L'Expédition "Eldorado" poursuit sa route
Après un transport aérien jusqu'à Caracas, les
explorateurs de l'Expédition Eldorado ont dû transporter
leur matériel dans des camions vétustes jusqu’à Barrancas, au Vénézuela
(la « petite Venise »).
Les trois Zodiac s'étaient mis en route le 11 octobre 1979 pour la
première partie de l'Expédition.
Photo : L'hydravion providentiel
avec le journaliste et l'Agent consulaire français
se pose à proximité des trois Zodiac.
Un ami tombé du ciel
La descente reprenait vers Manaus. Au détour d'une petite île,
un hydravion qui nous avait localisés avait eu la bonne idée de nous faire une
surprise en se posant juste devant nous.
C'était Constantin Brive, journaliste à l'Auto-Journal et
membre itinérant de l'Expédition. Il était accompagné de Jean-Pierre
Pérol, alors Agent consulaire à Manaus. Ils nous annoncèrent l'arrivée
prochaine de matériels consécutive à notre naufrage et notamment des pièces de
rechange pour nos moteurs.
Ayant intégré dans notre équipe Constantin, nous prenions à
nouveau notre cap en naviguant avec précaution parmi des milliers d'anavillianas,
formations de sable qui s'accrochent à des socles rocheux sur lesquelles se
fixent des populations arbustives qui au fil du temps se consolident pour
constituer d'immenses îles.
Manaus et Port David
À l'issue d’une courte étape, nous atteignions Manaus, non sans
avoir tiré un peu sur les moteurs.
C'est par une nuit étoilée que nous fûmes hébergés dans un port
de plaisance flottant, abrité à l'ouest de la cité, et qui porte le nom de son
gardien, David, un personnage haut en couleur.
Ce port se situe à la confluence de l'igarapé1 Taruna et du
Río Negro.
Port David.
Mesurant l'importance des démarches que nous avions à accomplir
pour le dédouanement de notre matériel et remettre sur pied l'Expédition,
Jean-Pierre Pérol et son épouse réservèrent un accueil remarquable aux
responsables de l'Expédition.
Cette étape couronnait le succès
de la première partie de l'Expédition Eldorado.
Des objectifs atteints
Voici quelques observations qui nous donnent à penser que nous avions atteint,
non sans mal, une partie de nos objectifs.
•
Le passage des rapides de Porto Ayacucho nécessiterait
des études et des travaux pharaoniques pour permettre la construction d'écluses
ou de tout autre ouvrage régulateur de navigation.
•
Mais ce projet reste techniquement du domaine du possible
grâce à la réalisation d'un canal latéral avec écluses pour suppléer à la
navigabilité du fleuve Orénoque.
•
La navigation sur le Brazo Casiquiare, pour permettre en
permanence le changement de bassin hydrographique, est envisageable à condition
de bien maîtriser le régime du canal Casiquiare et d'assurer son irrigation en
période de basses eaux.
Deux écosystèmes
La perspective de renconter tout au long de notre parcours deux
principaux écosystèmes nous a rassurés dans la connaissance de ces milieux
aquatiques :
• les tierras altas, terres hautes non
inondables, désignées encore par tierras firmes, ou terres fermes,
où s'est implantée la forêt primaire.
• les tierras baixas, terres basses
inondables, désignées par le mot várzeas, constituées d'apports
alluvionnaires qui se renouvellent chaque année. Ces zones sédimentaires
formées par des charriages d’éléments riches venus des plateaux situés au pied
des Andes sont immenses. Elles représentent une richesse pour la culture et la
survie des hommes et favorisent le développement ininterrompu de la faune et de
la flore.
Ces várzeas qui occupent le cours moyen et inférieur du
Río Negro sont à l'origine de la formation de lagons qui
« piègent » les eaux des crues et les eaux de pluies.
Dans ces milieux se développent des micro-écosystèmes riches en
phytoplancton, ou plancton végétal, propice au développement d'une faune variée
et dense.
LES "EAUX BLANCHES"
Les várzeas sont
rattachées aux systèmes d'eaux blanches.
Les systèmes d'eaux blanches,
tels que l’Amazone, prennent leur source dans la Cordillère des Andes et
charrient de grandes quantités de sédiments argileux. Ce sont d'ailleurs ces
derniers qui, en donnant une coloration laiteuse au fleuve, sont à l'origine de
l'expression imagée « eaux blanches ». Les
sédiments andins possèdent une forte teneur en nutriments et,
en se déposant sur les várzeas lors des crues,
ils procurent à leurs sols un enrichissement annuel substantiel.
Genista
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Deux types d'eau
Pour bien comprendre les mécanismes régulateurs de vie dans ces
zones humides, il convient de noter la prééminence de deux types d'eau
d'apparences différentes, mais caractérisées par leur extraordinaire pureté qui
les rend immédiatement propres à la consommation.
• Les eaux qui coulent dans les zones sédimentaires du
plateau précambrien guyanais ou planalto guiano accumulent des minéraux
en suspension hautement solubles et sont légèrement alcalines, avec une faible
transparence.
C'est le cas notamment du Moyen et du Bas-Orénoque.
• Pour ce qui est de l'apparence noire des eaux du Río Negro,
de nombreuses études semblent avoir convergé
sur une interprétation crédible : lors des périodes d'inondation avec fortes
montées en juin et juillet, la végétation est en partie envahie. Les résidus
sombres de cette végétation chutent dans le lit du fleuve et se décomposent en
consommant une partie de l'oxygène de l'eau et en dégageant de l'acide
carbonique généré par l'humus.
D'où le haut degré d'acidité de l'eau qui entraîne la baisse de
la teneur nutritive de ces milieux aquatiques et limite théoriquement la
variété et la densité de la faune aquatique.
Mais dans ces immenses espaces, il y a des milliers de lagons ou
toutes autres zones abritées du courant principal, véritables
« poches de vie » où l'acidité reste minimale et
où des espèces spécifiques au milieu se développent.
SUPERBE ORÉNOQUE
[...]
À ces traits épars du
paysage, à ce caractère de solitude et de grandeur, on reconnaît le cours de
l'Orénoque, un des fleuves les plus majestueux du Nouveau Monde. Partout les
eaux, comme les terres, offrent un aspect caractéristique et individuel. Le lit
de l'Orénoque ne ressemble point aux lits du Meta, du Guaviare, du Rio Negro et
de l'Amazone. Ces différences ne dépendent pas uniquement de la largeur ou de
la vitesse du courant : elles tiennent à un ensemble de rapports
qu'il est plus facile de saisir, lorsqu'on est sur les lieux, que de définir
avec précision.
[...]
Jules Verne, Superbe Orénoque, 1899
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LE NOM DE L'AMAZONE
Avant la conquête de l'Amérique du Sud, l'Amazone n'avait pas
de nom particulier. Les Indiens donnaient des noms aux sections du fleuve
qu'ils occupaient : Paranaguazu, Guyerma, Solimões, et d'autres.
En 1500, Vicente Yañez Pinzon, commandant d'une expédition
espagnole, découvrit que l'océan, à un endroit, était de l'eau douce. Il trouva
ainsi l'embouchure du fleuve et fut le premier Européen à explorer le fleuve.
Pinzon le nomma
Río Santa Maria de la Mar Dulce,
et le nom fut vite abrégé en Mar Dulce, changé peu après 1502
en Río Grande.
Les compagnons de Pinzon appelèrent le fleuve El Ryo Haranon.
Le mot Marañón est sans doute d'origine indigène.
On trouve cela dans une lettre de Peter Martyr à Lope Hurtado de Mendoza,
en 1513.
Mais le mot peut avoir l'origine espagnole maraña
(« enchevêtrement ») en raison des
nombreuses difficultés rencontrées par les
explorateurs non seulement dans le delta, mais aussi dans le fleuve rempli
d'îles, de bras et de côtes découpées qui sont aujourd'hui l'État brésilien
de Maranhão.
D'après Encyclopaedia Britannica & Wikipedia, Trad. GS.
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Les cours d'eau sont en rouge. —
Les flèches indiquent le sens du courant.
Cliquer sur la carte pour l'agrandir (Click on the map to enlarge it).
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Carte de l'Expédition Eldorado complète
Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la
première page de cette série.
Un véritable laboratoire pour étudier l'évolution des espèces
Ce bassin hydrographique est un véritable laboratoire pour
l'étude de la biodiversité et de l'évolution des espèces.
Ni notre mission, ni nos compétences ne nous permettaient
d'appréhender toutes les disciplines scientifiques nécessaires à une meilleure
compréhension des milieux.
Mais il nous a paru comme une évidence que la forêt humide
restait une fabuleuse conservatrice des espèces préhistoriques, de surcroît
protégées par une faible densité humaine.
Alors que l'on déplore sur notre continent des disparitions
d'espèces, sur le continent sud-américain, on découvre chaque jour de nouvelles
espèces.
Pour s'en tenir à une donnée comparative, on a 30 000 espèces
d'insectes en Europe alors que 300 000 espèces prolifèrent
en Amérique latine.
La carte d'ensemble du parcours de l'Expédition "Eldorado"
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En bleu
: Trajet de l'Expédition Eldorado
Fleuves et rivières (codes en bleu)
Am=Amazone
Ca=Brazo Casiquiare
Gu=Río Guaporé
Ja=Río Jaurú (Jauru)
Ma=Río Madeira
Ne=Río Negro
Or=Río Orinoco (Orénoque)
Pg=Río Paraguai (Paraguay)
Pa=Río Paraná (Parana)
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Pays
(codes en rouge)
A=Argentine (Buenos Aires)
B=Brésil
(Brasília [Brasilia])
Bo=Bolivie (La Paz,
Capitale constitutionnelle Sucre)
C=Colombie (Bogotá [Bogota])
Ch=Chili (Santiago)
F=Guyane
française (Chef-lieu Cayenne)
G=Guyana (Georgetown)
P=Paraguay
(Asunción [Asuncion])
S=Surinam (Paramaribo)
U=Uruguay (Montevideo)
V=Venezuela (Caracas)
*=Pérou (Lima)
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La première partiede l'Expédition est achevée...
Les explorateurs sont maintenant arrivés à Manaus, sur l'Amazone.
Cela représente moins de la moitié de la navigation de 10 000 km
parcourus par l'Expédition.
Dans la suite de ce récit, vous découvrirez la deuxième grande section
de l'Expédition Eldorado avec Jean-Gérard Mathé, entre Manaus
et Buenos Aires, sur l'Atlantique, en traversant le Brésil par le
Río Madeira, le Río Guaporé et le Río Mamoré,
jusqu’à la descente depuis le Mato Grosso par le Río Paraguay
et le Río Paraná.
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