GENISTA (1971) : L'EXPÉDITION (CROISIÈRE) "ELDORADO" EN 1979-1980 : [08] CHASSE À LA MATAMATA SUR LE "FLEUVE-ROI".



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Chasse à la matamata sur le "Fleuve-Roi"

Eldorado Exploration (1979-80): [08] Hunting the matamata

Chasse à la matamata sur le "Fleuve-Roi". (Expédition Eldorado, 1979-1980)

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, (Exploration)

Le Navigateur, Jean-Gérard Mathé [the Navigator] Chasse à la matamata sur le "Fleuve-Roi"
L'Expédition (Croisière) Eldorado en Amérique latine.
Chapitre 8 :
Chasse à la matamata sur le "Fleuve-Roi"
Publié dans « Genista Informations » N° 311 de mars 2005.
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Jean-Gérard Mathé pilote le 'Santa Maria' du Père José

Les Pères pallotins


Membre de la Congrégation des Pères pallotins — pallotinos1 — le Père José avait édifié lui-même son église et sa demeure en bois résistant aux intempéries, l'abacaterama, les finitions intérieures étant faites d’un bois très dur mais relativement façonnable, l'angelin connu par les spécialistes sous le nom de Diniza excelsa.


Photo : Jean-Gérard Mathé pilote le Santa Maria du P. José.


— 1 Pères pallotins : Ils appartiennent à une congrégation de missionnaires fondée par un prêtre romain, Saint Vincent Palloti.

Le 'Santa Maria' du Père José Maslanka

Sainte Marie... voguez pour nous


On apprit plus tard par son entourage que le P. José avait également construit lui-même son bateau qu'il avait baptisé Santa Maria. Il organisa en notre honneur une nuit de pêche et de chasse à l'abri d'un lagon au centre du Río Negro.

Au départ, le Père José avait l'intention de pêcher le tucunaré2 réputé être le poisson le plus fin de la région. D'une soixantaine de centimètres, ce poisson au corps marron foncé est reconnaissable à sa queue ponctuée d'un anneau appelé œil noir par les Indiens. Il se niche dans les lagons calmes, à l'abri de la fureur des alizés.

Avec son équipage d'une quinzaine de personnes, le Santa Maria prit le cap pour atteindre le lagon Yanau que je repérai sans difficulté sur l'image Radam au 1/250 000e.

À mi-parcours, le Père José me confia le pilotage de son navire. Je lui rendis la barre à l'approche du lagon. Juste avant d'accoster le long d'un bras de l'île qui entoure le lagon, nous avions détecté un risque sérieux d'envasement du Santa Maria. Il fallut la force conjuguée de tous les membres de l'équipage qui, les pieds dans la vase, firent pivoter de près de deux mètres l'arrière du Santa Maria.



— 2 Tucunaré : C'est le poisson le plus populaire d'Amazonie, le peacock bass, très beau, très coloré avec une robe jaune doré ponctuée d'ocelles sur les flancs et la caudale rappelant la queue d'un paon, d'où son nom de poisson-paon en français, pavon en espagnol. Il est puissant, agressif, spectaculaire par ses sauts et cabrioles hors de l'eau. La variété Cichla Temensis peut atteindre 12 à 13 kg. [N.d.l.R.].

Une mer intérieure


À cet endroit, le Río Negro est large de près de trente kilomètres, et l'étendue d'eau étant à perte de vue, nous avions la sensation d'être dans une mer intérieure. On imagine que la navigation devait être difficile pour les petites embarcations.

Les alizés, vents chargés de chaleur et d'humidité venant de l'Atlantique, provoquent des vagues de plus de deux mètres qui entraînent des naufrages et la mise en péril de familles entières. Assez régulièrement, en fin de journée, ces vents chauds et humides, en passant dans des zones de refroidissement, sont soumis à une brutale condensation, au point de provoquer de véritables déluges pendant de courts instants.

Ces pluies quasi-quotidiennes sont si violentes qu'elles contraignent le navigateur à s'arrêter et à attendre une amélioration de la visibilité.

Le Río Negro a des eaux transparentes noires et acides qui creusent leur lit dans des roches cristallines. Les hydrologues pensent que la couleur noire de cette eau qui apparaît pure, comme distillée, provient de la dissolution de végétaux décomposés allant tapisser le lit du fleuve. Ce n'est pas le cas de l'Orénoque qui traverse des régions sédimentaires donnant un caractère basique aux eaux riches en éléments en suspension. Ces caractères hydrologiques différents et opposés ont un effet sélectif sur les espèces de poissons qui y vivent. Contrairement aux eaux de l'Orénoque, les eaux du Río Negro sont peu propices au développement des moustiques et des insectes de toutes sortes.


Le respect de l'arbre à fruits


La chasse sur le bateau

Un principe immuable semble être le credo de tous les Indiens de cette contrée. C'est l'interdiction d'abattre des arbres qui produisent des fruits ou des baies de toutes sortes. Les indigènes ont bien observé que le rythme de nourriture et de développement des poissons correspondait aux périodes de hautes eaux leur permettant d'atteindre les fruits des branchages noyés.

Cette virée nocturne mi-chasse mi-pêche, nous apportera des trophées dignes d’un grand festin : des poissons comme les tucunarés, des piranhas, un caïman jacaré de près de deux mètres.

Après une nuit active, nous sommes retournés au port où de jeunes Indiens nous attendaient avec un petit caïman à la main.

On nous présenta une tortue d'eau préhistorique, la matamata. C'est, dit-on, l'animal le plus hideux de l'Amazonie. Il peut atteindre 60 cm et porte une sorte de corne sur une tête triangulaire assez effrayante. Mais cela n'empêche pas que sa chair soit très recherchée. Sa survie au cours des âges est sans doute due à son attirance pour les endroits boueux qui la rendent difficile à capturer à grande échelle.

Ce jour-là, certains nous mirent en garde contre le danger que représentent les petits pumas que les Indiens nomment maracajás et qui rôdent sur les rives du fleuve et de ses affluents.



L'ÉTRANGE "MATAMATA"

C'est la tortue Chelus fimbriatus (la tortue « à franges ») qui porte, en Amazonie, le nom de matamata, ce qui signifie : Je tue.

La tête est un triangle allongé, avec une sorte de groin. Le long de son cou se trouvent des excroissances de chair successives qui lui ont donné son nom latin. Ces excroissances bougent dans l'eau comme si l'animal était couvert d'algues, et servent de camouflage.

L'animal adulte a une carapace noire ou brune, avec des touches orangées. La face ventrale a une couleur qui va du jaune clair au marron.

De véritables algues poussent sur la carapace, donnant à la matamata l'aspect d'un rocher immergé couvert de ces plantes.

La tortue reste tapie au fond dans un endroit peu profond, respire de temps à autre en allongeant le cou vers la surface, et attend le passage d’un poisson. Comme elle ne peut pas mâcher, elle avale sa proie entière en l'aspirant avec l'eau qu’elle rejette ensuite. Comme ces tortues vivent dans des lieux qui s'industrialisent et se peuplent, leur élevage est encouragé.


Reptile & Amphibian Magazine, Sept.-Oct. 1992.

Une leçon d'histoire naturelle


Cette étape nous donna une excellente leçon d'histoire naturelle où l'homme et la nature vivent, semble-t-il, depuis l'origine des temps dans une parfaite harmonie.

Dans ce parcours du Río Negro, les écosystèmes dont l'originalité est remarquable interfèrent tout naturellement l'un avec l'autre, en donnant le sentiment d'un calme absolu, d'un équilibre stable.



LA GATO-MARACAJÁ

Cet animal porte le nom français de oncille ou chat-tigre. Voisin de l'ocelot, c’est le Felis (Leopardus) tigrinus qui pèse jusqu'à 2,5 kg seulement — le plus petit chat du Brésil et de l'Amérique latine.

Même s'il est assez répandu, c’est pourtant l'un des félins les moins connus, avec le chat de la pampa (Oncifelis colocolo) et le chat des Andes (Oreailurus jacobita).

Les Indiens lui donnent divers noms : maracajá, maracajá-í, ou maracaiápuí ; les Portugais le nomment gato-do-mato et les Espagnols, gato tigre ou tigrillo. Il est reconnaissable à sa queue à bout noir qui comporte dix ou onze anneaux noirs.

Personne n'a encore établi pourquoi cet animal se rencontre dans le Bassin de l'Amazonie.

Genista

Les cours d'eau sont en rouge. — Les flèches indiquent le sens du courant.
Cliquer sur la carte pour l'agrandir (Click on the map to enlarge it).
Carte : Le Río Negro de Cucuí à Manaus

Carte de l'Expédition Eldorado complète


Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la première page de cette série.


Le pouvoir régulateur de la nature


Les Indiens ont compris le rythme du « fleuve roi »3 et le pouvoir régulateur qu'il impose aux territoires qu'il traverse et à leurs populations. Ce sont les difficultés d'accès à ces régions inondables qui ont été favorables à la protection des espèces sauvages. Ce n'est bien entendu pas le cas des zones percées par la voie routière panaméricaine et ses ramifications.

Mais justement, notre mission avait également pour objet de démontrer que les voies fluviales peuvent largement faciliter le mouvement des hommes et des marchandises tout en respectant les principes élémentaires de protection de la nature.

Sur ce point, d'ailleurs, gardons-nous de critiquer le continent sud-américain car, dans nos contrées, la protection de nos zones humides reste dérisoire et n'est pas à la hauteur des enjeux. Ce manque de courage se traduit par une fuite en avant grâce à une législation souvent inapplicable. On se donne ainsi bonne conscience et le massacre écologique que l'on constate facilement sur les rives de notre réseau hydrographique continue allègrement sans que personne ne s'en sente responsable.

Conscients d'avoir vécu une expérience exceptionnelle à Novo Airão, nous quittions ce site le 15 novembre avec quelques regrets.






Notes de la page

— 1 Pères pallotins : Ils appartiennent à une congrégation de missionnaires fondée par un prêtre romain, Saint Vincent Palloti. [N.d.l.R.].

— 2 Tucunaré : C'est le poisson le plus populaire d'Amazonie, le peacock bass, très beau, très coloré avec une robe jaune doré ponctuée d'ocelles sur les flancs et la caudale rappelant la queue d'un paon, d'où son nom de poisson-paon en français, pavon en espagnol. Il est puissant, agressif, spectaculaire par ses sauts et cabrioles hors de l'eau. La variété Cichla Temensis peut atteindre 12 à 13 kg. [N.d.l.R.].

— 3 Le fleuve-roi : bien que pour les géographes, le Río Negro ne soit qu'un affluent de l'Amazone, et donc une rivière, sa majestuosité le classe comme un véritable fleuve pour les aventuriers et les scientifiques. [N.d.l.R.].



UNE VOIE NAVIGABLE DU BASSIN DE L'ORÉNOQUE AU BASSIN DU PARAGUAY-PARANÁ ?



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