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Expédition Eldorado : Transamazonienne [11]
The Eldorado Exploration : Towards the Transamazonian [11]
Vers la Transamazonienne sur la Rivière du Bois (Río Madeira) [Genista]
Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, n° 314, juin 2005 (Exploration)
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Le Río Madeira reste une voie fluviale où l'érosion des rives est conséquente.
Elle se caractérise par ses eaux boueuses riches en matières en suspension.
C'est une partie du Bassin de l'Amazone du tertiaire où se déposent, chaque année,
des sédiments charriés des hauts plateaux andins.
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Cap au Sud-Ouest
L'apport alluvial des sédiments charriés par l'Amazone, survenu au cours de fortes crues, contribue à constituer des
várzeas1, zones sédimentaires permettant le développement d'une agriculture saisonnière
à fort potentiel de subsistance pour les populations locales.
Une première étape à Nova Olinda do Norte, puis, le 6 décembre, nous nous dirigeons vers Borba pour
faire une étape à Novo Aripuana.
Ensuite, direction Manicoré pour faire nos pleins d'essence d'environ 600 litres2.
Il fallait faire un ravitaillement complet avant d'entrer dans une zone désertique et hostile jusqu'à
Humaitá3. Au cours de notre progression, nous rencontrons beaucoup de caïmans qui
semblent sommeiller sur les rives sableuses du Río Madeira.
1 várzeas : Les várzeas sont rattachées aux systèmes d'eaux blanches.
Les systèmes d'eaux blanches, tels que l'Amazone, prennent leur source dans la Cordillère des Andes et charrient
de grandes quantités de sédiments argileux. Ce sont d'ailleurs ces derniers qui, en donnant une coloration laiteuse au fleuve,
sont à l'origine de l'expression imagée "eaux blanches". Les sédiments andins possèdent une forte teneur
en nutriments et, en se déposant sur les várzeas lors des crues, ils procurent à leurs sols un enrichissement annuel
substantiel.
2 Nous avions été les premiers bénéficiaires et expérimentateurs de "containers" en caoutchouc,
très résistants à l'agression permanente du soleil et faciles à caser sur les boudins de nos canots pneumatiques.
Chacun pouvait contenir une soixantaine de litres de carburant.
3 Prononcer : Oumaïta.
Humaitá et la Transamazonienne
Le 10 décembre, nous arrivons à Humaitá, au carrefour de la Transamazonienne est-ouest et de la voie
sud-nord — la Pan-américaine, qui mène au Vénézuela via Manaus et Boa Vista.
L'hôpital de Humaitá, sur le Río Madeira.
La Transamazonienne, dont la construction a commencé le premier septembre 1970, et que l'on a comparée
au "huitième travail d'Hercule", a été l'un des plus grands chantiers du genre : avec près de 6000 kilomètres,
il correspondrait à la traversée de tout le continent européen.
Ce sont les images RADAM4 qui ont permis de déterminer le tracé
de cette voie.
4 RADAM : La première base cartographique de l'Amazonie a été établie au début
des années 1970 dans le contexte du "miracle économique" du développement national, grâce à la couverture radar
RADAM qui a fourni des images de toute l'Amazonie brésilienne à l'échelle
1/250 000e, ainsi qu'une cartographie physique au
1/1 000 000e.
Des images radar pour un tracé routier
Comme cela a déjà été dit, une pseudo-cartographie a été réalisée par radar latéral monté à bord d'un avion Caravelle
à 11 000 mètres d'altitude5.
Dans cette région où il n'existait pas de cartographie, ce procédé technique permettait d'obtenir une image au sol
malgré l'opacité des couches de nuages.
Soyons précis : actuellement, l'immense territoire du Brésil a vu ses voies de communication routière se développer
dans plusieurs directions, mais la véritable Transamazonienne — c'est la Transamazónica —
est la voie de pénétration légendaire est-ouest qui relie Estreito à Humaitá.
5 L'avion Caravelle qui, pendant plusieurs décennies, a été le fleuron
de l'aéronautique française, avait les caractéristiques de vol adéquates pour ce type de mission.
Cet appareil avait deux réacteurs installés à l'arrière, et possédait des composantes d'altitude,
de vitesse, de stabilité et de finesse telles qu'à cette époque il était le seul aéronef à pouvoir embarquer
du matériel lourd et à réaliser par sa prise d'altitude une couverture d'images radar homogène en méprisant les nuages.
Porto Velho
Nous arrivons enfin à Porto Velho, la ville du Far West brésilien, sans que l'expédition n'ait rencontré de réelles
difficultés.
Dans cette région, la présence de nombreux bancs de sable camouflés entre deux eaux a favorisé
le développement de petites embarcations propulsées par des moteurs montés sur des godilles. La godille est une sorte
de rallonge, tube métallique d'au moins deux mètres qui constitue un arbre de transmission au bout duquel se
trouve l'hélice.
L'intérêt de ce moyen de propulsion est précieux en eaux peu profondes. Cela permet d'avoir un très faible tirant d'eau
en soulevant l'hélice et d'éviter le choc brutal sur les rochers et l'enlisement dans les bancs de sable.
Ce type de propulsion a par ailleurs l'avantage d'être économique car il utilise un moteur stationnaire à quatre temps
à faible consommation de carburant.
Par ailleurs, cette rallonge présente un avantage pour les manœuvres en zone portuaire en permettant
à l'embarcation de tourner quasiment sur place.
Le Río Madeira, de l'Amazone jusqu'à Porto Velho et au Río Guaporé.
(Les fleuves sont tracés en rouge)
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Les "garimpeiros" des ríos brésiliens
Ces moyens de propulsion restent l'exception et ce sont des privilégiés comme les garimpeiros, chercheurs d'or,
qui les utilisent pour sonder les fonds sablonneux de la rivière.
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O garimpeiro (Le chercheur d'or)
• Bientôt la nouvelle tomba : on avait découvert un filon d'or dans l'État voisin de Mato Grosso.
Francisco convergea ainsi que des milliers d'autres garimpeiros (chercheurs d'or) vers les riches gisements dans
les environs de la ville actuelle d'Alta Floresta. Avec sept camarades, il se servit de jets d'eau sous pression
pour déloger les minerais et en extraire le précieux métal avec du mercure.
Mais il désenchanta.
« Le métier de garimpeiro n'était pas ce que j'avais pensé », dit-il.
« Dans les mines, ce sont la violence, les drogues, l'alcool et la prostitution qui règnent.
Il était absurde de côtoyer des gens qui pouvaient très bien enlever la vie à d'autres. »
Aujourd'hui, il est guide naturaliste.
Roger Hamilton Banque interaméricaine de développement.
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Un tronc d'arbre
Quant aux Indiens, ils se contentent de moyens de navigation plus rudimentaires : le canoë.
La plupart des canoës sont monoxyles — c'est-à-dire faits d'une seule pièce de bois.
Après avoir choisi un tronc d'arbre, l'Indien creuse le tronc, puis débarrasse le creux de l'embarcation
des résidus de cendres provenant de l'opération préalable de combustion, opération qui aide à l'évidement
du tronc et au durcissement du bois.
Un canoë monoxyle (fait d'une seule pièce de bois).
C'est un peu en aval de Porto Velho que nous avons rencontré les premiers vrais garimpeiros.
En restant sur cette vision paisible d'un brave homme qui sonde, debout sur sa barque, le fond du río,
nous nous approchons d'une étape fatidique : c'est au milieu de l'après-midi du 11 décembre que nous accostons
dans le port de Porto Velho.
C'est un port de planches, réduit à sa plus simple expression. Nous étions surpris de ne pas y trouver plus
d'activité. Nous étions dans la capitale de l'État de Rondonia, au cœur du Brésil.
D'autres rapides
Porto Velho est un peu au Brésil ce qu'est Puerto Ayacucho au Vénézuela.
Ces cités perdues ont toutes deux en commun d'être un Far West et une porte d'entrée dans une zone
inaccessible par voie d'eau.
En effet, comme pour l'Orénoque avec Puerto Ayacucho, le Río Madeira n'est plus navigable en amont de Porto Velho.
De nombreux rapides vont justifier la construction de la célèbre ligne de chemin de fer de Porto Velho à
Guajará-Mirim.
C'est le même schéma qu'à Puerto Ayacucho.
Porto Velho est donc une étape obligée au cours de laquelle nous allions préparer un portage et trouver une solution
pour contourner ces rapides. Ils sont en effet, pour l'essentiel, de véritables chutes qui se fracassent sur les
immenses rochers de cataractes successives.
En ce qui me concerne, il me fallait trouver une banque pour échanger quelques dollars, qui m'étaient utiles à Manaus,
contre des cruzeiros — la monnaie nationale qui sévira dans les contrées sauvages du Mamoré et du Guaporé.
Cette banque, Banco do Brazil, située au centre ville perché sur une colline, me transporta dans une ère coloniale
de conquête de l'Ouest : plusieurs chercheurs d'or, fatigués, le colt à la ceinture, attendaient nonchalamment leur tour
pour déposer ou convertir le fruit de leur travail.
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Vers la haute vallée du Río Madeira
Après avoir organisé notre portage, nous décidions de quitter Porto Velho le 13 décembre par la route qui
s'est substituée à la voie ferrée, celle-ci ayant été abandonnée, faute de moyens.
Avant notre départ, je vais saluer quelques commerçants du port et notamment la patronne d'une petite gargotte
de fortune qui m'avait accueilli avec beaucoup de gentillesse. Un Indien venait de harponner le plus gros
poisson des fleuves, un piraíba, que je photographiai.
Ce poisson peut atteindre plus de deux mètres et peser près de 150 kg. Il a la réputation d'être très dangereux
car, ne disposant pas de dentition, il casse les membres de ses proies de ses mâchoires surpuissantes.
Il est rapporté que ce poisson, dont le nom dérive d'un terme Tupi qui signifie "poisson dangereux",
avale des enfants et attaque l'homme.
Le poisson dangereux du Río Madeira.
Nous allons quitter Porto Velho, et longer bientôt la voie ferrée, la Madeira-Mamoré, souvent
tristement appelée Voie ferrée de la Mort, et aujourd'hui abandonnée...
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Notes :
1 várzeas : Les várzeas sont rattachées aux systèmes d'eaux blanches.
Les systèmes d'eaux blanches, tels que l'Amazone, prennent leur source dans la Cordillère des Andes et charrient
de grandes quantités de sédiments argileux. Ce sont d'ailleurs ces derniers qui, en donnant une coloration laiteuse au fleuve,
sont à l'origine de l'expression imagée "eaux blanches". Les sédiments andins possèdent une forte teneur
en nutriments et, en se déposant sur les várzeas lors des crues, ils procurent à leurs sols un enrichissement annuel
substantiel.
2 Nous avions été les premiers bénéficiaires et expérimentateurs de "containers" en caoutchouc,
très résistants à l'agression permanente du soleil et faciles à caser sur les boudins de nos canots pneumatiques.
Chacun pouvait contenir une soixantaine de litres de carburant.
3 Prononcer : Oumaïta.
4 RADAM : La première base cartographique de l'Amazonie a été établie au début
des années 1970 dans le contexte du "miracle économique" du développement national, grâce à la couverture radar
RADAM qui a fourni des images de toute l'Amazonie brésilienne à l'échelle
1/250 000e, ainsi qu'une cartographie physique au
1/1 000 000e.
5 L'avion Caravelle qui, pendant plusieurs décennies, a été le fleuron
de l'aéronautique française, avait les caractéristiques de vol adéquates pour ce type de mission.
Cet appareil avait deux réacteurs installés à l'arrière, et possédait des composantes d'altitude,
de vitesse, de stabilité et de finesse telles qu'à cette époque il était le seul aéronef à pouvoir embarquer
du matériel lourd et à réaliser par sa prise d'altitude une couverture d'images radar homogène en méprisant les nuages.
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