de bois à caoutchouc.
Ici, l'exploitation de l'hévéa
ne s'était jamais complètement arrêtée. Depuis Porto Velho,
c'est souvent que nous rencontrions des seringueiros
harassés, tirant des boules de latex, ou borrachas, de près de
quatre vingts kilos, sous une chaleur torride.
À la prélature, on nous louait les qualités humaines
des "gens du Guaporé" qui, malgré leur dénuement,
ont le sens de l'hospitalité et de l'amitié.
Mais il faut reconnaître que tous les riverains du río
que nous côtoyions étaient plus ou moins évangélisés.
Quoi qu'il en soit, nous eûmes le sentiment d'avoir vécu dans cette partie
de l'État de Rondonia une grande aventure humaine et écologique.
— 1 Séringalistes :
Patrons des seringueiros extracteurs du latex,
un suc laiteux extrait de l'hévéa. Le caoutchouc est le produit fini
issu du traitement du latex.
Enfin Vila Bela
J'eus les yeux rivés sur mes cartes au moment où nous atteignions
Santa Isabel — ou Cabixi — hameau situé
à la confluence du Río Cabixi et du Guaporé.
C'est à partir de cette confluence que nous quittions l'État de Rondonia
pour pénétrer dans l'État de Mato Grosso.
Les ruines de Vila Bela da Santíssima Trindade,
ville autrefois appelée Mato Grosso.
Le 3 janvier au matin, nous goûtions le bonheur d'atteindre
l'étape mythique de Vila Bela da Santíssima Trindade,
précédemment appelée Mato Grosso.
Le toponyme officiel retenu par le Service géographique brésilien
sur la feuille au 1/100 000e
est Mato Grosso2. Le bateau gouvernemental
n'allait pas plus loin et il nous fallut alors prévoir un portage.
Ce qui frappe de prime abord à Mato Grosso c'est l'imposante ruine
rougeâtre qui devait être, selon nos informateurs,
une cathédrale édifiée au début de l'époque coloniale.
— 2 En 1979-1980, au moment de l'Expédition
Eldorado. [N.d.l.R.].
Deux bassins à relier
L'analyse approfondie de cartes à plusieurs échelles, que je m'étais
procurées auprès du Gouvernement brésilien,
me permit de mettre en évidence plusieurs passages possibles pour assurer
une jonction continue par voies fluviales
des deux bassins hydrographiques.
Nous quittions les terrains du quaternaire traversés par les
ríos Mamoré et Guaporé et qui, grosso modo,
correspondent à l'étendue de l'État de Rondonia pour franchir
un relief très faible qui assure la ligne de partage des eaux
entre les deux bassins hydrographiques.
Il s'agit d'un petit massif précambrien de près de six cents millions
d'années qui a subi une érosion chimique et physique
réduisant les sommets en collines arrondies ou en relief de plateaux
de faible altitude.
Un plan expédié
L'examen du plan topographique expédié que j'ai dressé à l'échelle
du 1/1 000 000e
fait apparaître cette forme de relief ancien aplani.
Nous pouvions ainsi mettre en évidence une ligne de partage des eaux
entre les deux bassins, celui de l'Amazone et celui du Paraguay.
C'est à partir de cette ligne de crête topographique qu'il est possible
de déterminer les zones de jonctions entre les deux
réseaux hydrographiques de la zone étudiée.
Dès le départ, mon attention a été attirée par ce type de relief
assez mou, sans caractère. Cela m'avait déterminé
dans mon choix d'itinéraire. J'avais en effet étudié d'autres possibilités,
notamment celle d'une voie fluviale traversant
le cœur du Brésil en empruntant par exemple le Xingu ou le Tapajós
pour rejoindre le bassin du Paraguai.
Une première
Le choix de cet itinéraire que j'avais proposé à tous les membres
de l'Expédition était considéré par tous les pays
traversés comme une innovation. Ce fut, à ma connaissance, une première.
Deux ans plus tard, une équipe de scientifiques cubains fut inspirée
par notre concept. Elle suivit notre parcours
en liaison avec des Vénézuéliens, dans des conditions techniques différentes
des nôtres. C'est fortuitement que nous apprîmes
cette nouvelle par la presse. Il va sans dire que nous ne fûmes pas informés
des résultats de cette expédition.
En ce qui concerne l'aspect innovant de notre découverte,
il réside essentiellement dans la mise en évidence d'une ligne
de partage des eaux assez nette sur un relief ancien entaillé
par un réseau hydrographique actif, en grande partie navigable.
Toutes les analyses et les indices positifs ont convergé vers ce choix
au fur et à mesure de l'étude d'ouvrages anciens et de
documents cartographiques à différentes échelles.
Être précis et respecter les normes
Les abréviations pour la longitude et la latitude d'un lieu
sont définies par la Norme ISO 19111 (de 2004).
Les lettres qui doivent être employées sont :
• lambda ( λ ) pour la longitude
• phi ( φ ) pour la latitude.
Et pourtant...
On rencontre parfois des erreurs...
Attention ! Plusieurs programmes informatiques de géographie
ou de cartographie ont inversé les deux abréviations
grecques ! Il faut être vigilant, car il existe même des sites
de l'internet sur lesquels ces erreurs sont répercutées
par des auteurs peu scrupuleux qui économisent les vérifications.
La Norme ISO 6709 (de 1983) précise la façon d'écrire
les coordonnées.
Genista
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Trois zones d'échange possible
C'est ainsi que furent déterminées trois zones de jonctions entre
les bassins de l'Amazone et du Paraguay :
La Zone 1, la plus au nord, dont l'altitude
avoisine 600 mètres, où il y aurait la possibilité d'assurer
la jonction du Guaporé au Jaurú — en fait un petit
affluent du Jaurú — par un canal de 6 à 8 km.
La Zone 1 a pour coordonnées géographiques3
λ = 58°50' ouest
φ = 14°52' sud
Elle a l'avantage de relier deux éléments hydrographiques majeurs,
au régime régulier, navigable a priori malgré
la présence de quelques petits rapides.
— 3 Les coordonnées géographiques
sont exprimées par la longitude (λ ou lambda)
d'un lieu et sa latitude (φ ou phi). Ici λ est déterminé
d'est en ouest, et φ est mesuré du nord au sud.
La Zone 2, au centre du plan topographique,
se situe dans la proximité du lieu-dit Jaurú,
aux coordonnées géographiques approximatives de
λ = 58°52' ouest
φ = 15°13' sud
Le choix de cette zone aurait l'avantage d'assurer une jonction
par un canal assez peu conséquent, mais présenterait
l'inconvénient de relier deux éléments hydrographiques
aux régimes irréguliers et mal connus. Il s'agirait de la liaison
entre le Córrego Irara et le Córrego Brigadeiro
qui sont, par définition4,
des rivières intermittentes dont la navigabilité n'est pas prouvée.
— 4 Córrego :
cours d'eau intermittent.
La troisième Zone
Un canal de deux kilomètres ?
Enfin, sur le plan topographique expédié, il existerait une troisième voie
qui serait a priori
la meilleure pour les raisons suivantes : l'altitude y est moindre,
le plateau y est beaucoup plus étendu avec de faibles
dénivelés ; la jonction se ferait par un canal quasi symbolique
de un à deux kilomètres et relierait deux structures
hydrographiques conséquentes, d'une part le Río do Cagado,
un affluent du Guaporé, d'autre part le Río Aguapei,
affluent du Río Jaurú.
Les coordonnées géographiques de cette Zone 3
sont approximativement
λ = 59°09' ouest
φ = 15°38' sud
Cette liaison serait optimisée dans la mesure où elle assurerait une communication
entre deux sites urbains importants
au niveau stratégique : Vila Bela (Mato Grosso)
et Porto Esperidião. Ces sites, d'une part, sont traversés par une
voie routière fédérale — ce qui faciliterait les approvisionnements
des bateliers — d'autre part, ils assurent
tous deux des liaisons entre le Brésil et la Bolivie.
À l'échelle du Continent sud-américain, cette troisième voie
serait une option réaliste nécessitant un faible
investissement au niveau de l'État fédéral ou même au niveau
de l'État de Mato Grosso en partenariat avec
l'État de Rondonia.
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Le plan topographique expédié
Le plan topographique expédié ci-contre révèle
les positions des trois points de passage possibles. On y voit
la ligne de partage des eaux entre le Bassin de l'Amazone
et le Bassin du Paraguay.
(L'équidistance des courbes de niveaux est de 300 mètres)
Cartographie : Mise au point
• Nous présentons un plan topographique expédié de la ligne de partage des eaux
entre le bassin de l'Amazone
et celui du Paraguay, avec la mention Cartographie Genista.
• La cartographie est la représentation de données sur des cartes.
• Précisons :
— La réalisation technique du plan (numérisation, correction,
mise aux normes, typographie) a été faite
par Genista, mais il est évident que le dessinateur du plan sur le terrain
est bien Jean-Gérard Mathé, comme cela apparaît
clairement dans la légende de ce plan.
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