GENISTA (1971) : L'EXPÉDITION (CROISIÈRE) "ELDORADO" EN 1979-1980 : [06] NAUFRAGE DANS LES RAPIDES DE UAUPÉS.



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Naufrage dans les rapides de Uaupés

Eldorado Exploration (1979-80): [06] Capsizing in the rapids

Naufrage dans les rapides de Uaupés. (Expédition Eldorado, 1979-1980)

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, (Exploration)

Le Navigateur, Jean-Gérard Mathé [the Navigator] Naufrage dans les rapides de Uaupés
L'Expédition (Croisière) Eldorado en Amérique latine.
Chapitre 6 :
Naufrage dans les rapides de Uaupés.
Publié dans « Genista Informations » N° 309 de décembre 2004.
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Deux des trois Zodiac en bordure du fleuve

Le départ de Cucuí


Au petit matin, nous quittions le poste frontière de Cucuí 1 en laissant à notre droite le mont Cabari situé sur l'Équateur ainsi que, plus en amont, l'île de Tamandua, spendide réserve de végétation luxuriante et d'oiseaux de toutes les couleurs.


Deux des trois Zodiac de l'Expédition Eldorado en bordure du fleuve.

Le "Chevalier du Fleuve"


Mais au fur et à mesure que nous avancions, la vitesse du courant augmentait, ce qui annonçait une crête topographique et l'approche des rapides de São Gabriel de Cachoeira — ou Uaupés pour les Indiens.

Après une dure journée de navigation, nous débarquions dans le port abrité de São Gabriel pour y passer une nuit typiquement équatoriale et préparer le franchissement du rapide.

Notre curiosité nous amena sur les hauteurs de São Gabriel.

C'est autour d’une bière que nous écoutâmes avec intérêt un citoyen helvétique, spécialiste du fleuve. Jean-Pierre Vuillemonet avait aménagé un bateau-atelier avec un tour pour fabriquer des pièces de moteurs et dépanner les bateaux des indigènes.

Ce Chevalier du Fleuve mit en garde l'Équipe sur les difficultés du rapide en esquissant sur un coin de nappe en papier son profil en travers, tout en insistant sur le point de passage réputé être le moins dangereux.

Il fallait donc aborder les masses d'eau se fracassant sur les rochers du rapide par la partie ouest du bras du fleuve, là où le courant était le moins virulent.


Chevauchée fantastique sur les rapides


Les bateaux bondissant se faufilèrent en passant en force les premiers obstacles.

Mais le point crucial était le franchissement de la crête principale du rapide.

Pour ce qui nous concerne, tout se passa comme prévu : réduction de la vitesse afin de ne pas trop braver les forces contraires des remous, puis profiter des mouvements tourbillonnaires du courant pour se projeter sur les tourbillons suivants qui pourraient nous propulser vers la sortie. Au passage de la barre rocheuse, nous avions ressenti un choc brutal, à l'instant où le fond métallique du canot heurta à plat une importante dalle. Mais, par chance, notre embarcation avait choisi de s'insérer dans le mouvement perpétuel de l'eau. C’était gagné.

Notre bateau « se posa » en aval, au calme, après avoir bravé le rapide réputé être le plus meurtrier de la région, condition idéale pour nous dresser sur le bateau immobile et observer le passage de nos coéquipiers.


Un cinéaste à genoux


En un instant, nous comprîmes qu'une fausse manœuvre du « bateau cinéaste » se préparait.

Nous hurlions en gesticulant, mais trop tard car l'engin avait augmenté sa vitesse et foncé sur la déferlante sans obliquer vers l'ouest.

Le pauvre cinéaste, qui ne se doutait de rien, filmait avec soin le passage du rapide à genoux sur la proue étroite du canot pneumatique.

Le sang-froid semblait avoir abandonné le pilote : face à un événement de taille, il multiplia les fausses manœuvres et, par une accélération inconsidérée, décupla les forces qui désorientèrent violemment sa trajectoire.

Naufrage fans les rapides de Uaupés

Très vite, le canot de caoutchouc gris et noir, reluisant au soleil, fut pris de face par une puissante vague et propulsé entièrement hors de l'eau. Il se retourna après s'être cambré à la verticale, tel un dauphin.


Le naufrage dans les rapides de Uaupés.

Puis, subitement, plus rien. Le canot et son équipage engloutis furent absorbés par un immense trou d'eau, dans un tourbillon infernal. Tout disparut : hommes et biens. Nous assistions impuissants à cette scène surréaliste. Cette fois nous n'étions plus victimes de l'enfer vert mais d'un enfer liquide que nous découvrions avec stupeur.


Roulés par les flots sur trois cents mètres


À trois reprises, les corps de nos coéquipiers apparurent comme propulsés vers la surface, avant d'être réabsorbés par les rapides2. Ils réapparaissaient à nouveau, tels des mannequins inertes.

Un miracle, trois cents mètres plus bas : roulés par les flots, nos deux hommes surnageaient, choqués, à demi asphyxiés. Un « coup de moteur » et l'on s’empressa de les approcher et de les hisser à bord.

Dans le même temps, le bateau du mécanicien passait sans problème et venait nous rejoindre dans cette opération de sauvetage inattendue.

Presque au même moment, cent mètres plus loin, le fleuve régurgita brutalement le canot insubmersible démuni de son équipage et de son matériel.

Quelques objets bien arrimés sous l'espace couvert par la proue résistèrent au désastre.

Beaucoup de pertes : une caméra, le matériel de prise de son, des bobines de film ; mais seulement quelques objets flottants sans valeur furent sauvés.

Plastiques et vêtements flottaient en surface avec nonchalance, alors que les boîtes hermétiques contenant nourriture ou autres produits se camouflaient entre deux eaux.

Un piètre soulagement : dans cette catastrophe qui a failli coûter la vie à nos camarades, les bobines de films relatives à notre Mission sur l'Orénoque étaient restées intactes.



Navigation : Danger !

Juste après le village de São Gabriel da Cachoeira, les rapides du même nom sont les derniers sur le cours d'eau qui descend vers l'océan.

Curieusement, ils sont plus faciles à franchir en période de crue, parce qu'alors, les rochers potentiellement dangereux n'affleurent pas.

L'autre danger de la navigation sur ces cours d'eau amazoniens, ce sont les lames, parfois très fortes, qui naissent dans les zones de confluences très nombreuses.

Il ne faut pourtant pas négliger les tempêtes d'orage, violentes, fugaces et fréquentes l'après-midi et le soir, qui apportent souvent la foudre avec elles.

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Mais il fallait avancer et se rendre à l'évidence.

Il y avait eu indiscutablement faute, et la nature ne pardonne jamais une défaillance humaine dans le cadre d'un défi qui lui est lancé. Elle exige le paiement comptant et ne rend pas la monnaie. C'est un jugement sans appel qui n'a pas eu l'indulgence de Notre-Dame de São Gabriel qui se dresse sur les hauteurs, en veillant aux braves pêcheurs qui s'aventurent dans les rapides.



Vingt-deux langues en usage

Avant la reconnaissance officielle en 1997 du Territoire Indigène du Haut Río Negro, se créa une fédération de plus de trente organisations : l’Organisation Indigène du Haut Río Negro (FOIRN), dont la maloca (la maison communale, haïe des missionnaires) est en plein centre du siège municipal, São Gabriel da Cachoeira.

Le Territoire indigène est immense (10 millions d'hectares). Pourtant, cette petite ville de 8000 habitants — dont plus de 90 % d'Indiens, attirés par l'urbain — administre le plus grand territoire municipal du Brésil.

Les peuples du Territoire parlent 22 langues indigènes de quatre troncs linguistiques différents. Parmi ces peuples, ceux du tronc Tukano Oriental pratiquent l'exogamie linguistique : la langue d'un village est celle des pères, mariés à des femmes d'autres ethnies et d'autres langues. Les enfants jeunes parlent donc déjà les langues maternelle et paternelle. Plus tard, ils apprennent la langue qui domine le long de leur cours d'eau.

d'après Gilvan Müller de Bazin,
Maurice de Oliveira (2003)
Línguas Indígenas e Educação Escolar.
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Les cours d'eau sont en rouge. — Les flèches indiquent le sens du courant.
Cliquer sur la carte pour l'agrandir (Click on the map to enlarge it).
Carte : L'Orénoque et le Rio Negro

Le naufrage s'est produit juste après São Gabriel da Cachoeira,
(Sur notre carte, sous le "U"
du nom Uaupés).


Carte de l'Expédition Eldorado complète


Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la première page de cette série.



La Nature, majestueuse et indifférente...

Aux alentours, la nature imperturbable ne montra aucun frémissement.

Majestueuse et indifférente, elle assistait à l'exécution de ses lois.

Une petite plage, comme un mirage

Mais à une centaine de mètres de notre désastre, une splendide plage, frappée par un soleil tropical éblouissant nos pauvres regards meurtris, se présentait à notre Équipe, telle un mirage.

Dans cette région de roches métamorphiques3, où gneiss et quartzites se côtoient, le sable est d'un blanc éclatant, immaculé, parsemé de paillettes de mica à reflets dorés.

C'est la trace d’un puissant phénomène d'arénisation qui se perpétue au cours des âges dans le lit du fleuve.



Tout ce qui brille n'est pas or, et pourtant, combien d'aventuriers ont-ils cru rencontrer l'Eldorado devant des sites aussi rutilants !






Notes de la page

— 1 Le Cucuí (prononcer cou-cou-î), au Mexique et en Amérique du Sud, est un monstre (goule ou zombie) animé d'instincts primitifs. Il est très grand, il marche en bavant, et cherche à rencontrer des passants pour les blesser. Heureusement, on le rencontre rarement ! [N.d.l.R.].

— 2 Si le mot espagnol raudales désigne les rapides au Venezuela, c'est en revanche le terme cachoeira qui les désigne en portugais, sur les fleuves du Brésil.
Ceci explique le nom du village de Saint Gabriel, São Gabriel da Cachoeira. [N.d.l.R.].

— 3 Roches métamorphiques : roches anciennes sédimentaires dont la texture a subi une transformation due à l'action de la chaleur, de la pression, des émanations, ou bien au contact de magmas éruptifs, ou encore sous le choc d'une météorite.
Ainsi, l'argile devient du schiste, le micaschiste du gneiss et du granite, le calcaire du marbre, ou le grès du quartzite...
[N.d.l.R.].



UNE VOIE NAVIGABLE DU BASSIN DE L'ORÉNOQUE AU BASSIN DU PARAGUAY-PARANÁ ?



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