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Expédition Eldorado: Vers Ilha das Flores [13]

The Eldorado Exploration : Towards the Island of Flowers [13]

Objectif l'Île aux Fleurs en remontant le Río Guaporé [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 316, septembre 2005 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
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[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] La famille Bénavent fut à la hauteur des qualités humaines
qui caractérisent les véritables pioniers de l'Amazonie.
Jean-François nous réserva une case et nous fit préparer un excellent dîner par son épouse Eida.

Il nous proposa de chasser le lendemain, au petit matin.

la chasse en remontant la rivière au petit matin
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[hunting up the river at dawn]

La châtaigne du Pará



Une fois les fusils et embarcations prêts, nous pénétrions dans la forêt sans nous attarder car l'heure allait sonner pour le départ vers Costa Marques.

Après avoir parcouru champs de coton sauvage et forêt primaire, nous retournions bredouilles aux embarcations.

Une seule consolation : notre mécanicien a dégagé un accès à une culture en débitant un gros arbre avec sa tronçonneuse. Et nous découvrions pour la première fois l'arbre géant qui peut atteindre 20 mètres de haut et avoir un tronc de près de 4 mètres de circonférence. Son écorce est noire. Ses fruits, douze à vingt-quatre châtaignes, sont logés dans une enveloppe épaisse et dure de 10 cm de diamètre. On l'appelle communément "châtaigne brésilienne", castanha do Pará qui permet d'obtenir une huile aussi nutritive que l'huile d'olive et une farine qui contient 50 % de plus de protéines que la même quantité de mil. Il faut souligner que la châtaigne du Pará représente après le caoutchouc une ressource importante de la forêt.


 La chasse en remontant la rivière au petit matin.

Châtaigniers assassinés


Pourquoi les propriétaires ont-ils détruit les terres dans le sud du Pará (à un millier de kilomètres à l'Est de Manaus) ? Là, on peut trouver des paysages quasi-lunaires : des squelettes d'énormes arbres brûlés, preuves de crimes barbares. Le châtaignier local produit un fruit appelé châtaigne du Pará. Ces arbres n'ont été plantés par personne ; ils étaient le fruit naturel de la loi de la nature amazonienne.

Avant les années 60, les fazendeiros1 avaient reçu le droit d'exploiter les arbres, grâce à l'aforamento (le droit de cueillir et commercialiser la châtaigne du Pará). Mais la terre continuait à appartenir à l'Union des États fédérés du Brésil. Le paysan payait chaque année l'aforamento au gouvernement fédéral. Une fazenda pouvait parvenir à produire, par cueillette, jusqu'à 150 tonnes de châtaigne du Pará.

À partir des années 60, en pleine dictature militaire, les foreiros2 ont commencé à changer les châtaigneraies pour des troupeaux de bétail. Le prétendu "miracle brésilien" des années 70 les avait convaincus. Le résultat en a été catastrophique : la forêt a été brûlée afin de faire place aux pâturages et le châtaignier — un arbre fragile malgré sa taille gigantesque qui peut atteindre 20 m — a ainsi été assassiné impunément.

Genista
d'après Maria do Fétal de Almeida
et Vítor Hugo da Silveira Noroefé


1 Fazendeiro : un fermier, un cultivateur. Le nom est dérivé de fazenda : "exploitation rurale, ferme". [N.d.l.R.]

2 Foreiro : travailleur agricole qui occupe un lopin de terre attenant à lexploitation principale, mais ne le possède pas. Il rétribue le propriétaire avec une part considérable de sa récolte. [N.d.l.R.]

Il y a une complémentarité économique entre châtaigne et caoutchouc dans la mesure où le seringueiro3 (collecteur de latex) peut devenir pendant la saison des pluies castanheiro (ramasseur de châtaignes). Ces châtaignes sont traitées à Guajará et sont commercialisées au Brésil et exportées aux États-Unis et en Europe.

Je me souviens du jeune Indien Uem-Chem qui s'était fait un plaisir de nous faire découvrir ce fruit qui, à notre étonnement, représente la richesse de cette région.


3 Seringueiro : récolteur de latex (caoutchouc) dans des godets sur les troncs des hévéas. Il le fait coaguler à la fumée dun feu de bois et lenroule sur un bâton pour obtenir des boules de 35 à 40 kg de caoutchouc. [N.d.l.R.]

En route pour le Haut Guaporé



Le 21 décembre, vers midi, nous devions quitter nos hôtes pour poursuivre notre route. Cap mis sur Costa-Marques via Príncipe da Beira ou Forte Príncipe.

Avant d'arriver à Forte Príncipe, nous franchissons le passage réputé dangereux des rapides, après avoir déployé toute notre expérience.

Forte Príncipe est une forteresse de type Vauban, restée à peu près intacte ! Nous y avons rencontré Georges, alias Le Grec, un personnage quelque peu énigmatique manifestant un intérêt pour notre passage. Comment cette forteresse est-elle apparue au bout du monde, là où l'on ne s'attend pas à trouver une telle trace du génie militaire français ? Mais dans ce secteur frontalier, des combats avaient souvent lieu entre Portugais et Espagnols, chacun occupant une rive du fleuve Guaporé4. C'est dans ces circonstances que les Portugais décidèrent en 1776 de construire une forteresse qui impressionne d'autant plus qu'elle est perdue dans un territoire qui connaît une présence quasi-exclusive de tribus indiennes totalement étrangères à cette stratégie de combat "à l'européenne".


4 Le fort était le poste avancé des Portugais en territoire espagnol, car par le Traité de Tordesillas, ces terres revenaient à lEspagne. Signé le 7 juin 1494 entre les Rois Catholiques et Jean II de Portugal, le Traité fixait une ligne de démarcation à environ 2000 km à louest des îles du Cap-Vert. À lest de cette ligne, tous les territoires connus et inconnus sont attribués au Portugal. [N.d.l.R.]


Costa Marques



Toujours sur la rive droite (brésilienne) du Guaporé, nous envisageons une courte halte à Costa Marques, village construit sur pilotis. Nous y saluons des familles d'enseignants rattachés à la Prélature de Guajará.

Nous y rencontrons le Père Paul qui nous fit visiter l'École maternelle et nous aida à négocier une petite provision de carburant.

En remontant le Guaporé, nous mettons le cap sur San Antonio. C'est un village indien, à la confluence du Río São Miguel et du Río Guaporé, qui nous donne une certaine conscience de la nature et de sa beauté.



Vers l'Île aux Fleurs



Nous quittons le village le 23 décembre en direction de Ilha das Flores.

Notre maigre provision de carburant nous obligea à faire une halte sur la rive bolivienne à Versalles.



Versalles, Graças a Deus et Pedras Negras



Versalles est un centre important. Nous y trouvons un peu de carburant.

Nous fûmes intrigués par un groupe de trafiquants de peaux de jaguars et de caïmans qui disposaient d'un avion qui les mettait à environ une à deux heures de grandes capitales régionales pour écouler leur butin. Nous avons été bien accueillis et il nous a semblé, par le détail de leurs explications, qu'ils n'avaient pas vraiment conscience d'être dans une certaine illégalité.

Nous passons sans faire étape à Graças a Deus. On m'a rapporté que le maître des lieux est un Noir qui a fondé une communauté qui s'est développée et consolidée, dit-on, au rythme de la lecture de l'Évangile, "grâce à Dieu", d'où le toponyme Graças a Deus qui perpétuera la mémoire de cet homme généreux.

Puis c'est Pedras Negras. Il fallait une grande prudence pour naviguer sans briser nos hélices sur les grandes pierres noires qui barrent le fleuve au niveau du village. J'avais noté que je pouvais éventuellement y trouver du carburant. Mais il n'en fut rien.

Alors, nous décidons de continuer notre chemin en direction du Cafetal, un poste militaire situé sur la rive bolivienne. Nous y trouvons un  peu de carburant pour atteindre Ilha das Flores, l'Île aux Fleurs.



rencontre avec l'Armée du Brésil
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[encounter with the Brazilian Army]

Des cartes peu précises



Pour naviguer dans cette zone frontalière entre Brésil et Bolivie, l'armée brésilienne n'a pu me procurer des cartes détaillées à grande échelle. Par rapport à l'immensité du pays, le 1/100 000e peut être considéré comme une grande échelle. Dans cette contrée très sensible, il y a beaucoup de trafics de toutes sortes, et les contrôles sont sévères. D'où les restrictions et les rétentions d'informations de la part des militaires.


 La rencontre avec l'Armée du Brésil.

Ne disposant que d'une cartographie à l'échelle du 1/1 000 000e ou, au mieux, du 1/250 000e, il fallait être vigilant pour ne pas rater l'Île aux Fleurs que l'on trouvera à notre gauche en remontant le Guaporé.

L'échelle d'une carte


L'échelle représente le rapport entre la distance réelle sur le terrain et la distance figurée sur la carte.

Ainsi, par exemple, 1/200 000e signifie que la carte est 200 000 fois plus petite. Donc 1 cm sur la carte représente 200 000 cm sur le terrain, ou encore 1 cm = 2  km (carte routière courante).

Genista

L'image satellitaire Landsat était précieuse car elle met en évidence d'une manière remarquable le réseau hydrographique dans ses détails, boucles, bras morts, bahias et méandres. Mais elle ne permet pas de localiser facilement un lieu donné faute d'habillage toponymique.

Voilà déjà plusieurs décennies que la prélature de Guajará-Mirim avait évangélisé le Haut Guaporé. Une petite église avait été construite à l'Île aux Fleurs à l'initiative de Mgr Rey alors qu'il était un jeune père plein de fougue.


À l'Île aux Fleurs, un paradis désertique


C'est grâce à son clocher que nous pûmes repérer l'Île aux Fleurs et avoir la certitude que nous étions "à bon port".


à Ilha das Flores (l'Île aux Fleurs), un endroit tranquille
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[a quiet place at Ilha das Flores (the Island of Flowers)]

Le Père Gérard Verdier m'avait bien mis en garde pour le passage des rapides de Pedras Negras et m'avait donné quelques indications pour atteindre sans difficultés l'Île aux Fleurs.

Perdue dans une sorte d'"enfer vert", cette petite église se tient solitaire et fière dans un lieu évoquant une sorte de paradis où l'on imagine une nature colorée aux parfums magiques. Ce cadre pouvait représenter a priori la synthèse de ce que l'on aime à rêver.


 À Ilha das Flores (l'Île aux Fleurs), un endroit tranquille.

Après avoir accosté et après avoir gravi la pente raide de la rive qui a subi les assauts de l'érosion, nous découvrions d'un coup d'œil l'ensemble du site.

Nos pensées se mêlèrent un instant pour reconnaître que nous étions dans un décor merveilleux. C'était un peu comme une image de bande dessinée colorée, simple, aux contours nets. On pouvait y imaginer le personnage de Tintin à la recherche d'un trésor oublié par des mercenaires du siècle dernier !

Mais très vite, nous devions nous rendre aux réalités. L'Île n'était pas habitée et nous n'avions aucun espoir d'y trouver du carburant.



carte de l'Amazone et du Río Madeira, Río Mamoré et Río Guaporé
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[map of the Amazon River and of Río Madeira, Río Mamoré and Río Guaporé]
 Localisation de Forte Príncipe, Pedras Negras et l'Île aux Fleurs sur le Río Guaporé.
(Les fleuves sont tracés en rouge)


Notes :

1 Fazendeiro : un fermier, un cultivateur. Le nom est dérivé de fazenda : "exploitation rurale, ferme". [N.d.l.R.]

carte de la partie portugaise du de l'Amérique du Sud au Traité de Tordesillas, en 1494
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[map of the Portuguese part of South America at the Treaty of Tordesillas, in 1494] 2 Foreiro : travailleur agricole qui occupe un lopin de terre attenant à lexploitation principale, mais ne le possède pas. Il rétribue le propriétaire avec une part considérable de sa récolte. [N.d.l.R.]

3 Seringueiro : récolteur de latex (caoutchouc) dans des godets sur les troncs des hévéas. Il le fait coaguler à la fumée dun feu de bois et lenroule sur un bâton pour obtenir des boules de 35 à 40 kg de caoutchouc. [N.d.l.R.]

4 Le fort était le poste avancé des Portugais en territoire espagnol, car par le Traité de Tordesillas, ces terres revenaient à lEspagne. Signé le 7 juin 1494 entre les Rois Catholiques et Jean II de Portugal, le Traité fixait une ligne de démarcation à environ 2000 km à louest des îles du Cap-Vert. À lest de cette ligne, tous les territoires connus et inconnus sont attribués au Portugal. [N.d.l.R.]





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