GENISTA (1971) : L'EXPÉDITION (CROISIÈRE) "ELDORADO" EN 1979-1980 : [07] LE PORT ET L'ÉGLISE AU PAYS DU LATEX.



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Le port et l'Église au pays du latex

Eldorado Exploration (1979-80): [07] Harbour, Church and latex

Le port et l'Église au pays du latex. (Expédition Eldorado, 1979-1980)

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, (Exploration)

Le Navigateur, Jean-Gérard Mathé [the Navigator] Le port et l'Église au pays du latex
L'Expédition (Croisière) Eldorado en Amérique latine.
Chapitre 7 :
Le port et l'Église au pays du latex.
Publié dans « Genista Informations » N° 310 de janvier-février 2005.
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La balise Argos et les cartes

Le monstre liquide veille...


Ayant tiré leur canot endommagé sur la plage idyllique, les « cinéastes » meurtris commencèrent à le réparer.


La veille trois pêcheurs avaient été avalés et phagocytés par le monstre liquide.

On nous rapporta que chaque année de pauvres Indiens courageux périssent noyés avec leur famille dans ce rapide.


Photo : Le poste de travail du navigateur :
balise Argos et cartes.

Des marmites inquiétantes


Certes, la turbulence des rapides, l'eau rugissante, violente, restait une énigme pour le profane. Il s'agit en fait d’un phénomène géo-hydrologique classique provoqué par une véritable crête topographique de roches érodées par une eau décidée à franchir l'obstacle et à le soumettre à son arbitraire.

Cette eau s'insère dans les roches par des mouvements tourbillonnaires permanents entraînant des galets qui creusent dans la masse rocheuse des cavités en forme de marmites. Ces marmites peuvent prendre la dimension d'une pièce et piéger, puis broyer, tout élément solide dans un mouvement giratoire continu. C'est un miracle lorsque une marmite expulse l'objet qu'elle a englouti.

Après un moment de répit, les réalités nous rappelaient à l'ordre. Le pilote du bateau en perdition mesura la portée de son erreur au point qu'il avait envisagé un instant d'abandonner l'Expédition. Nous l'en avons dissuadé. Face à l'épreuve, il ne fallait pas se diviser, mais plutôt rassembler nos efforts pour remplir le contrat moral qui nous liait. Dès le départ, nous étions conscients que chacun avait un rôle bien déterminé et se trouvait de ce fait responsable de la sécurité et de la survie de ses coéquipiers.

La famille Vuillemonet que nous avions quittée la veille était déjà là pour nous réconforter. J'ai eu leur visite à Paris, un an plus tard, et je regrette un peu de n'avoir pu leur consacrer suffisamment de temps car je devais être accaparé alors par la préparation d'un long séjour professionnel en Libye.


Cap au Sud-Est


Dans la matinée du 7 novembre, il nous fallait repartir d'un bon pied pour ne pas trahir cette volonté commune de réussir cette expédition.

Déterminés, nous nous dirigions vers l'étape suivante de Vanaracá, sur la rive gauche du Río Negro.

Comme prévu, nous avons dû affronter sur vingt-deux kilomètres des rapides peu féroces. Une nouvelle étape avait été prévue à Boa Vista, un village abandonné, en partie englouti dans la jungle. Puis, pendant quelques jours, nous avons traversé une zone déserte avec campements sur les plages de sable du Río Negro. Curieusement, les rives du fleuve sont dépourvues de moustiques et d'insectes "guerriers", car la qualité acide des eaux est de nature à empêcher leur reproduction et leur croissance. Sur ce trajet, nous avons eu la chance de trouver quelques œufs de tortue — un mets très recherché. La femelle pond jusqu'à cent cinquante œufs en les enfouissant avec soin dans le sable. Ces œufs sont très prisés par toutes sortes de prédateurs : oiseaux, caïmans jacarés1 et hommes en quête de nourriture protéinée.



Á SANTA ISABEL

Les habitants de Santa Isabel de Río Negro ont un fort sentiment religieux, sont accueillants et ouverts d'esprit. Ils donnent beaucoup de leur temps à la Communauté et à l'Église. Il y a plusieurs églises baptistes et adventistes, et une église populaire évangélique, l'Assemblée de Dieu.

L'Église catholique y est très moderne, avec beaucoup de musique et de danse lors des services. On « danse la Bible » jusqu'à l'autel, où le porteur du livre le soulève et l'embrasse pendant que les fidèles chantent « Je veux élever haut la Bible et je veux l'embrasser ; c'est la Parole de mon Dieu, mère et père pour moi. »

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Le port de Barcelos


Le 10 novembre, notre arrivée à Barcelos constituait un retour à la civilisation.

Barcelos est un port très animé. Il constitue la porte d'entrée dans le haut Río Negro et le centre d'approvisionnement pour toutes les populations de cette immense région désertique.

Nous fûmes autorisés à accrocher nos hamacs dans un vieux rafiot en réparation. Je me souviens qu'il fallait enjamber planches et outils de charpentier pour atteindre notre petit espace privé.

Barcelos était bien le dernier rempart de civilisation avant de pénétrer dans l’Amazonie profonde. Nous venions d'en faire la dure expérience.


Omniprésence de l'Église


La Mission catholique a bien voulu nous procurer des dollars afin de reconstituer nos provisions et reprendre la navigation en direction de Manaus.

Barcelos représentait bien l'idée que l'on se faisait du Brésil. Une vie trépidante, une atmosphère de fête permanente, une Église très présente qui se manifestait à travers la diffusion de cantiques par haut-parleurs pour rappeler les croyants à leur devoir du dimanche.

Toute l'activité était focalisée sur le port, avec des trafics de toutes sortes : des fruits, des borrachas — latex conditionné en rouleaux cylindriques —, des matériaux de construction, etc.

De ce lieu très animé, je garde le souvenir d'une image insolite : à même la dalle rocheuse légèrement inclinée, pénétrant dans l'eau, une Indienne expérimentée préparait à coups de machette une tortue d'eau de près d'un mètre — une tartaruga2 qu'elle cuira dans sa carapace.

Nous avons goûté à ce mets par curiosité, mais sans grande conviction.


La migration vers Manaus


C'était déjà le 12 novembre 1979.

Il fallait quitter Barcelos pour continuer notre route et atteindre Manaus en descendant le fleuve.

Ce fut à nouveau un véritable désert humain.

Fort heureusement, nous naviguions dans le sens du courant, ce qui nous permettait des économies importantes de carburant.


Les cours d'eau sont en rouge. — Les flèches indiquent le sens du courant.
Cliquer sur la carte pour l'agrandir (Click on the map to enlarge it).
Carte : Le Río Negro de Cucuí à Manaus

Carte de l'Expédition Eldorado complète


Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la première page de cette série.



AU PATRIMOINE

L'ancienne Airão, fondée à la fin du 17e siècle, est située dans la « zone tampon » du Parc national de Jaú.

C'est l'emplacement des premières colonies portugaises sur la ligne de partage des eaux du Río Negro.

Aujourd'hui, l'Institut pour le Patrimoine historique brésilien (IPHAN) reprend la gestion des ruines de l'ancienne Airão, abandonnée dans les années 1950, pour travailler à leur préservation.

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NOVO AIRÃO LA RESPECTUEUSE

Les habitants de la forêt sont surnommés les caboclos. Ils sont les descendants métissés des Indiens et des seringueros portugais, venus de tout le Brésil, il y a 150 ans, pour récolter le caoutchouc. Leur rude vie n'a guère évolué : elle reste celle des Indiens de la forêt. Ils doivent s'adapter aux changements imposés par les nouvelles réglementations découlant des mesures ECCO 2000 prises à Rio en 1992.

À Novo Airão, les chantiers navals sont réputés. Les chutes de bois des constructions, qui jadis pourrissaient en vrac, sont désormais réutilisées par des artisans du bois formés par la fondation. Ils fabriquent ainsi des objets magnifiques en marqueterie, avec des bois de toutes couleurs.

On n'y visite pas la forêt en bateau à moteur, pour ne pas souiller les rivières et ne pas effrayer les animaux. Cette bourgade de 10 000 habitants vit au rythme des grands débats politiques de notre planète. Et les joutes électorales, au fin fond de la forêt amazonienne, ont pour thème les conséquences, au bout de la chaîne, des principes du développement durable.

UN Special, août 2002

L'accueil chaleureux du Père José


Encore des villages abandonnés, et parfois un signe de vie autour d'habitations isolées de paysans indiens vivant dans un environnement sauvage ou sertão.

La carte ONC, riche en toponymes, facilitait le repérage des lieux-dits susceptibles d'être habités. Mais pas de chance : Airão, qui y est mentionné, était envahi par la jungle, et c'est plus en aval, et toujours sur la rive droite, que ce village s'était reconstitué sous le nom de Novo Airão, connu sous le nom indien de Taucapéçaçu.


Le Père José Maslanka

Le 13 novembre, nous décidions d'y faire une escale.

C'est dans l'église que nous avons rencontré le Père José Maslanka qui venait de dire la messe. Après avoir rapidement pris connaissance de l'objet de notre expédition, il nous invita spontanément à partager son déjeuner. Il vivait dans une vaste demeure contruite en bois tropicaux précieux.

L'après-midi, le P. José nous fit visiter son bateau amarré à l'abri de la confluence avec le Río Frégueria. Il apparaissait comme un notable, plein de cette ingéniosité qu’il avait acquise dans sa Pologne natale.





Notes de la page

Un jacaré — 1 Jacaré : c'est l'une des cinq espèces du Caiman crocodilus d'Amazonie et du Pantanal. Cet alligator d'Amérique centrale et du Sud vit dans les rivières et les lagons.
Le Jacare niger atteint une longueur de 2,10 mètres. Le Jacare sclerops, le plus commun, se rencontre du sud du Mexique au nord de l'Argentine et peut être très gros.
Les yeux et les narines placés haut sur sa tête lui permettent de voir et de respirer en étant immergé. Une deuxième paupière lui assure une meilleure vue en plongée. Sa queue est primordiale pour nager. Sur terre, il peut être très rapide sur trente mètres. De taille bien plus petite que le crocodile, le caïman jacaré se nourrit essentiellement de poissons. Sa 4e dent mandibulaire est invisible quand la gueule est fermée, contrairement à celle du crocodile. [N.d.l.R.].

— 2 Tartaruga : c'est le nom portugais de l'animal que les Espagnols appellent tortuga. [N.d.l.R.].



UNE VOIE NAVIGABLE DU BASSIN DE L'ORÉNOQUE AU BASSIN DU PARAGUAY-PARANÁ ?



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