GENISTA (1971) : L'EXPÉDITION (CROISIÈRE) "ELDORADO" EN 1979-1980 : [16] RECHERCHE D'UN PASSAGE DANS LE HAUT-GUAPORÉ.



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Recherche d'un passage dans le Haut-Guaporé

Eldorado Exploration (1979-80): [16] From Guaporé to Jaurú

Recherche d'un passage dans le Haut-Guaporé. (Expédition Eldorado, 1979-1980)

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, (Exploration)

Le Navigateur, Jean-Gérard Mathé [the Navigator] Recherche d'un passage dans le Haut-Guaporé.
L'Expédition (Croisière) Eldorado en Amérique latine.
Chapitre 16 :
Recherche d'un passage dans le Haut-Guaporé.
Publié dans « Genista Informations » N° 319 de décembre 2005.
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L'extrême pointe sud du Bassin amazonien


Le bassin de l'Amazone est immense.

Il occupe une bonne moitié de la superficie du Brésil et là, nous avions conscience de parcourir le dernier élément hydrographique qui l'alimente.

Pour un géographe, se trouver dans l'extrême pointe sud du Bassin amazonien fut un privilège.


Navigation en saison humide


La navigation dans le Haut-Guaporé ne présentait aucune difficulté en saison humide. Quelques rapides sont perceptibles mais ne deviennent dangereux que pendant la saison sèche où le río devient impraticable pour des embarcations ayant un tirant d'eau supérieur à un mètre. Toute l'équipe regretta un peu de n'avoir pu naviguer par ses propres moyens dans un labyrinthe de voies d'eau qui gardait jalousement ses secrets.

Mais cet intermède nous permit de côtoyer des autochtones riverains du río, aux conditions de vie précaires. Ils sont pour la plupart des employés saisonniers des grands fermiers, ou fazendeiros, et des séringalistes1, les propriétaires de bois à caoutchouc. Ici, l'exploitation de l'hévéa ne s'était jamais complètement arrêtée. Depuis Porto Velho, c'est souvent que nous rencontrions des seringueiros harassés, tirant des boules de latex, ou borrachas, de près de quatre vingts kilos, sous une chaleur torride.

À la prélature, on nous louait les qualités humaines des "gens du Guaporé" qui, malgré leur dénuement, ont le sens de l'hospitalité et de l'amitié.

Mais il faut reconnaître que tous les riverains du río que nous côtoyions étaient plus ou moins évangélisés. Quoi qu'il en soit, nous eûmes le sentiment d'avoir vécu dans cette partie de l'État de Rondonia une grande aventure humaine et écologique.



— 1 Séringalistes : Patrons des seringueiros extracteurs du latex, un suc laiteux extrait de l'hévéa. Le caoutchouc est le produit fini issu du traitement du latex.

Ruines de Vila Bela da Santíssima Trindade ("Mato Grosso")

Enfin Vila Bela


J'eus les yeux rivés sur mes cartes au moment où nous atteignions Santa Isabel — ou Cabixi — hameau situé à la confluence du Río Cabixi et du Guaporé.

C'est à partir de cette confluence que nous quittions l'État de Rondonia pour pénétrer dans l'État de Mato Grosso.


 Les ruines de Vila Bela da Santíssima Trindade,
ville autrefois appelée Mato Grosso.

Le 3 janvier au matin, nous goûtions le bonheur d'atteindre l'étape mythique de Vila Bela da Santíssima Trindade, précédemment appelée Mato Grosso.
Le toponyme officiel retenu par le Service géographique brésilien sur la feuille au 1/100 000e est Mato Grosso2. Le bateau gouvernemental n'allait pas plus loin et il nous fallut alors prévoir un portage.

Ce qui frappe de prime abord à Mato Grosso c'est l'imposante ruine rougeâtre qui devait être, selon nos informateurs, une cathédrale édifiée au début de l'époque coloniale.



— 2 En 1979-1980, au moment de l'Expédition Eldorado. [N.d.l.R.].

Deux bassins à relier


L'analyse approfondie de cartes à plusieurs échelles, que je m'étais procurées auprès du Gouvernement brésilien, me permit de mettre en évidence plusieurs passages possibles pour assurer une jonction continue par voies fluviales des deux bassins hydrographiques.

Nous quittions les terrains du quaternaire traversés par les ríos Mamoré et Guaporé et qui, grosso modo, correspondent à l'étendue de l'État de Rondonia pour franchir un relief très faible qui assure la ligne de partage des eaux entre les deux bassins hydrographiques.

Il s'agit d'un petit massif précambrien de près de six cents millions d'années qui a subi une érosion chimique et physique réduisant les sommets en collines arrondies ou en relief de plateaux de faible altitude.


Un plan expédié


L'examen du plan topographique expédié que j'ai dressé à l'échelle du 1/1 000 000e fait apparaître cette forme de relief ancien aplani.

Nous pouvions ainsi mettre en évidence une ligne de partage des eaux entre les deux bassins, celui de l'Amazone et celui du Paraguay.

C'est à partir de cette ligne de crête topographique qu'il est possible de déterminer les zones de jonctions entre les deux réseaux hydrographiques de la zone étudiée.

Dès le départ, mon attention a été attirée par ce type de relief assez mou, sans caractère. Cela m'avait déterminé dans mon choix d'itinéraire. J'avais en effet étudié d'autres possibilités, notamment celle d'une voie fluviale traversant le cœur du Brésil en empruntant par exemple le Xingu ou le Tapajós pour rejoindre le bassin du Paraguai.


Une première


Le choix de cet itinéraire que j'avais proposé à tous les membres de l'Expédition était considéré par tous les pays traversés comme une innovation. Ce fut, à ma connaissance, une première.

Deux ans plus tard, une équipe de scientifiques cubains fut inspirée par notre concept. Elle suivit notre parcours en liaison avec des Vénézuéliens, dans des conditions techniques différentes des nôtres. C'est fortuitement que nous apprîmes cette nouvelle par la presse. Il va sans dire que nous ne fûmes pas informés des résultats de cette expédition.

En ce qui concerne l'aspect innovant de notre découverte, il réside essentiellement dans la mise en évidence d'une ligne de partage des eaux assez nette sur un relief ancien entaillé par un réseau hydrographique actif, en grande partie navigable. Toutes les analyses et les indices positifs ont convergé vers ce choix au fur et à mesure de l'étude d'ouvrages anciens et de documents cartographiques à différentes échelles.



Être précis
et respecter les normes
Normes ISO : longitude (lambda, λ) et latitude (phi, φ)

Les abréviations pour la longitude et la latitude d'un lieu sont définies par la Norme ISO 19111 (de 2004).

Les lettres qui doivent être employées sont :
•  lambda ( λ ) pour la longitude
•  phi ( φ ) pour la latitude.

Et pourtant...

On rencontre parfois des erreurs...

Attention ! Plusieurs programmes informatiques de géographie ou de cartographie ont inversé les deux abréviations grecques ! Il faut être vigilant, car il existe même des sites de l'internet sur lesquels ces erreurs sont répercutées par des auteurs peu scrupuleux qui économisent les vérifications. La Norme ISO 6709 (de 1983) précise la façon d'écrire les coordonnées.

Genista


Trois zones d'échange possible


C'est ainsi que furent déterminées trois zones de jonctions entre les bassins de l'Amazone et du Paraguay :

La Zone 1, la plus au nord, dont l'altitude avoisine 600 mètres, où il y aurait la possibilité d'assurer la jonction du Guaporé au Jaurú — en fait un petit affluent du Jaurú — par un canal de 6 à 8 km. La Zone 1 a pour coordonnées géographiques3

λ = 58°50' ouest            φ = 14°52' sud

Elle a l'avantage de relier deux éléments hydrographiques majeurs, au régime régulier, navigable a priori malgré la présence de quelques petits rapides.



— 3 Les coordonnées géographiques sont exprimées par la longitude (λ ou lambda) d'un lieu et sa latitude (φ ou phi). Ici λ est déterminé d'est en ouest, et φ est mesuré du nord au sud.


La Zone 2, au centre du plan topographique, se situe dans la proximité du lieu-dit Jaurú, aux coordonnées géographiques approximatives de

λ = 58°52' ouest            φ = 15°13' sud

Le choix de cette zone aurait l'avantage d'assurer une jonction par un canal assez peu conséquent, mais présenterait l'inconvénient de relier deux éléments hydrographiques aux régimes irréguliers et mal connus. Il s'agirait de la liaison entre le Córrego Irara et le Córrego Brigadeiro qui sont, par définition4, des rivières intermittentes dont la navigabilité n'est pas prouvée.



— 4 Córrego : cours d'eau intermittent.

La troisième Zone


Un canal de deux kilomètres ?

Enfin, sur le plan topographique expédié, il existerait une troisième voie qui serait a priori la meilleure pour les raisons suivantes : l'altitude y est moindre, le plateau y est beaucoup plus étendu avec de faibles dénivelés ; la jonction se ferait par un canal quasi symbolique de un à deux kilomètres et relierait deux structures hydrographiques conséquentes, d'une part le Río do Cagado, un affluent du Guaporé, d'autre part le Río Aguapei, affluent du Río Jaurú.

Les coordonnées géographiques de cette Zone 3 sont approximativement

λ = 59°09' ouest            φ = 15°38' sud

Cette liaison serait optimisée dans la mesure où elle assurerait une communication entre deux sites urbains importants au niveau stratégique : Vila Bela (Mato Grosso) et Porto Esperidião. Ces sites, d'une part, sont traversés par une voie routière fédérale — ce qui faciliterait les approvisionnements des bateliers — d'autre part, ils assurent tous deux des liaisons entre le Brésil et la Bolivie.

À l'échelle du Continent sud-américain, cette troisième voie serait une option réaliste nécessitant un faible investissement au niveau de l'État fédéral ou même au niveau de l'État de Mato Grosso en partenariat avec l'État de Rondonia.


Le plan topographique expédié

Plan topographique : ligne de partage des eaux entre Amazone et Paraguay

 Le plan topographique expédié ci-contre révèle les positions des trois points de passage possibles. On y voit la ligne de partage des eaux entre le Bassin de l'Amazone et le Bassin du Paraguay.
(L'équidistance des courbes de niveaux est de 300 mètres)


Cartographie : Mise au point
• Nous présentons un plan topographique expédié de la ligne de partage des eaux entre le bassin de l'Amazone et celui du Paraguay, avec la mention Cartographie Genista.
• La cartographie est la représentation de données sur des cartes.
• Précisons :
— La réalisation technique du plan (numérisation, correction, mise aux normes, typographie) a été faite par Genista, mais il est évident que le dessinateur du plan sur le terrain est bien Jean-Gérard Mathé, comme cela apparaît clairement dans la légende de ce plan.




Notes de la page

— 1 Séringalistes : Patrons des seringueiros extracteurs du latex, un suc laiteux extrait de l'hévéa. Le caoutchouc est le produit fini issu du traitement du latex.
— 2 En 1979-1980, au moment de l'Expédition Eldorado. [N.d.l.R.]

— 3 Les coordonnées géographiques sont exprimées par la longitude (λ ou lambda) d'un lieu et sa latitude (φ ou phi). Ici λ est déterminé d'est en ouest, et φ est mesuré du nord au sud.

— 4 Córrego : cours d'eau intermittent.



UNE VOIE NAVIGABLE DU BASSIN DE L'ORÉNOQUE AU BASSIN DU PARAGUAY-PARANÁ ?



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