Un port flottant immense
C'est dans la nuit du vendredi 15 novembre 1979 que nous arrivions
un peu à tâtons à Port David, un port privé flottant.
Il abrite des bateaux de toutes dimensions appartenant à des particuliers.
Un port flottant immense
avec des cargos et de petites barques.
Certains de ces bateaux, neufs et luxueux, témoignaient d'une certaine richesse
de cette capitale de l'État de l'Amazonie.
Adieu, Port David !
David, le gardien, accepta d'héberger nos modestes embarcations
de caoutchouc qui furent très vite l'objet d'une grande curiosité de la part
des familles de Manaus qui préparaient leurs embarcations pour passer le
week-end sur les rives du Río Negro.
Nous étions très proches de l'Amazone que nous devions rejoindre
pour trouver l'embouchure du Río Madeira, la voie fluviale
qui mènerait jusqu'à Porto Velho. Notre séjour à Manaus n'était ni plus
ni moins qu'une étape technique. Il fallait dédouaner des pièces de rechange
pour nos moteurs et des hélices que nous avait fait parvenir le motoriste
nord-américain Evinrude.
Nous en avons profité pour nous approvisionner en argent et en
nourriture de base. C'est à Manaus, et grâce à l'intervention de l'Agent
consulaire Jean-Pierre Pérol, que j'ai pu me
« débarrasser » de la balise Argos
qui ne résista pas à la chaleur et à une forte hygrométrie. Même si la balise
était étanche, la condensation « noyait » en permanence
les circuits imprimés qui étaient devenus inopérants.
La Manaus du 18e siècle
Tous ces déplacements nécessités par notre activité nous ont
permis de trouver çà et là des traces de la grande Manaus du 18e siècle
et des types d'architecture évoquant un passé colonial.
J'avais prévu de me rendre à l'INPA (Institut de recherches
amazoniennes) pour me renseigner sur les difficultés à traverser la zone
déserte du Río Madeira.
Je ne manquai pas non plus de passer à l'Alliance Française
où je rencontrai une jeune étudiante qui s'est proposée pour être mon guide.
Au bout d'une dizaine de jours d'activités et de farniente,
nous rassemblions nos équipiers pour envisager la suite de notre expédition.
Afin de nous permettre de charger nos embarcations, nous
décidions de quitter Port David pour le port flottant de Manaus. Nous nous
arrimions à un bateau qui assurait des excursions fluviales et qui était
immobilisé pour révision des moteurs pendant quelques jours. Le capitaine de
cet immense Jumbo Selvatur se trouvait pratiquement seul à bord.
Ce port flottant, qui est le plus grand port flottant du monde,
a été construit par des ingénieurs britanniques en 1906. La configuration de ce
port est à la mesure des fluctuations du niveau des eaux : une importante digue
en béton s'étend sur des poutres en acier supportées par des flotteurs
métalliques. La digue est en mesure de suivre des variations du niveau de l'eau
allant de 12 à 15 mètres.
Le cœur de l'Amazone
Le niveau le plus haut de l'eau aurait été relevé en 1953 alors que le
fleuve aurait atteint près de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer ce qui, à
l'époque, mina récoltes et habitations. Ce port est conséquent puisque il peut
recevoir des bateaux de toutes dimensions même à marée basse, lorsque la profondeur
de l'eau est de 35 mètres. En moyenne, à Manaus, la différence entre le niveau
d'eau le plus bas et le plus haut est de l'ordre de 10 mètres.
Dans l’emprise du port, nous assistions au spectacle nocturne
des mouvements des bateaux. Au petit matin, la rive de sable et terre, chargée
d'humidité, était occupée par les marchands. C'est là que l'on pouvait
s'instruire sur toutes les espèces de poissons.
Deux mille espèces
Dans le Bassin de l'Amazone, la faune aquatique est très variée.
On a identifié à peu près 1500 espèces de poissons, ce qui permet d'évaluer à
au moins 2000 espèces l'ensemble de cette faune aquatique. À titre comparatif,
selon le naturaliste Louis Aganiz, cette fabuleuse variété d'espèces est sans
commune mesure avec le nombre de près de 150 espèces que l'on a identifiées
dans les grands fleuves européens.
Notre périple dans le Bassin de l'Amazone nous a permis
d'apprécier de délicieux poissons notamment les plus courants comme le Tambaqui
ou le Tucunaré, poissons de près de 60 cm de long.
Avant de quitter Manaus, on nous mit en garde sur les dangers à
approcher la tribu des Alalaus qui sont des Indiens guerriers qui sévissent sur
les rives du Río Alalaus.
Manaus, capitale mythique, une cité attachante riche de culture
et d'histoire, nous a permis une longue étape nécessaire après le naufrage dans
les rapides de São Gabriel da Cachoeira.
Nous voilà prêts pour nous lancer à nouveau dans l’aventure.
Derniers aperçus de l'Amazone
Bien équipée, l'Expédition prenait le large en direction
de la confluence entre le Río Negro et le fleuve Amazone.
Départ le 2 décembre à 15 heures, cap plein est pour retrouver
la bifurcation en direction du sud-ouest pour remonter
le Río Madeira.
Plusieurs kilomètres de navigation, et nous pénétrons dans les
eaux jaunes de l'Amazone qui contrastent singulièrement avec les eaux noires du
Río Negro. À Punta Pelada se trouve la ligne
de rencontre des deux types d’eau
aux propriétés si différentes et incompatibles qu'elles éprouvent des
difficultés à se mélanger. Ces eaux coulent côte à côte approximativement
pendant 80 km, sans se mélanger.
Trois noms pour un seul fleuve
Il convient de souligner qu'en toute rigueur, les géographes ont
désigné par trois hydronymes ce fleuve auquel a été donné le nom générique d'Amazone.
En fait, ce que le document géographique de l'ONC à l’échelle
du 1/1 000 000e
désigne par Amazon River comporte trois hydronymes :
• de sa source à Iquitos (au Pérou), c'est le
Marañón ;
• d'Iquitos à la confluence avec le Río Negro,
c'est le Solimões ;
• et de la ligne de partage des eaux que nous venions de
franchir jusqu'à l'Océan Atlantique, c'est l'Amazone.
On aime à dire que le volume des eaux déversées en une journée
par le Bassin de l'Amazone dans l'océan pourrait suffire à approvisionner en
eau la ville de New York pendant neuf années.
L'Amazone et plus de son millier d'affluents connus drainent le
cinquième des eaux douces courantes sur notre planète.
En raison de son volume d'eau, l'Amazone est parfois nommée Río Mar,
le fleuve-mer. En ce sens, il donne un peu cette impression
d'immensité que l'on retrouve sur le Río Negro.
Il faut noter que l'Amazone reste la seule voie de pénétration
dans ce Bassin amazonien — les plus grands navires remontent
jusqu'à Manaus et des cargos de 3000 tonnes atteignent Iquitos au Pérou,
à 3800 kilomètres de l’Océan Atlantique.
Les urubus
Un matin, parmi les urubus, gros oiseaux noirs qui se
nourrissent de viande avariée — carna estragada —,
un pirarucú se
trouvait allongé sur le sable humide, superbe poisson aux écailles ayant des
reflets gris avec des dominantes de teintes rosées.
Les gros urubus noirs carnivores.
Les Indiens Tupi désignent, sans nuances, par le nom de poisson
rouge ce volumineux poisson de près de deux mètres de long et pesant près
de cent kilogrammes.
Ce poisson constitue une nourriture de base pour les
populations. Il vit en bordure des fleuves et se chasse assez facilement au
harpon au moment où il apparaît en surface pour capter des bulles d'air.
C'est, paraît-il, un poisson qui se conserve séché.
NOCES EN NOIR ET BLANC
• En 1542, le frère dominicain Gaspar de Carjaval, de l'expédition de
Francisco de Orellana, décrivait la jonction des eaux des deux fleuves.
• Jusqu'à ces derniers temps, on pensait que les eaux
« noires » du Río Negro et
« blanches » du Río Solimões coulaient
l'une à côté de l'autre sur plusieurs dizaines de kilomètres
sans se mélanger, à cause de leurs caractéristiques bien différentes.
• Une recherche approfondie a été faite dans le cadre du programme
HiBAm (Hydrologie et géochimie du bassin amazonien)..
• Les études montrent que les eaux du Río Solimões
glissent sous celles du Río Negro jusqu'à
homogénéisation complète des eaux à une centaine de kilomètres de la rencontre.
d'après Alain Laraque,
I.R.D. (Institut de Recherche pour le Développement),
Quito (Pérou).
Genista
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Les cours d'eau sont en rouge. —
Les flèches indiquent le sens du courant.
Cliquer sur la carte pour l'agrandir (Click on the map to enlarge it).
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Carte de l'Expédition Eldorado complète
Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la
première page de cette série.
La "rivière du bois", Río Madeira
Après avoir fait une étape sur un banc de sable, rive
droite de l'Amazone, nous atteignons, au niveau de Mura, la zone de confluence
de l'Amazone et du Río Madeira.
Cet affluent de l'Amazone est ainsi appelé parce qu'il
charrie de nombreux arbres qui ont glissé dans le Río, suite aux effets
dévastateurs de l'érosion des rives.
Ces éléments lourds
en suspension que le fleuve charrie constituent un danger pour nos canots
pneumatiques et il faut à tout prix être vigilant et éviter la navigation de
nuit.
Déjà nous voyons dériver des îles flottantes, des pans de
terre étant emportés avec de la flore et parfois de la faune.
Nos moteurs sont en excellent état et nous en profitons
pour parcourir rapidement cette rivière, le Río Madeira,
en remontant son courant.
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