Expédition Eldorado
par Jean-Gérard Mathé
(25 septembre 1979 à fin janvier 1980)
10.- Un grand port fluvial à 1200 km de l'océan
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C’est dans la nuit du vendredi 15 novembre 1979 que nous arrivions Il abrite des bateaux de toutes dimensions appartenant à des particuliers. Certains de ces bateaux, neufs et luxueux, témoignaient d’une certaine richesse de cette capitale de l’État de l’Amazonie.
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Manaus, un port flottant immense avec des cargos et de petites barques. |
Adieu, Port David !
David, le gardien, accepta d’héberger nos modestes embarcations de caoutchouc qui furent très vite l’objet d’une grande curiosité de la part des familles de Manaus qui préparaient leurs embarcations pour passer le week-end sur les rives du Río Negro.
Nous étions très proches de l’Amazone que nous devions rejoindre pour trouver l’embouchure du Río Madeira, la voie fluviale qui mènerait jusqu’à Porto Velho. Notre séjour à Manaus n’était ni plus ni moins qu’une étape technique. Il fallait dédouaner des pièces de rechange pour nos moteurs et des hélices que nous avait fait parvenir le motoriste nord-américain Evinrude.
Nous en avons profité pour nous approvisionner en argent et en nourriture de base. C’est à Manaus, et grâce à l’intervention de l’Agent consulaire Jean-Pierre Pérol, que j’ai pu me “débarrasser” de la balise Argos qui ne résista pas à la chaleur et à une forte hygrométrie. Même si la balise était étanche, la condensation “noyait” en permanence les circuits imprimés qui étaient devenus inopérants.
La Manaus du 18e siècle
Tous ces déplacements nécessités par notre activité nous ont permis de trouver çà et là des traces de la grande Manaus du 18e siècle et des types d’architecture évoquant un passé colonial.
J’avais prévu de me rendre à l’INPA (Institut de recherches amazoniennes) pour me renseigner sur les difficultés à traverser la zone déserte du Río Madeira.
Je ne manquai pas non plus de passer à l’Alliance Française où je rencontrai une jeune étudiante qui s’est proposée pour être mon guide.
Au bout d’une dizaine de jours d’activités et de farniente, nous rassemblions nos équipiers pour envisager la suite de notre expédition.
Afin de nous permettre de charger nos embarcations, nous décidions de quitter Port David pour le port flottant de Manaus. Nous nous arrimions à un bateau qui assurait des excursions fluviales et qui était immobilisé pour révision des moteurs pendant quelques jours. Le capitaine de cet immense Jumbo Selvatur se trouvait pratiquement seul à bord.
Ce port flottant, qui est le plus grand port flottant du monde, a été construit par des ingénieurs britanniques en 1906. La configuration de ce port est à la mesure des fluctuations du niveau des eaux : une importante digue en béton s’étend sur des poutres en acier supportées par des flotteurs métalliques. La digue est en mesure de suivre des variations du niveau de l’eau allant de 12 à 15 mètres.
Le cœur de l’Amazone
Le niveau le plus haut aurait été relevé en 1953 alors que le fleuve aurait atteint près de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer ce qui, à l’époque, mina récoltes et habitations. Ce port est conséquent puisque il peut recevoir des bateaux de toutes dimensions même à marée basse, lorsque la profondeur de l’eau est de 35 mètres. En moyenne, à Manaus, la différence entre le niveau d’eau le plus bas et le plus haut est de l’ordre de 10 mètres.
Dans l’emprise du port, nous assistions au spectacle nocturne des mouvements des bateaux. Au petit matin, la rive de sable et terre, chargée d’humidité, était occupée par les marchands. C’est là que l’on pouvait s’instruire sur toutes les espèces de poissons.
Deux mille espèces
Dans le Bassin de l’Amazone, la faune aquatique est très variée. On a identifié à peu près 1500 espèces de poissons, ce qui permet d’évaluer à au moins 2000 espèces l’ensemble de cette faune aquatique. À titre comparatif, selon le naturaliste Louis Aganiz, cette fabuleuse variété d’espèces est sans commune mesure avec le nombre de près de 150 espèces que l’on a identifiées dans les grands fleuves européens.
Notre périple dans le Bassin de l’Amazone nous a permis d’apprécier de délicieux poissons notamment les plus courants comme le Tambaqui ou le Tucunaré, poissons de près de 60 cm de long.
Avant de quitter Manaus, on nous mit en garde sur les dangers à approcher la tribu des Alalaus qui sont des Indiens guerriers qui sévissent sur les rives du Río Alalaus.
Manaus, capitale mythique, une cité attachante riche de culture et d’histoire, nous a permis une longue étape nécessaire après le naufrage dans les rapides de São Gabriel de Cachoeira. Nous voilà prêts pour nous lancer à nouveau dans l’aventure.

Derniers aperçus de l’Amazone
Bien équipée, l’Expédition prenait le large en direction de la confluence entre le Río Negro et le fleuve Amazone.
Départ le 2 décembre à 15 heures, cap plein est pour retrouver la bifurcation en direction du sud-ouest pour remonter le Río Madeira.
Plusieurs kilomètres de navigation, et nous pénétrons dans les eaux jaunes de l’Amazone qui contrastent singulièrement avec les eaux noires du Río Negro. À Punta Pelada se trouve la ligne de rencontre des deux types d’eau aux propriétés si différentes et incompatibles qu’elles éprouvent des difficultés à se mélanger. Ces eaux coulent côte à côte approximativement pendant 80 km, sans se mélanger.
Trois noms pour un seul fleuve
Il convient de souligner qu’en toute rigueur, les géographes ont désigné par trois hydronymes ce fleuve auquel a été donné le nom générique d’Amazone.
En fait, ce que le document géographique de l’ONC à l’échelle du 1/1 000 000e désigne par Amazon River comporte trois hydronymes :
• de sa source à Iquitos (au Pérou), c’est le Marañón ;
• d’Iquitos à la confluence avec le Río Negro, c’est le Solimões ;
• et de la ligne de partage des eaux que nous venions de franchir jusqu’à l’Océan Atlantique, c’est l’Amazone.
On aime à dire que le volume des eaux déversées en une journée par le Bassin de l’Amazone dans l’océan pourrait suffire à approvisionner en eau la ville de New York pendant neuf années.
L’Amazone et plus de son millier d’affluents connus drainent le cinquième des eaux douces courantes sur notre planète.
En raison de son volume d’eau, l’Amazone est parfois nommée Río Mar, le fleuve-mer. En ce sens, il donne un peu cette impression d’immensité que l’on retrouve sur le Río Negro.
Il faut noter que l’Amazone reste la seule voie de pénétration dans ce Bassin amazonien — les plus grands navires remontent jusqu’à Manaus et des cargos de 3000 tonnes atteignent Iquitos au Pérou, à 3800 kilomètres de l’Océan Atlantique.

Les urubus
Un matin, parmi les urubus, gros oiseaux noirs qui se nourrissent de viande avariée — carna estragada —, un pirarucú se trouvait allongé sur le sable humide, superbe poisson aux écailles ayant des reflets gris avec des dominantes de teintes rosées.
Les Indiens Tupi désignent, sans nuances, par le nom de poisson rouge ce volumineux poisson de près de deux mètres de long et pesant près de cent kilogrammes.
Ce poisson constitue une nourriture de base pour les populations. Il vit en bordure des fleuves et se chasse assez facilement au harpon au moment où il apparaît en surface pour capter des bulles d’air.
C’est, paraît-il, un poisson qui se conserve séché.
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NOCES EN NOIR ET BLANC
• En 1542, le frère dominicain Gaspar de Carjaval, de l’expédition de Francisco de Orellana, décrivait la jonction
des eaux des deux fleuves. Genista
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Carte de l'Expédition Eldorado complète
Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la première page de cette série.
| La "rivière du bois", Río Madeira
Après avoir fait une étape sur un banc de sable, rive
droite de l’Amazone, nous atteignons, au niveau de Mura, la zone de confluence
de l’Amazone et du Río Madeira. Cet affluent de l’Amazone est ainsi appelé parce qu’il
charrie de nombreux arbres qui ont glissé dans le Río, suite aux effets
dévastateurs de l’érosion des rives. Ces éléments lourds
en suspension que le fleuve charrie constituent un danger pour nos canots
pneumatiques et il faut à tout prix être vigilant et éviter la navigation de
nuit. Déjà nous voyons dériver des îles flottantes, des pans de
terre étant emportés avec de la flore et parfois de la faune. Nos moteurs sont en excellent état et nous en profitons
pour parcourir rapidement cette rivière, le Río Madeira, en remontant son
courant. JGM |