GENISTA (1971) : L'EXPÉDITION (CROISIÈRE) "ELDORADO" EN 1979-1980 : [03] LE PETIT VILLAGE DES INDIENS MAQUIRITARÉ.



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Le petit village des Indiens Maquiritaré

Eldorado Exploration (1979-80): [03] The Maquiritarés' village

Le petit village des Indiens Maquiritaré. (Expédition Eldorado, 1979-1980)

Par Jean-Gérard Mathé, Genista Informations, (Exploration)

Le Navigateur, Jean-Gérard Mathé [the Navigator] Le petit village des Indiens Maquiritaré
L'Expédition (Croisière) Eldorado en Amérique latine.
Chapitre 3 :
Le petit village des Indiens Maquiritaré.
Publié dans « Genista Informations » N° 306 de septembre 2004.
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Indien de Quirataré avec son arc et ses flèches

Lutte contre le courant


Les bateaux fendaient une eau de plus en plus sombre et plus acide. Nous avancions péniblement, luttant contre un courant de plus en plus puissant.


Un jeune Indien de Quirataré fait une démonstration
de l'utilisation de son arc et de ses flèches.


Dans son cours supérieur, l'Orénoque se rétrécit sensiblement à la hauteur du Cerro Yapacana sur la rive droite.


Quirataré, rive gauche


Ce fleuve s’est formé et installé dans un massif précambrien d'origine sédimentaire qui a subi au cours des âges une fantastique érosion combinée à des tassements, des effondrements engendrant l'érection de massifs gréseux. Des montagnes au sommet tabulaire comme le Cerro Duida (Photo ci-dessous), dominent toute la région et la vallée qui abrite sur la rive droite le centre de Tama-Tama.

le Cerro Duida

Au bout d’une longue navigation, au détour du fleuve, à près d'un quart d'heure de l'Île Maricapure et un peu en aval de Tama-Tama apparaît, au soir, un village vaguement dissimulé dans la verdure. La carte ne mentait pas : nous étions à Kirataré (Quirataré), un village indien planté sur la rive gauche de l'Orénoque.

C'était typiquement une étape dans une communauté indienne de la tribu des Maquiritaré qui constitue l'essentiel des populations du Haut-Orénoque. Comme la tribu proche des Macos, ce sont des Indiens appréciés pour leurs mœurs douces.

Près d'une dizaine d'habitations tout au plus, nous fûmes surpris par des éclairages électriques, ce qui nous expliqua l'origine d’un bruit de moteur que nous avions perçu lors de notre approche et qui se révéla être un groupe électrogène. C'est l'aide concrète apportée par le gouvernement vénézuélien à cette tribu.

L'accueil fut réservé et timide. Les femmes et les enfants nous observèrent, perchés sur un haut promontoire de rochers granitiques.

Dès l'amarrage, nous engagions le dialogue avec un Indien en commençant par lui expliquer ce que nous faisions et qui nous étions, en déclinant les qualités de chacun d'entre nous.


Le domaine du monstrueux piranha


On indiqua à l'Expédition une case (une churuata) où installer les hamacs, ainsi qu'un lieu où une Indienne nous vendra et nous préparera une poule.

Le contact fut facile et l'Indienne pluma la volaille avec dextérité. Après l'avoir découpée avec une machette, elle lança les abats dans le fleuve.


Les dents d'un piranha  (Dents de piranha) [Opefe]

Nous assistâmes alors au mouvement infernal des piranhas dépeçant en un clin d'œil les résidus sanglants. Le piranha seul est peu dangereux, et le pêcheur imprudent peut s'en sortir au pire avec une extrémité de doigt arrachée. Mais leur attaque se manifeste sous forme de bancs qui passent comme une tornade, s'acharnant sur tout ce qui est sanguinolent. Ces bancs de poissons insatiables restent encore la véritable angoisse des éleveurs de troupeaux qui traversent les rivières.

Ce petit poisson assez épais comporte deux espèces : les noirs (Pygocentrus piraya) et les rouges (Pygocentrus nattereri), les plus voraces au nom indien de Caribe. Les Indiens se servent des dents de piranhas pour couper leurs cheveux.


Hors de la civilisation


En décidant de faire une étape à Kirataré, nous avions très vite compris qu'une chance s'était présentée à nous en nous permettant d'avoir un premier véritable échange avec une tribu indienne protégée de toute pression de la civilisation.

Le dîner se déroula sous le regard amical de quelques Indiens, au centre de la grande churuata, vaste espace fermé par de légères cloisons de troncs de chikichiki, une sorte de palmier exploité pour ses fibres et servant à la confection des hamacs. Malgré l'incontournable charge des moustiques, la nuit se passera fort bien.

Au petit matin, avant le départ, une barque, chargée d’une cueillette d'ananas et de bananes, essayait de rejoindre avec difficultés notre rive.

Deux jeunes Indiens revenaient de la forêt et nous présentèrent leur matériel de chasse et de pêche : des arcs nantis de flèches, les unes pour les gros poissons, les autres pour le gibier.

Mais c'est surtout de poissons que se nourrissent les Indiens du Haut-Orénoque.

Quant à l'agriculture vivrière, elle se résume pour l'essentiel à la culture de tubercules de manioc par écobuage. Il s'agit de mettre à nu le sol en arrachant les arbres qui sont ensuite brûlés pour fertiliser la terre avec les cendres. Ce manioc amer sert à la confection de la yucca, une sorte de galette qui est la base de la nourriture.



Carte : Le cours de l'Orénoque jusqu'à l'Amazone

Le jour de la yucca dans le tipiti


Cliquer sur la carte pour l'agrandir. (Click on the map to enlarge it).

Nous avions eu la chance de tomber le jour de la préparation de la yucca1.

Les tubercules de manioc récoltés sont broyés en farine d'aspect jaunâtre mise à décanter dans une grande nasse en vannerie appelée tipiti. Par gravitation, la farine se purifie et élimine sa toxicité due à la présence d'acide prussique. Étalée ensuite sur de vastes plats en fer, elle est cuite sur un feu de bois bien nourri. Puis l'épaisse galette ainsi obtenue est séchée au soleil sur des claies confectionnées à l’aide de troncs d'arbres.

Le médecin de l'Expédition en avait profité pour examiner les bébés et distribuer quelques médicaments de base et d'autres produits de pharmacie.

Dans cette tribu, les enfants semblaient déjà préoccupés par des tâches assurant leur survie. Très tôt, ils doivent acquérir le savoir qui leur est transmis oralement et par l'exemple. Leurs jeux consistent à pêcher et chasser dans des petits canoës monoxyles2 taillés à la machette directement dans un tronc d'arbre creusé et durci au feu. Ces embarcations, modèles réduits de celles de leurs parents, leur permettent de se risquer sur les petits ríos igarapés3 afin d’apprendre la vie des hommes.



Fabrication de la yucca de manioc Poison ou aliment ?

Le manioc est riche en hydrates de carbone et en acide cyanhydrique (HCN) aussi appelé acide prussique, un poison extrait par les Amérindiens pour y tremper les pointes de lances et de flèches. Il existe deux espèces de manioc : le manioc amer (Manihot utilissima) et le manioc doux (Manihot opi).

Tandis que le manioc doux peut être épluché et consommé cru, le manioc amer doit être lavé et bouilli afin d'éliminer l'acide cyanhydrique. Cela est fait dans le tipiti.

Le tipiti est un panier cylindrique flexible tressé, fabriqué en écorce de palmier jacitara, principalement par les Indiens Tupis d'Amérique du Sud. Le tapioca est issu de la fécule nettoyée et lavée, chauffée sur de grandes plaques de fer. Aujourd'hui, des machines spéciales remplacent le tipiti.

La fécule de manioc entre dans la fabrication de cosmétiques, de colles, de détergents et même de papiers. Le tapioca est utilisé dans les puddings, bonbons et biscuits. On fabrique également une bière très forte à partir du jus de manioc fermenté.


Photo : Fabrication de la yucca, galette de farine de manioc,
dans le village indien de Quirataré, au bord de l'Orénoque.
Genista

Carte de l'Expédition complète


Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à la première page de cette série.


Tama-Tama, porte du Brazo Casiquiare


La dernière étape sur l’Orénoque devait être Tama-Tama où s'était installée une importante Mission évangéliste qui nous accorda une grande hospitalité. Elle s'investit notamment dans l'assistance médicale aux tribus indiennes de la région du Cerro Duida.

La communication avec ces tribus s'améliore et tous les efforts qui sont réalisés par cette Mission semblent porter leurs fruits.

Le chef de la Mission était fier du dictionnaire maquiritaré-espagnol qu'il venait de faire éditer à Caracas.

Ce fut une étape obligée pour un approvisionnement en carburant avant l'entrée dans le bassin de l’Amazone par le canal naturel, le Brazo Casiquiare.

Tous les membres de l'Expédition ont regretté de ne pouvoir remonter plus en amont l'Orénoque jusqu'à Esmeralda où se trouvaient des tribus guerrières Indios Bravos qui connaissent leur territoire de palmier à palmier.

Mais ce n'était pas prévu au programme, et cela nous éloignait trop de l’objet de l'expédition.

Il fallait rejoindre sans attendre le bassin de l'Amazone.






Notes de la page

— 1 Yucca (ou yuca) : galette à base de farine de manioc, aussi appelée cassave.

— 2 Monoxyle : réalisé dans une seule pièce de bois.

— 3 Igarapé : petit bras de rivière.



UNE VOIE NAVIGABLE DU BASSIN DE L'ORÉNOQUE AU BASSIN DU PARAGUAY-PARANÁ ?



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