Expédition Eldorado
par Jean-Gérard Mathé
(25 septembre 1979 à fin janvier 1980)
9.- De l'Orénoque à Manaus, un laboratoire naturel vivant
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Après un transport aérien jusqu’à Caracas, les explorateurs de l’Expédition Eldorado ont dû transporter leur matériel dans des camions vétustes jusqu’à Barrancas, au Vénézuela (la “petite Venise”). Les trois Zodiac s’étaient mis en route le 11 octobre 1979 pour la première partie de l’Expédition.
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L'hydravion providentiel avec le journaliste et l'Agent consulaire français se pose à proximité des trois Zodiac.. |
Un ami tombé du ciel
La descente reprenait vers Manaus. Au détour d’une petite île, un hydravion qui nous avait localisés avait eu la bonne idée de nous faire une surprise en se posant juste devant nous.
C’était Constantin Brive, journaliste à l’Auto-Journal et membre itinérant de l’Expédition. Il était accompagné de Jean-Pierre Pérol, alors Agent consulaire à Manaus. Ils nous annoncèrent l’arrivée prochaine de matériels consécutive à notre naufrage et notamment des pièces de rechange pour nos moteurs.
Ayant intégré dans notre équipe Constantin, nous prenions à nouveau notre cap en naviguant avec précaution parmi des milliers d’anavillianas, formations de sable qui s’accrochent à des socles rocheux sur lesquelles se fixent des populations arbustives qui au fil du temps se consolident pour constituer d’immenses îles.
Manaus et Port David

À l’issue d’une courte étape, nous atteignions Manaus, non sans avoir tiré un peu sur les moteurs.
C’est par une nuit étoilée que nous fûmes hébergés dans un port de plaisance flottant, abrité à l’ouest de la cité, et qui porte le nom de son gardien, David, un personnage haut en couleur.
Ce port se situe à la confluence de l’igarapé1 Taruna et du Río Negro.
Mesurant l’importance des démarches que nous avions à accomplir pour le dédouanement de notre matériel et remettre sur pied l’Expédition, Jean-Pierre Pérol et son épouse réservèrent un accueil remarquable aux responsables de l’Expédition.
Cette étape couronnait
la première partie de l’Expédition Eldorado.
Des objectifs atteints
Voici quelques observations qui nous donnent à penser que nous avions atteint, non sans mal, une partie de nos objectifs.
Le passage des rapides de Porto Ayacucho nécessiterait des études et des travaux pharaoniques pour permettre la construction d’écluses ou de tout autre ouvrage régulateur de navigation.
Mais ce projet reste techniquement du domaine du possible grâce à la réalisation d’un canal latéral avec écluses pour suppléer à la navigabilité du fleuve Orénoque.
La navigation sur le Brazo Casiquiare, pour permettre en permanence le changement de bassin hydrographique, est envisageable à condition de bien maîtriser le régime du canal Casiquiare et d’assurer son irrigation en période de basses eaux.
Deux écosystèmes
La perspective de renconter tout au long de notre parcours deux principaux écosystèmes nous a rassurés dans la connaissance de ces milieux aquatiques :
• les tierras altas, terres hautes non inondables, désignées encore par tierras firmes, ou terres fermes, où s’est implantée la forêt primaire.
• les tierras baixas, terres basses inondables, désignées par várzeas, constituées d’apports alluvionnaires qui se renouvellent chaque année. Ces zones sédimentaires formées par des charriages d’éléments riches venus des plateaux situés au pied des Andes sont immenses. Elles représentent une richesse pour la culture et la survie des hommes et favorisent le développement ininterrompu de la faune et de la flore.
Ces varzeas qui occupent le cours moyen et inférieur du Río Negro sont à l’origine de la formation de lagons qui “piègent” les eaux des crues et les eaux de pluies.
Dans ces milieux se développent des micro- écosystèmes riches en phytoplancton, ou plancton végétal, propice au développement d’une faune variée et dense.
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LES "EAUX BLANCHES"
Les várzeas sont rattachées aux systèmes d’eaux blanches. Les systèmes d’eaux blanches, tels que l’Amazone, prennent leur source dans la Cordillère des Andes et charrient de grandes quantités de sédiments argileux. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui, en donnant une coloration laiteuse au fleuve, sont à l’origine de l’expression imagée “eaux blanches”. Les sédiments andins possèdent une forte teneur en nutriments et, en se déposant sur les várzeas lors des crues, ils procurent à leurs sols un enrichissement annuel substantiel. Genista |
Deux types d’eau
Pour bien comprendre les mécanismes régulateurs de vie dans ces zones humides, il convient de noter la prééminence de deux types d’eau d’apparences différentes, mais caractérisées par leur extraodinaire pureté qui les rend immédiatement propres à la consommation.
• Les eaux qui coulent dans les zones sédimentaires du plateau précambrien guyanais ou planalto guiano accumulent des minéraux en suspension hautement solubles et sont légèrement alcalines, avec une faible transparence.
C’est le cas notamment du moyen et du bas Orénoque.
• Pour ce qui est de l’apparence noire des eaux du Río Negro, de nombreuses études semblent avoir convergé sur une interprétation crédible : lors des périodes d’inondation avec fortes montées en juin et juillet, la végétation est en partie envahie. Les résidus sombres de cette végétation chutent dans le lit du fleuve et se décomposent en consommant une partie de l’oxygène de l’eau et en dégageant de l’acide carbonique généré par l’humus.
D’où le haut degré d’acidité de l’eau qui entraîne la baisse de la teneur nutritive de ces milieux aquatiques et limite théoriquement la variété et la densité de la faune aquatique.
Mais dans ces immenses espaces, il y a des milliers de lagons ou toutes autres zones abritées du courant principal, véritables “poches de vie” où l’acidité reste minimale et où des espèces spécifiques au milieu se développent.
[...] À ces traits épars du paysage, à ce caractère de solitude et de grandeur, on reconnaît le cours de l’Orénoque, un des fleuves les plus majestueux du Nouveau Monde. Partout les eaux, comme les terres, offrent un aspect caractéristique et individuel. Le lit de l’Orénoque ne ressemble point aux lits du Meta, du Guaviare, du Rio Negro et de l’Amazone. Ces différences ne dépendent pas uniquement de la largeur ou de la vitesse du courant : elles tiennent à un ensemble de rapports qu’il est plus facile de saisir, lorsqu’on est sur les lieux, que de définir avec précision. [...] Jules Verne, Superbe Orénoque, 1899 |
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LE NOM DE L'AMAZONE
Avant la conquête de l’Amérique du Sud, l’Amazone n’avait pas de nom particulier. Les Indiens donnaient des noms aux sections du fleuve qu’ils occupaient : Paranaguazu, Guyerma, Solimões, et d’autres. En 1500, Vicente Yañez Pinzon, commandant d’une expédition espagnole, découvrit que l’océan, à un endroit, était de l’eau douce. Il trouva ainsi l’embouchure du fleuve et fut le premier Européen à explorer le fleuve. Pinzon le nomma Río Santa Maria de la Mar Dulce, et le nom fut vite abrégé en Mar Dulce, changé peu après 1502 en Río Grande. Les compagnons de Pinzon appelèrent le fleuve El Ryo Haranon. Le mot Marañón est sans doute d’origine indigène. On trouve cela dans une lettre de Peter Martyr à Lope Hurtado de Mendoza, en 1513. Mais le mot peut avoir l’origine espagnole maraña, (“enchevêtrement”) en raison des nombreuses difficultés rencontrées par les explorateurs non seulement dans le delta, mais aussi dans le fleuve rempli d’îles, de bras et de côtes découpées qui sont aujourd’hui l’État brésilien de Maranhão. D'après Encyclopaedia Britannica & Wikipedia, Trad. GS. |
Carte de l'Expédition Eldorado complète
Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la première page de cette série.
| Un véritable laboratoire pour étudier l'évolution des espèces
Ce bassin hydrographique est un véritable laboratoire pour
l’étude de la biodiversité et de l’évolution des espèces. Ni notre mission, ni nos compétences ne nous permettaient
d’appréhender toutes les disciplines scientifiques nécessaires à une meilleure
compréhension des milieux. Mais il nous a paru comme une évidence que la forêt humide
restait une fabuleuse conservatrice des espèces préhistoriques, de surcroît
protégées par une faible densité humaine. Alors que l’on déplore sur notre continent des disparitions
d’espèces, sur le continent sud-américain, on découvre chaque jour de nouvelles
espèces. Pour s’en tenir à une donnée comparative, on a 30'000 espèces d’insectes en Europe alors que 300'000 espèces prolifèrent en Amérique latine. JGM |
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Pays (codes en rouge) A=Argentine (Capitale Buenos Aires) B=Brésil (Capitale Brasília [Brasilia]) Bo=Bolivie (Capitale La Paz, Capitale constitutionnelle Sucre) C=Colombie (Capitale Bogotá [Bogota]) Ch=Chili (Capitale Santiago) F=Guyane française (Chef-lieu Cayenne) G=Guyana (Capitale Georgetown) P=Paraguay (Capitale Asunción [Asuncion]) S=Surinam (Capitale Paramaribo) U=Uruguay (Capitale Montevideo) V=Venezuela (Capitale Caracas) *=Pérou (Capitale Lima). |
Fleuves et rivières (codes en bleu) Am=Amazone Ca=Brazo Casiquiare Gu=Río Guaporé Ja=Río Jaurú (Jauru) Ma=Río Madeira Ne=Río Negro Or=Río Orinoco (Orénoque) Pg=Río Paraguai (Paraguay) Pa=Río Paraná (Parana). En bleu : Trajet de l' Expédition Eldorado - Cartographie Genista. |
Les
explorateurs sont maintenant arrivés à Manaus, sur l’Amazone. Cela représente
moins de la moitié de la navigation de 10'000
km parcourus par l’Expédition.
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Notes :
1 Le terme d’igarapé est dérivé du tupi indien qui signifie “passage pour canot”. Les igarapés sont des rivières assez étroites qui drainent en principe un thalweg de faible dimension.