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Expédition Eldorado: Fazendeiros à Noël [14]

The Eldorado Exploration : Christmas meeting with the fazendeiros [14]

Rencontre avec les fazendeiros et panne sèche pour Noël [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 317, octobre 2005 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
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[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] Nous étions dans un décor merveilleux.
C'était un peu comme une image de bande dessinée colorée, simple, aux contours nets.
On pouvait y imaginer le personnage de Tintin à la recherche d'un trésor oublié par des mercenaires du siècle dernier ! Mais très vite, nous devions nous rendre aux réalités. L'île n'était pas habitée...
Et pourtant...

le navigateur, Jean-Gérard Mathé, de l'Institut Géographique National (IGN)
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[the navigator, Jean(Gerard Mathé, from the National Geographic Institute (IGN)]

L'île inhabitée... et ses fazendeiros



Vers la mi-journée, nous fûmes surpris par l'arrivée de quelques fermiers fazendeiros, éleveurs de bovins, venus déjeuner dans un bâtiment rustique qui fut sans doute le corps d'une ancienne fazenda, ou ferme.

Burinés par le soleil, avec de longues moustaches assombries par un large chapeau de gaucho, ils avaient une mine patibulaire.

Nous apprîmes que le fermier, entouré de ses fidèles employés, était venu rabattre vers l'intérieur des terres une partie de son troupeau de bovins. Nous comprîmes que nous étions dans le territoire de sa propriété.


 Le navigateur,
Jean-Gérard Mathé,
de l'Institut Géographique National (IGN).

Diplomatie et confiance



Conscients d'être dans un domaine privé [cf. encadré], nous avons dû faire preuve d'une certaine diplomatie pour leur demander de nous autoriser à faire une escale pendant deux ou trois jours.

En effet, il a fallu très vite les convaincre de nos intentions car nous aurions très bien pu être pris pour des bandits voleurs de bétail. Il convenait d'être très respectueux et très prudents dans nos propos. Je leur avais fait vite comprendre que nous dirigions une expédition scientifique et que nous étions en quête de carburant pour atteindre Vila Bela.

Alors que je négociais, j'eus un court instant le sentiment d'avoir affaire à un type d'hommes rudes, sans foi ni loi, faisant un peu penser aux personnages peu sympathiques des seconds rôles des westerns "spaghetti".

Mais rien de tout cela. Ayant porté attention aux documents cartographiques que je manipulais avec délicatesse, je les voyais confiants et rassurés. Le maître des lieux semblait avoir pris conscience de notre éducation, de notre éthique, en pressentant qu'elles nous conduiraient à respecter son domaine. Aussi nous invita-t-il spontanément à nous associer à leur déjeuner.

Le respect de la propriété
par les Agents de l'I.G.N.


Le respect de la propriété privée est une règle d'or imposée aux Agents de l'I.G.N. pour réaliser les travaux cartographiques.

Légalement, pour la réalisation des cartes, un Agent peut pénétrer dans une propriété privée si ces deux conditions sont remplies :
— l'une est la prise d'un arrêté par le Préfet du département concerné. Cet arrêté doit être affiché à la Mairie de la commune faisant l'objet des travaux 

— l'autre — et c'est la plus importante — l'Agent doit prendre contact avec le propriétaire pour lui demander l'autorisation de parcourir son domaine ou la cour de sa résidence en lui présentant éventuellement une copie de l'arrêté.

Pour ce qui concerne cette Expédition, j'étais officiellement envoyé par l'I.G.N. et j'avais également, et de fait, le soutien de tous les postes diplomatiques des pays traversés. Je me devais donc d'imposer à tous mes coéquipiers cette règle d'or.

Il n'y a jamais eu d'incident.

JGM

Feijoada et hamacs



Je me souviens encore de cette viande rouge assaillie par de grosses mouches bleues, légèrement poêlée, et de la traditionnelle feijoada au goût douteux.

Parce que nous avons su dès le départ éteindre notre orgueil et nos exigences, nos hôtes nous proposèrent tout naturellement d'accrocher nos hamacs sur la terrasse en bois, couverte, d'une vieille bâtisse coloniale surplombant le fleuve.

Loin des êtres aimés



La vision de la petite église s'imposait à chaque instant à nous. Elle nous rappela un peu à notre spiritualité car nous étions à la veille de Noël.

Une chaleur humide et un lourd silence pesaient dans notre environnement. Je ressentais déjà chez chacun d'entre nous une certaine mélancolie due sans doute à l'éloignement des êtres aimés.

Ce lieu de prière qui devait garder de nombreux secrets était superbement entretenu. Un lieu où nous aurions souhaité pouvoir nous recueillir et fêter la naissance triomphante du Messie.

Malgré cette petite déception, notre volonté de marquer l'événement était partagée. Je compris, sur un simple regard de Christian, mon ami et coéquipier, qu'il fallait célébrer à notre manière ce Noël en Amazonie, à l'entrée du Mato Grosso. Il fallait nous rassembler pour oublier nos petites divisions. C'était l'occasion de donner à notre équipe un élan nouveau, d'éveiller en nous plus de courage, plus de confiance pour atteindre notre objectif commun. Nous avions à cœur de dissiper les tensions engendrées par le naufrage qui a failli coûter deux vies dans les rapides de São Gabriel da Cachoeira. Cette soirée, nous nous sentions liés comme dans un songe et nos ressentiments se noyèrent très vite dans une atmosphère paisible.

Les nuées de moustiques n'étaient pas au rendez-vous et nous pouvions commencer à préparer le dîner.

Caïman et cachaça pour Noël



Comme nous avions chassé la veille un caïman, le menu fut immédiat : queue de caïman préparée avec du riz.

Pour améliorer l'ordinaire, Christian avait gardé pour l'occasion une bouteille de cachaça1, alcool de canne très fort. Cette fête amicale se prolongea tard.

Pour ce qui concerne notre approvisionnement en carburant, la question était réglée. L'avant-veille, notre radio tenta en vain de joindre l'armée brésilienne pour obtenir un parachutage de containers d'essence. Le message ne pouvait atteindre la garnison la plus proche. Mais par bonheur, nous apprîmes par la prélature que le bateau-navette du gouvernement brésilien avançait lentement et était sur le point de nous rejoindre. Pour nous, ce fut un véritable miracle. Nous pouvions passer le jour de Noël à préparer nos embarcations, à visiter les rives du Guaporé et à prendre des contacts avec des Indiens pour avoir des informations sur la suite du parcours.

1 Cachaça : La cachaça est un alcool de canne à sucre qui, à l'époque, se vendait au même tarif que la bière. Cet alcool était d'ailleurs conditionné dans des bouteilles similaires aux bouteilles de bière (35 cl environ). En y ajoutant du sirop de sucre, de la glace pilée et du citron vert, on obtient la caipiriña. Cette boisson banalisée au Brésil fait des ravages auprès des populations des quartiers déshérités suburbains.
[N.d.l.R.]  : La cachaça ne fut importée en France qu'à partir de 1989. C'est dans la région de Campos, dans l'État de Río, en raison de l'ensoleillement exceptionnel, qu'est traditionnement cultivée la canne à sucre depuis 1532.
L'État de Mato Grosso


végétation
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[vegetation] La végétation comprend 3 zones :
• au nord, des forêts équatoriales ;
• au centre, le cerrado ;
• au sud, le Pantanal.

Cet État, autrefois espagnol, fut occupé par les bandeirantes brésiliens lors de leurs expéditions en quête d'or, de pierres précieuses et d'Indiens pour effectuer les travaux des champs.

Au début du 18e s., dans le Río Cuiabá, des gisements d'or ont été découverts par un bandeirante et des aventuriers de tous bords se sont rués vers ces terres. Plus tard, la décadence économique et la tentative de création d'un état indépendant du Mato Grosso ont poussé le Gouvernement central à accélérer le repeuplement de l'État. En 1960, la capitale de Brasília fut créée et des routes furent ouvertes.

végétation
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[vegetation] Dans toute la partie nord de l'État — où va arriver l'Expédition — la végétation dominante est la forêt tropicale. Plus au sud, c'est le cerrado, sorte de savane, jusqu'aux marécages du Pantanal. Les ríos du nord appartiennent au bassin amazonien, ceux du sud au bassin du Paraguay. Dans le sud, les marécages de la région inondée créent une grande diversité de paysages. Ainsi, le Mato Grosso offre-t-il des écosystèmes très riches et variés.

L'UNESCO vient de classer cette région Réserve Mondiale de la Biosphère.

Genista
d'après Ari D. de Oliveira.


Le bilan de l'expédition amazonienne


En empruntant, au niveau de Guarajá-Mirim, le Mamoré, je me rendais à l'évidence que j'étais en train de parcourir la dernière voie fluviale sous-affluente de l'Amazone qui prend sa source dans la partie sud du continent sud-américain.

Tous ces réseaux qui abondent dans le Bassin de l'Amazone, coulent grosso modo dans une direction nord. C'est donc conformément à mes examens de la géomorphologie du site qu'en amont du Guaporé — à peu près à la même latitude que Vila Bela — va se trouver la ligne de crête permettant le changement de bassin.

Plus au sud, nous nous trouverons dans le Bassin du Paraguay et du Paraná avec une tendance naturelle à voir tout le réseau couler en direction du sud pour jeter ses eaux dans l'Atlantique, dans le Río de la Plata, au niveau de Buenos Aires.

Nous sommes dans l'État de Mato Grosso, et notre objectif est d'atteindre Vila Bela de Santíssima Trinidade.


JGM

carte de l'Amazone et du Río Madeira, Río Mamoré et Río Guaporé
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[map of the Amazon River and of Río Madeira, Río Mamoré and Río Guaporé]
 Localisation de la partie haute du Guaporé, à sa source, avant le franchissement de la ligne de crête qui sépare le Bassin de l'Amazone du Bassin du Paraná, pour rejoindre le Río Jaurú à sa source.
(Les fleuves sont tracés en rouge)


Notes :

1 Cachaça : La cachaça est un alcool de canne à sucre qui, à l'époque, se vendait au même tarif que la bière. Cet alcool était d'ailleurs conditionné dans des bouteilles similaires aux bouteilles de bière (35 cl environ). En y ajoutant du sirop de sucre, de la glace pilée et du citron vert, on obtient la caipiriña. Cette boisson banalisée au Brésil fait des ravages auprès des populations des quartiers déshérités suburbains.
[N.d.l.R.]  : La cachaça ne fut importée en France qu'à partir de 1989. C'est dans la région de Campos, dans l'État de Río, en raison de l'ensoleillement exceptionnel, qu'est traditionnement cultivée la canne à sucre depuis 1532.




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