En route pour le Haut Guaporé
Le 21 décembre, vers midi, nous devions quitter nos hôtes pour poursuivre notre route. Cap mis sur Costa-Marques via
Príncipe da Beira ou Forte Príncipe.
Avant d'arriver à Forte Príncipe, nous franchissons le passage réputé dangereux des rapides, après avoir
déployé toute notre expérience.
Forte Príncipe est une forteresse de type Vauban, restée à peu près intacte ! Nous y avons rencontré
Georges, alias Le Grec, un personnage quelque peu énigmatique manifestant un intérêt pour notre passage.
Comment cette forteresse est-elle apparue au bout du monde, là où l'on ne s'attend pas à trouver une telle trace
du génie militaire français ? Mais dans ce secteur frontalier, des combats avaient souvent lieu entre Portugais
et Espagnols, chacun occupant une rive du fleuve Guaporé4. C'est dans ces circonstances
que les Portugais décidèrent en 1776 de construire une forteresse qui impressionne d'autant plus qu'elle est perdue
dans un territoire qui connaît une présence quasi-exclusive de tribus indiennes totalement étrangères à cette stratégie
de combat "à l'européenne".
4 Le fort était le poste avancé des Portugais en territoire espagnol, car par le
Traité de Tordesillas, ces terres revenaient à lEspagne. Signé le 7 juin 1494 entre les Rois Catholiques et
Jean II de Portugal, le Traité fixait une ligne de démarcation à environ 2000 km à louest des îles du Cap-Vert.
À lest de cette ligne, tous les territoires connus et inconnus sont attribués au Portugal. [N.d.l.R.]
Costa Marques
Toujours sur la rive droite (brésilienne) du Guaporé, nous envisageons une courte halte à Costa Marques,
village construit sur pilotis. Nous y saluons des familles d'enseignants rattachés à la Prélature de Guajará.
Nous y rencontrons le Père Paul qui nous fit visiter l'École maternelle et nous aida à négocier une petite
provision de carburant.
En remontant le Guaporé, nous mettons le cap sur San Antonio. C'est un village indien, à la confluence
du Río São Miguel et du Río Guaporé, qui nous donne une certaine conscience de la nature et de sa beauté.
Vers l'Île aux Fleurs
Nous quittons le village le 23 décembre en direction de Ilha das Flores.
Notre maigre provision de carburant nous obligea à faire une halte sur la rive bolivienne à Versalles.
Versalles, Graças a Deus et Pedras Negras
Versalles est un centre important. Nous y trouvons un peu de carburant.
Nous fûmes intrigués par un groupe de trafiquants de peaux de jaguars et de caïmans qui disposaient d'un avion
qui les mettait à environ une à deux heures de grandes capitales régionales pour écouler leur butin.
Nous avons été bien accueillis et il nous a semblé, par le détail de leurs explications, qu'ils n'avaient pas
vraiment conscience d'être dans une certaine illégalité.
Nous passons sans faire étape à Graças a Deus. On m'a rapporté que le maître des lieux est un Noir
qui a fondé une communauté qui s'est développée et consolidée, dit-on, au rythme de la lecture de l'Évangile,
"grâce à Dieu", d'où le toponyme Graças a Deus qui perpétuera la mémoire de cet homme généreux.
Puis c'est Pedras Negras. Il fallait une grande prudence pour naviguer sans briser nos hélices sur les grandes
pierres noires qui barrent le fleuve au niveau du village. J'avais noté que je pouvais éventuellement y trouver
du carburant. Mais il n'en fut rien.
Alors, nous décidons de continuer notre chemin en direction du Cafetal, un poste militaire situé sur la rive
bolivienne. Nous y trouvons un peu de carburant pour atteindre Ilha das Flores, l'Île aux Fleurs.
Des cartes peu précises
Pour naviguer dans cette zone frontalière entre Brésil et Bolivie, l'armée brésilienne n'a pu me procurer des
cartes détaillées à grande échelle. Par rapport à l'immensité du pays, le 1/100 000e
peut être considéré comme une grande échelle. Dans cette contrée très sensible, il y a beaucoup de trafics de toutes sortes,
et les contrôles sont sévères. D'où les restrictions et les rétentions d'informations de la part des militaires.
La rencontre avec l'Armée du Brésil.
Ne disposant que d'une cartographie à l'échelle du 1/1 000 000e ou, au mieux,
du 1/250 000e, il fallait être vigilant pour ne pas rater l'Île aux Fleurs que l'on trouvera
à notre gauche en remontant le Guaporé.
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