Un hommage posthume
La rivière, au-delà de Porto Velho, n'est pas navigable.
Avant de quitter Porto Velho et de rejoindre par portage
Guajará-Mirim, nous rendons hommage à tous les hommes qui ont péri
dans la construction de la voie ferrée, la Madeira-Mamoré.
Le train de la mort
Cette voie, souvent appelée Voie ferrée de la mort, a vu son exploitation
régulière abandonnée dès la fin des années soixante.
On nous rapportera que le dernier voyage du "petit train de la mort""
se serait déroulé fin 1971.
Dans la mesure où il fallait au moins trois jours pour parcourir la ligne,
ce chemin de fer se révéla très vite peu
rentable et un coup de grâce lui fut infligé par la construction
d'une route parallèle1.
Une locomotive du "train de la mort".
Cette voie ferrée qui aurait coûté près de vingt mille vies,
victimes d'épidémies, et aurait englouti des subventions
énormes pour sa construction, est restée le triste symbole d'une victoire
de l'homme sur la nature.
— 1 Au sud de Porto Velho, le Río Madeira
provient du sud-ouest. À Abunã, son cours,
alors orienté sud-nord, se superpose à la frontière entre le Brésil (à l'est)
et la Bolivie (à l'ouest).
La route BR364, depuis Porto Velho, se dirige vers le sud-ouest,
en direction de Abunã, à 215 km de là,
puis elle rejoint Río Branco, la capitale du petit État de
Acre, à la frontière du Pérou, qu'elle traverse
intégralement d'est en ouest.
Depuis Abunã, le Río Madeira est également longé par une route
brésilienne jusqu'à Guajará-Mirim où elle franchit
la frontière pour devenir bolivienne. [N.d.l.R.]
L'État d'Acre en échange d'un train
Le chemin de fer de la vallée Madeira-Mamoré devait être construit
par le gouvernement brésilien
selon l'accord conclu avec la Bolivie pour que le Brésil garde la région
qui correspond de nos jours à l'État d'Acre.
À l'origine, la voie ferrée avait 350 km de long de Porto Velho
à Guajará-Mirim. Elle fut abandonnée en 1972,
mais une vingtaine de kilomètres sont encore parcourus, une fois par semaine,
pour amuser les touristes.
Genista
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Un portage pénible
Après avoir voyagé toute la nuit, nous arrivâmes complètement épuisés
le 14 décembre, en début de matinée, vers 8 heures 30.
Le voyage fut pénible. Le portage de notre Expédition par camions
n'a pas été des plus confortables.
La route était, à certains endroits, une véritable piste en tôle ondulée.
Je me souviendrai toujours de ce majestueux
cèdre du Liban qui trônait à notre droite, vrai paradoxe
dans cette végétation tropicale.
La Mission catholique
J'avais préparé notre arrivée en prévenant la Mission catholique
de Guajará-Mirim.
Le Père Gérard Verdier, qui avait dans la Mission un rôle de coordonnateur,
nous accueillit les bras ouverts.
Il mit à notre disposition un dortoir. Une cour intérieure nous permettait
d'abriter nos bateaux et notre
matériel. Une petite révision des canots pneumatiques s'avéra utile.
Très vite, nous nous aperçûmes de l'importante implication de la Mission
catholique de Guajará-Mirim.
Outre l'action communautaire et religieuse engagée sur le terrain,
au niveau de l'enseignement et de la catéchèse,
par des Prêtres séculiers français et lituaniens, la Mission peut se prévaloir
de la formation technique
dans les domaines aussi variés que la menuiserie,
l'agriculture et l'élevage.
Cette étape a été primordiale, et je l'ai voulue bien préparée à Paris,
grâce à l'appui éclairé d'un ami averti.
Un bateau-hôpital extraordinaire
Dès mon arrivée, j'ai tenu à rencontrer Dom Rey, l'Évêque de Guajará,
qui a été le grand apôtre des Indiens
habitant les rives du Guaporé. Il m'a entretenu très humblement
de son parcours qui a ouvert les chemins de la
connaissance aux populations locales. C'est Dom Rey qui a construit
la Cathédrale Notre-Dame de Seringueiro entre 1956 et 1960.
Le bateau-hôpital du Père Bendoraïtis.
Cette grande figure, haute en couleur, disparut en 1984, et c'est après
le départ de Mgr Gomès,
qui avait offert au Saint-Siège sa démission d'évêque, que le
Père Gérard Verdier fut nommé Évêque de l'Évêché
de Guajará2.
Mais l'une des plus importantes actions c'est la création de l'Hôpital
Bom Pastor par le Père médecin lithuanien Bendoraïtis.
L'hôpital aujourd'hui (Ph. Diocèse Guajará-Mirim).
C'est aussi la construction d'un bateau-hôpital avec lits et cabinet
dentaire qui lui
permettait de naviguer sur le Guaporé et certains de ses affluents pour soigner
les Indiens dans des lieux
encore inaccessibles aux véhicules.
L'hôpital Bom Pastor en 1979.
Quelques années plus tard, de jeunes architectes venaient me solliciter
pour obtenir des photographies et une
description sommaire du bateau-hôpital. Ces architectes en fin de cycle
d'études avaient l'intention de
réaliser un projet similaire pour un pays d'Afrique.
— 2 Le 8 décembre 1978. [N.d.l.R.]
L'apport quotidien de l'Église
De nombreux jeunes médecins et des équipes soignantes sont accueillis
à l'Hôpital Bom Pastor
dans le cadre de la coopération. Il y aurait beaucoup à dire sur l'apport
incommensurable des Pères de la Prélature.
Quoiqu'on en dise et de quelque confession que l'on soit, j'ai constaté
que la présence de l'Église à Guajará-Mirim
était un facteur de grand progrès humanitaire, de promotion sociale
et économique. Dans les faits, cela
ne doit pas se passer aussi facilement qu'on le croit. Cette omniprésence
de l'Église depuis plusieurs générations
est très populaire et a pu être ressentie par les Autorités administratives
officielles comme un certain contre-pouvoir qui leur porte ombrage.
Le Père Bendoraïtis
• Ferdinando Alexander Bendoraïtis est un prêtre lituanien,
enthousiaste de la culture indienne.
Il arrive près du Guaporé au début de 1962, alors que plusieurs
maladies sont en train de s'étendre au
Brésil : la grippe, la rougeole, la tuberculose. Avec Dom Roberto,
un prêtre brésilien, il prépare des caisses
de médicaments et de nourriture qu'il transporte à travers la région
jusqu'aux tribus d'Indiens. Il décide alors de
se baser à Guajará-Mirim parce que, maintenant, ce sont les Indiens
qui viennent chercher du secours auprès de lui.
• Le P. Bendoraïtis a travaillé avec Dom Roberto
et avec Dom Geraldo (le P. Verdier, devenu évêque).
D'après Presidência do Cimi, Guajará.
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Une escapade en Bolivie
Le 15, dans l'après-midi, je décidai de faire une visite en Bolivie,
à Guayaramerin, ville qui se trouve
sur l'autre rive du Mamoré, pour échanger des dollars en pesos boliviens.
Un bureau de poste bolivien.
Notre départ était imminent et il nous fallait de quoi subvenir à nos besoins
sur la rive bolivienne du Mamoré,
la rive brésilienne étant peu peuplée et dépourvue de moyens d'approvisionnement.
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Le départ de Guajará-Mirim
Le départ de Guajará-Mirim nous donna un peu l'impression
d'abandonner des amis auxquels nous aurions pu
apporter une aide quelconque — chacun d'entre nous
dans le domaine de ses compétences.
Mais, de retour à Paris, je ne manquerais pas d'aller retrouver
le Père Sylvain Dourel pour lui dire l'excellent
accueil qui nous a été fait et pour lui proposer quelques modestes services.
Bien plus tard, en 1994, j'ai eu le plaisir de déjeuner au
Louis XIII avec le Père Dourel et le
Père Gérard, devenu Évêque.
Cette invitation me fit une immense joie car je ne savais pas comment
manifester ma reconnaissance au Père Gérard Verdier,
un homme dont les qualités exceptionnelles l'ont amené
naturellement à la tête de l'Évêché de Guajará.
Après une étape le 19 décembre à Luis Florès, nous prenions
la route en remontant le fleuve en direction de
Surpresa qui se trouve à la confluence du Río Mamoré et
du Río Guaporé. Nous avons fait une étape au
village indien de Sagarana abrité dans la Baía da Coca.
Nos canots et notamment nos hélices étaient en prise avec
d'immenses zones d'herbes flottantes, la colcha.
C'est une herbe aquatique qui se forme dans les méandres
des rivières, notamment dans les configurations de Baía.
Ces plantes aquatiques flottantes s'accumulent et se joignent
pour former un matelas épais qui constitue un obstacle à la navigation.
Sagarana, qui domine la Baía da Coca, se trouve à peu près
à trois kilomètres de la confluence du Mamoré et du Guaporé.
Ce site créé de toutes pièces par un Français, Jean-François Bénavent,
est à l'abri de la baía, sorte de baie
entièrement inondée pendant la saison des pluies. On doit prendre l'igarapé
da Coca pour l'atteindre.
Un village indien s'est consolidé autour d'une activité agricole
d'élevage et de cultures.
Il est assez hétéroclite dans l'origine de ses membres qui viennent
notamment des tribus indiennes ayant perdu quelques repères,
comme par exemple la tribu des Pacaá Nova.
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