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Expédition Eldorado : Train et bateau [12]

The Eldorado Exploration : The death train and the hospital-boat [12]

Du petit train de la mort jusqu'au bateau-hôpital [Genista]

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 315, juillet-août 2005 (Exploration)

le Navigateur, Jean-Gérard Mathé
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[the Navigator, Jean-Gérard Mathé] La rivière, au-delà de Porto Velho, n'est pas navigable.

Avant de quitter Porto Velho et de rejoindre par portage Guajará-Mirim,
nous rendons hommage à tous les hommes qui ont péri
dans la construction de la voie ferrée, la Madeira-Mamoré.
une locomotive du 'train de la mort'
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[a locomotive of the 'death train']

Le train de la mort



Cette voie, souvent appelée Voie ferrée de la mort, a vu son exploitation régulière abandonnée dès la fin des années soixante.

On nous rapportera que le dernier voyage du "petit train de la mort" se serait déroulé fin 1971. Dans la mesure où il fallait au moins trois jours pour parcourir la ligne, ce chemin de fer se révéla très vite peu rentable et un coup de grâce lui fut infligé par la construction d'une route parallèle1.

Cette voie ferrée qui aurait coûté près de vingt mille vies, victimes d'épidémies, et aurait englouti des subventions énormes pour sa construction, est restée le triste symbole d'une victoire de l'homme sur la nature.

 Une locomotive du "train de la mort".

1 Au sud de Porto Velho, le Río Madeira provient du sud-ouest. À Abunã, son cours, alors orienté sud-nord, se superpose à la frontière entre le Brésil (à l'est) et la Bolivie (à l'ouest).
La route BR364, depuis Porto Velho, se dirige vers le sud-ouest, en direction de Abunã, à 215 km de là, puis elle rejoint Río Branco, la capitale du petit État de Acre, à la frontière du Pérou, qu'elle traverse intégralement d'est en ouest.
Depuis Abunã, le Río Madeira est également longé par une route brésilienne jusqu'à Guajarà-Mirim où elle franchit la frontière pour devenir bolivienne. [N.d.l.R.]

L'État d'Acre
en échange d'un train


Le chemin de fer de la vallée Madeira-Mamoré devait être construit par le gouvernement brésilien selon l'accord conclu avec la Bolivie pour que le Brésil garde la région qui correspond de nos jours à l'État d'Acre.

À l'origine, la voie ferrée avait 350 km de long de Porto Velho à Guajará-Mirim. Elle fut abandonnée en 1972, mais une vingtaine de kilomètres sont encore parcourus, une fois par semaine, pour amuser les touristes.

[N.d.l.R.]

Un portage pénible



Après avoir voyagé toute la nuit, nous arrivâmes complètement épuisés le 14 décembre, en début de matinée, vers 8 heures 30.

Le voyage fut pénible. Le portage de notre Expédition par camions n'a pas été des plus confortables. La route était, à certains endroits, une véritable piste en tôle ondulée. Je me souviendrai toujours de ce majestueux cèdre du Liban qui trônait à notre droite, vrai paradoxe dans cette végétation tropicale.

La Mission catholique



J'avais préparé notre arrivée en prévenant la Mission catholique de Guajará-Mirim.

Le Père Gérard Verdier, qui avait dans la Mission un rôle de coordonnateur, nous accueillit les bras ouverts. Il mit à notre disposition un dortoir. Une cour intérieure nous permettait d'abriter nos bateaux et notre matériel. Une petite révision des canots pneumatiques s'avéra utile.

Très vite, nous nous aperçûmes de l'importante implication de la Mission catholique de Guajará-Mirim.

Outre l'action communautaire et religieuse engagée sur le terrain, au niveau de l'enseignement et de la catéchèse, par des Prêtres séculiers français et lithuaniens, la Mission peut se prévaloir de la formation technique dans les domaines aussi variés que la menuiserie, l'agriculture et l'élevage.

Cette étape a été primordiale, et je l'ai voulue bien préparée à Paris, grâce à l'appui éclairé d'un ami averti.

le bateau-hôpital du Père Bendoraïtis
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[Father Bendoraitis's hospital-boat]

Un bateau-hôpital extraordinaire



Dès mon arrivée, j'ai tenu à rencontrer Dom Rey, l'Évêque de Guajará, qui a été le grand apôtre des Indiens habitant les rives du Guaporé. Il m'a entretenu très humblement de son parcours qui a ouvert les chemins de la connaissance aux populations locales. C'est Dom Rey qui a construit la Cathédrale Notre-Dame de Seringueiro entre 1956 et 1960.

Cette grande figure, haute en couleur, disparut en 1984, et c'est après le départ de Mgr Gomès, qui avait offert au Saint-Siège sa démission d'évêque, que le Père Gérard Verdier fut nommé Évêque de l'Évêché de Guajará2.

 Le bateau-hôpital du Père Bendoraïtis.

une locomotive du 'train de la mort'
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[a locomotive of the 'death train']    une locomotive du 'train de la mort'
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[a locomotive of the 'death train']
Mais l'une des plus importantes actions c'est la création de l'Hôpital Bom Pastor par le Père médecin lithuanien Bendoraïtis.

 L'hôpital aujourd'hui (Ph. Diocèse Guajará-Mirim).

C'est aussi la construction d'un bateau-hôpital avec lits et cabinet dentaire qui lui permettait de naviguer sur le Guaporé et certains de ses affluents pour soigner les Indiens dans des lieux encore inaccessibles aux véhicules.


 L'hôpital Bom Pastor en 1979.

Quelques années plus tard, de jeunes architectes venaient me solliciter pour obtenir des photographies et une description sommaire du bateau-hôpital. Ces architectes en fin de cycle d'études avaient l'intention de réaliser un projet similaire pour un pays d'Afrique.

2 Le 8 décembre 1978 [N.d.l.R.]

L'apport quotidien de l'Église



De nombreux jeunes médecins et des équipes soignantes sont accueillis à l'Hôpital Bom Pastor dans le cadre de la coopération. Il y aurait beaucoup à dire sur l'apport incommensurable des Pères de la Prélature.

Quoiqu'on en dise et de quelque confession que l'on soit, j'ai constaté que la présence de l'Église à Guajará-Mirim était un facteur de grand progrès humanitaire, de promotion sociale et économique. Dans les faits, cela ne doit pas se passer aussi facilement qu'on le croit. Cette omniprésence de l'Église depuis plusieurs générations est très populaire et a pu être ressentie par les Autorités administratives officielles comme un certain contre-pouvoir qui leur porte ombrage.

Le Père Bendoraïtis


• Ferdinando Alexander Bendoraïtis est un prêtre lithuanien, enthousiaste de la culture indienne.
Il arrive près du Guaporé au début de 1962, alors que plusieurs maladies sont en train de s'étendre au Brésil : la grippe, la rougeole, la tuberculose. Avec Dom Roberto, un prêtre brésilien, il prépare des caisses de médicaments et de nourriture qu'il transporte à travers la région jusqu'aux tribus d'Indiens. Il décide alors de se baser à Guajará-Mirim parce que, maintenant, ce sont les Indiens qui viennent chercher du secours auprès de lui.

• Le P. Bendoraïtis a travaillé avec Dom Roberto et avec Dom Geraldo (le P. Verdier, devenu évêque).

D'après Presidência do Cimi, Guajará.

un bureau de poste bolivien'
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[a Bolivian post-office]

Une escapade en Bolivie



Le 15, dans l'après-midi, je décidai de faire une visite en Bolivie, à Guayaramerin, ville qui se trouve sur l'autre rive du Mamoré, pour échanger des dollars en pesos boliviens.
Notre départ était imminent et il nous fallait de quoi subvenir à nos besoins sur la rive bolivienne du Mamoré, la rive brésilienne étant peu peuplée et dépourvue de moyens d'approvisionnement.

 Un bureau de poste bolivien.

carte montrant la position de Humaità, Porto Velho et Guajarà-Mirim
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[map showing the position of Humaità, Porto Velho and Guajarà-Mirim]
 Localisation de Guajará-Mirim et du Río Mamoré.
(Les fleuves sont tracés en rouge)

Le départ de Guajará-Mirim



Le départ de Guajará-Mirim nous donna un peu l'impression d'abandonner des amis auxquels nous aurions pu apporter une aide quelconque — chacun d'entre nous dans le domaine de ses compétences.

Mais, de retour à Paris, je ne manquai pas d'aller retrouver le Père Sylvain Dourel pour lui dire l'excellent accueil qui nous a été fait et pour lui proposer quelques modestes services.

Bien plus tard, en 1994, j'ai eu le plaisir de déjeuner au Louis XIII avec le Père Dourel et le Père Gérard, devenu Évêque.

Cette invitation me fit une immense joie car je ne savais pas comment manifester ma reconnaissance au Père Gérard Verdier, un homme dont les qualités exceptionnelles l'ont amené naturellement à la tête de l'Évêché de Guajará.

Après une étape le 19 décembre à Luis Florès, nous prenions la route en remontant le fleuve en direction de Surpresa qui se trouve à la confluence du Rio Mamoré et du Rio Guaporé. Nous avons fait une étape au village indien de Sagarana abrité dans la Baía da Coca. Nos canots et notamment nos hélices étaient en prise avec d'immenses zones d'herbes flottantes, la colcha. C'est une herbe aquatique qui se forme dans les méandres des rivières, notamment dans les configurations de Baía. Ces plantes aquatiques flottantes s'accumulent et se joignent pour former un matelas épais qui constitue un obstacle à la navigation.

Sagarana, qui domine la Baía da Coca, se trouve à peu près à trois kilomètres de la confluence du Mamoré et du Guaporé. Ce site créé de toutes pièces par un Français, Jean-François Bénavent, est à l'abri de la baía, sorte de baie entièrement inondée pendant la saison des pluies. On doit prendre l'igarapé da Coca pour l'atteindre.

Un village indien s'est consolidé autour d'une activité agricole d'élevage et de cultures.

Il est assez hétéroclite dans l'origine de ses membres qui viennent notamment des tribus indiennes ayant perdu quelques repères, comme par exemple la tribu des Pacaá Nova.


Notes :

1 Au sud de Porto Velho, le Río Madeira provient du sud-ouest. À Abunã, son cours, alors orienté sud-nord, se superpose à la frontière entre le Brésil (à l'est) et la Bolivie (à l'ouest). La route BR364, depuis Porto Velho, se dirige vers le sud-ouest, en direction de Abunã, à 215 km de là, puis elle rejoint Río Branco, la capitale du petit État de Acre, à la frontière du Pérou, qu'elle traverse intégralement d'est en ouest. Depuis Abunã, le Río Madeira est également longé par une route brésilienne jusqu'à Guajarà-Mirim où elle franchit la frontière pour devenir bolivienne. [N.d.l.R.]

2 Le 8 décembre 1978 [N.d.l.R.]





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