Une contrée où règne l'animal
Cette première partie de l'expédition dans le Bas Orénoque
se déroula normalement sur 1000 km, avec des campements plus ou moins
accessibles.
L'Expédition Eldorado :
les trois bateaux pneumatiques Zodiac équipés
(deux Zodiac de 4,20 m
et un de 4,90 m) avec, au centre, Jean-Gérard Mathé.
Après avoir passé Ciudad Guayana et Ciudad Bolivar,
nous laissions derrière nous une zone portuaire active
et nous entrions dans une contrée déserte, plus sauvage,
où l'animal règne sans partage...
Des Indiens et des villages
Un premier contact avec les dauphins d'eau douce au niveau du
village indien de Las Bonitas avait émerveillé toute l'équipe. Depuis, nous
nous étions familiarisés avec ces dauphins et lamantins (ou botes),
animaux sacrés des Indiens, qui nous accompagnaient dans un ballet incessant.
C'est à la hauteur de Caicara que nous avons essuyé le
premier orage violent à même la nature avec, pour toute protection, une bâche
que l'on essayait de hisser sur les bateaux par les moyens du bord.
Protégés des risques d'inondations, la plupart des villages
se situent sur les escarpements de la rive droite de l'Orénoque qui entaille
les reliefs des hauts massifs guyanais.
À La Urbana, une communauté à dominante plus noire
qu'indienne fut surprise par notre arrivée. Sans doute avait-elle un peu pitié
de nous, et elle nous réserva un accueil chaleureux en facilitant notre
campement sur la rive escarpée et très humide de l'Orénoque.
Dans le Bas Orénoque l'aspect jaunâtre des eaux
du fleuve à éléments fortement basiques nous incitait à bien traiter l'eau
de boisson. Les autochtones qualifient l'eau du bas Orénoque de color de
Fanta, couleur de soda à l'orange.
Moustiques et insectes omniprésents
Nous avions très vite compris que dans cet immense espace où
la faune et la flore vivaient en symbiose, le danger permanent représenté par
les grands félins, les caïmans ou les serpents ne constituait pas le principal
désagrément. L'enfer en Amazonie, c’est l'omniprésence des moustiques
et les fourmis rouges voraces. Toutes les soirées et les nuits de cette partie
de l'expédition, nous avons eu droit aux agressions d'insectes de toutes
sortes peu sensibles aux protections et à toutes les ruses ou parades que
l'on pouvait imaginer.
Puerto Ayacucho et ses rapides
Cliquer sur la carte pour l'agrandir. (Click on the map to enlarge it).
Au fur et à mesure que l'Expédition s'enfonçait
plus avant, la nature semblait se refermer sur son passage et elle se
confrontait inexorablement à la véritable aventure. L'hostilité des lieux
se manifestait déjà avec des forêts impénétrables, des accès aux berges
difficiles, des bancs de sables et des rochers à peine camouflés sous l'eau
et déchirant les hélices.
Puerto Ayacucho, la capitale du territoire fédéral d'Amazonie,
était une étape obligatoire compte tenu de la topographie du site. Les repérages
des rapides en amont de Puerto Ayacucho effectués par avion et sur imagerie
satellitaire ne nous laissaient aucune chance pour continuer par voie d'eau.
Nous avions néanmoins tenté en vain de franchir un premier rapide sous le
regard inquiet de la caméra. Mais cette tentative s'était vite révélée
déraisonnable.
Par ailleurs, des impératifs administratifs ne pouvaient être
contournés car nous devions obtenir du Gouverneur du Territoire Amazonas un
laissez-passer officiel pour pénétrer dans le Haut Orénoque, ce qui devait
conditionner la poursuite de notre expédition. Celui-ci nous l'accorda et
organisa en notre honneur dans sa résidence une superbe soirée folklorique.
Cette attention du Gouverneur marquait l'événement qui
avait pris un caractère diplomatique. Il est vrai que ce sésame pour pénétrer
dans l'Amazonie vénézuélienne, nous le devions à une intervention discrète
de notre Ambassadeur de France à Caracas.
Portage jusqu'à Samariapo
La balise Argos que le Centre spatial m'avait confiée
pour en assurer l'expérimentation en première continentale dans des régions
tropicales n'a pas résisté au degré hygrométrique très élevé et a rendu
l'âme à cette étape.
Cet incident technique était prévisible mais fut sans conséquence
pour la sécurité des membres de l'Expédition.
Peu importe, il fallait continuer et rejoindre par portage
Samariapo, un petit port de baraquements situé 65 km plus loin, qui nous
ouvrait la voie du Haut-Orénoque.
Samariapo, ce fut le souvenir d'une chaleur torride, d'un
orage nocturne qui, de nos hamacs installés sous un hangar fragile, nous
paraissait être un véritable déluge.
Les ballets de lucioles s'illuminaient autour des hamacs sur
un fond de forêt tropicale et semblaient nous protéger de l’assaut des jen
jen, une sorte de petites mouches voraces très présentes cette nuit.
Le système Argos
Le système Argos marque
une étape technologique de première importance dans la géolocalisation. C'était,
à la fin des années 1970, une grande première mise en œuvre par le Centre
National d'Études Spatiales (CNES) sis à Toulouse (France).
L'Expédition Eldorado a utilisé, pour la première fois sur terre, ce système en
Amazonie à l'automne 1979.
Les deux satellites
d'acquisition gravitent à 830 et 870 km d’altitude
(± 18 km), sur une
orbite passant au-dessus des Pôles, en faisant un tour toutes les
101 minutes. Ils sont décalés de 60° l’un par rapport à l’autre.
Chaque satellite « voit » un cercle de
5000 km de diamètre qui est décalé de 25° (soit 2800 km
à l’Équateur) à chaque passage, couvrant la Terre en 24 h. Les données
sont transmises sur la fréquence UHF de 401,65 MHz
pendant près d’une seconde environ, une fois par minute.
Genista
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Le Haut-Orénoque
Après avoir revu l'état nos embarcations de caoutchouc,
nous nous engagions fièrement dans la remontée du Haut-Orénoque déjà parsemé
de quelques rapides (raudales) facilement franchissables à cette saison
des hautes eaux.
Le fleuve, qui coule déjà à une altitude de l'ordre de 120 m,
reste encore large jusqu'à l'étape de Santa Bárbara et de Macuruco,
deux lieux-dits assez proches qui se situent au confluent avec le Rio Ventuari.
Nous avions eu l'heureuse surprise d'y trouver un petit centre médical (une
simple réserve de médicaments et de matériel de première urgence) et un peu
plus loin, une station météo sommaire. Un agronome en poste qui assurait
toutes les mesures, essayait de réimplanter l'hévéa dans la région.
Un conflit...
Dans les années 1993-1994, un
conflit qui durait depuis longtemps à Santa Bárbara éclata
avec beaucoup de violence.
Le tourisme, qui colonise les rives de l'Orénoque, avait installé un camp
Safari pour touristes à Santa Bárbara.
Les Indiens portèrent plainte contre le camp qui avait pris leurs terres.
Un incendie avait
"mystérieusement" détruit un village d'Indians Piaroa.
La communauté d'Indiens Baniba, à Macuruco, et la communauté voisine
d'Indiens Guahibo — qui ont un titre de propriété délivré
par le National Agrarian Institute depuis 1976 —
réagirent en commun.
Elles affirmèrent que leurs terres avaient été clôturées
au profit du camp Safari.
Les Autorités locales et le Bureau des Droits de l'Homme
de l'Église catholique affirmèrent, de leur côté, que le Gouverneur
avait pris le parti du camp.
C'était une quinzaine d’années après l'Expédition Eldorado...
Genista
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Carte de l'Expédition complète
Le parcours intégral de l'Expédition Eldorado figure à
la première page de cette série.
Silence et beauté d'une nature envoûtante
À ce stade de notre progression, nous avions déjà perçu
chez chacun d’entre nous l'acquis d'une expérience qui nous mènerait au
bout de notre mission.
Le Haut-Orénoque est un paradis, une nature grandiose et émouvante
par son silence et la beauté de sa flore et de sa faune. Mais malgré ce
spectacle magnifique, nous percevions que ces régions étaient promises
à un dépeuplement et à un exode vers les centres urbains les plus proches.
La loi de survie qu'elles imposent à l'homme est d'une rigueur peu supportable.
Face à ce drame qui vide notamment les zones frontalières,
le gouvernement vénézuélien développe des efforts pour tenter de fixer
les populations. Il assiste les Indiens en leur fournissant du matériel
pour affronter la nature, et en déléguant des aides infirmiers issus
de la même tribu.
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