Une petite île boisée
Le lendemain, nous tentions avec succès l'abordage d'une petite île boisée
constituée pour l'essentiel d'une immense dalle rocheuse.
Un soulagement après avoir traversé le rapide assez virulent dénommé
Raudal 1 Cabarua.
Un palmier "chikichiki" avec lequel
les Indiens font des objets en vannerie.
Du tatou pour le dîner
Enfin, après avoir laissé le Río Pasimoni sur notre gauche,
le soir du 30 octobre nous atteignions Solano, un village indien découvert
en 1760 par un ingénieur géographe espagnol et qui servait de plaque tournante
à un marché d'esclaves.
Comme c’est le cas dans toutes les zones frontalières, la présence de la
Guardia nacional s'impose pour les contrôles de trafics de toutes sortes.
Après avoir examiné à la loupe nos passeports, le capitaine chef de la garnison
avait très vite perçu le caractère officiel de notre périple. Il nous autorisa
à accrocher nos hamacs dans la véranda du poste.
Nous fûmes réconfortés avec du culaï, une boisson rouge de fruits sauvages,
et une surprise pour dîner : du tatou que les Indiens désignent localement
sous le nom de cupou.
Après avoir négocié avec succès la possibilité d’obtenir un véritable
plein d’essence, nous embarquions à destination de San Carlos de Río Negro,
une nouvelle étape de contrôle avant de pénétrer sur le territoire brésilien.
La "Guardia nacional"
Il fallait reconnaître que ces contrôles se passaient généralement bien
et nous devions nous rendre à l'évidence que ma qualité de membre de la
Direction générale de l'IGN France constituait sans doute
une caution morale et technique vis-à-vis de mes interlocuteurs de la Garde
nationale intéressés par la richesse de ma documentation en cartographie
et en imagerie satellitaire.
Ce corps militaire a un rôle social non négligeable et une action préventive
efficace, peu administrative, qui, de ce fait, n'a rien à envier à notre
chère Gendarmerie nationale. Ces gardes vivent en garnison dans des conditions
rudes et strictes. Leur tenue et leur entraînement physique quotidien les rendent
immédiatement opérationnels pour défendre l'intégrité du territoire vénézuélien.
Ils sont garants de la paix civile dans le village et ont fort à faire
avec le contrôle de l'immigration, de la prostitution et de trafics de toutes
sortes : drogue, armes, etc.
Ils sont également attentifs aux échanges commerciaux de produits du
Haut-Orénoque, comme le chikichiki2, qui se font notamment
avec la Colombie. Leur éloignement de la civilisation leur donne un sens concret
des responsabilités et leurs interventions ne sont pas sans cesse mises en cause
par leur hiérarchie.
Avant notre départ, le commandant responsable de la garnison a souhaité sceller
symboliquement une amitié franco-vénézuélienne par un échange de nos gourdes :
la sienne, très légère, en caoutchouc, la mienne en aluminium —
celle qui équipe toutes les missions lointaines de l'IGN.
Les cours d'eau sont en rouge. —
Les flèches indiquent le sens du courant.
Cliquer sur la carte pour l'agrandir (Click on the map to enlarge it).
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Serpents et caïmans
Bientôt l’équateur... La latitude
(φ [phi] = 1°55′) de San Carlos annonçait
cette approche irrémédiable.
Dans cette région qui nous a paru être le bout du monde, la faune a sa spécificité.
On nous mit en garde sur les risques constitués par la prolifération des anacondas
ou colebras de aguas qui se développent dans des marigots et à l'embouchure
des ríos, par la férocité des caïmans connus sous le nom de babo
ou babillo3. Il fallait également être très prudents
et bien surveiller les alentours, afin de se protéger du dalla, un serpent
très dangereux dont l'attaque est immédiate.
C'est à San Carlos de Río Negro que j'ai eu la chance de rencontrer
un technicien de la mission IVC (Institut vénézuélien de
recherche scientifique) avec lequel je fis le point de la situation.
Il nous apporta de précieuses informations sur la suite du parcours et attira
notre attention sur la nécessité de bien « négocier »
le passage du rapide dangereux de São Gabriel da Cachoeira.
Le "Fleuve aux deux noms"
À San Carlos, nous étions en principe sur le Río Negro
dans le bassin de l'Amazone. Je dis bien « en principe »,
car un doute subsiste pour le géographe. Il n'est pas facile d'arbitrer entre
le géomorphologue et le géographe qui, semble-t-il, ont deux interprétations
hydronymiques du départ probable du Río Negro. Est-ce à partir
de l’embouchure aval du canal Casiquiare qu’il doit être baptisé
Río Negro ? Ou bien est-ce à partir de
San Simon de Cocuy, plus connu sous le nom de Cucuí,
poste frontière avec le Brésil, qu’il deviendrait Río Negro ?
Qui a raison ?
Sur la carte ONC (Operational navigation chart),
la partie du fleuve située entre la confluence aval du Casiquiare et Cucuí
est désignée par l'hydronyme Río Negro.
Sur la carte établie par la Direction générale des Recherches hydrauliques
vénézuéliennes, cette partie du fleuve est désignée sous le nom
Río Guainía, dans la continuation et la logique
du Río Guainía qui prend sa source en Colombie.
Au bénéfice du doute, on pourrait se ranger à l'interprétation de la carte
ONC en s'attachant à constater que le premier lieu-dit
après avoir quitté le Casiquiare est dénommé depuis des lustres
San Carlos de Río Negro.
L'inselberg de Cucuí
Nous avons laissé derrière nous ces cas d'école pour observer attentivement
à distance avec nos jumelles la Piedra de Cucuí, une roche émergeante
immense, sombre, de nature granitique, telle un solide mammouth.
Cette région a une géomorphologie caractéristique de type
inselberg4.
Au-delà de Santa Rosa de Amanadona, nous décidions de faire une halte à
Santa Lucia avant d’atteindre la cité garnison de Cucuí.
Des rencontres humaines
À Cucuí, le médecin brésilien Deus de Gomez de Nacimiento
devait devenir notre ami.
J'ai eu l'heureuse surprise de le revoir à Paris deux ans plus tard
pour son stage de chirurgie cérébrale.
Afin de l'aider à améliorer sa compréhension de notre langue,
je m'étais aventuré à l'introduire dans des groupes de relations parisiennes
toujours en quête d'un certain exotisme. Ce dut être un succés car il était
très entouré.
Longitude et latitude
La longitude d’un point [l'angle que fait le méridien de ce point
avec le méridien de Greenwich (0°), mesuré en degrés] est symbolisée
par la lettre grecque θ (theta).
La latitude d’un point [l'angle que fait la verticale d’un point
avec le plan de l'Équateur, mesuré en degrés] est symbolisée
par la lettre grecque φ (phi).
DISTANCE ENTRE DEUX POINTS DE LA SURFACE DU GLOBE
A est le Pôle Nord.
B et C sont deux points de la Terre.
Il existe un triangle ABC qui n’est pas plan,
puisque la surface terrestre est courbe.
Le rayon de la Terre (R) a pour longueur 6366 km
(6 366 000 m).
On appelle θB la longitude
et φB la latitude du point B.
On appelle θC la longitude
et φC la latitude du point C.
La distance entre les deux points est donnée par le calcul :
D =
R arc cos [(sin φB
· sin φC)
+ (cos φB
· cos φC)
· cos (θB – θC)]
Cette formule est donnée pour ceux qui souhaitent faire cette recherche...
Nous, les radioamateurs, nous l'utilisons très couramment pour connaître
la distance qui nous sépare de notre correspondant.
Genista
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Carte de l'Expédition Eldorado complète
Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado
figure à la première page de cette série.
Cucuí, le village aux trois frontières
C'est à Cucuí, poste de contrôle des trois frontières entre la Colombie,
le Venezuela et le Brésil, que nous étions attendus sur la crête de la berge
par les représentants de l'armée brésilienne.
Après un contrôle minutieux de nos passeports, l'accueil fut chaleureux
et nous comprîmes très vite que notre campement était assuré.
Tout près de nos hamacs installés dans une véranda, nous avions le plaisir de
pouvoir cueillir l'excellent fruit maracujá5 et d'avoir
la compagnie d'un jeune singe très agité, curieux de tous nos mouvements.
C'est à Cucuí que nous avons pris conscience que nous naviguions sur
le Río Negro, le "fleuve noir" qui se présente sous un aspect
si différent de celui de l'Orénoque, avec un faible courant et une eau noire
qui apparaissait si pure.
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