Où allons-nous, M. le Président de la République ?
Monsieur le Président,
J'ai regardé à la télévision le match de football qui opposait l'Eire à la France1.
J'ai constaté comme tous les téléspectateurs qu'avant la rencontre nos joueurs avaient porté la main sur le cœur.
Leur visage était grave, digne, et on sentait que ce geste inhabituel avait une portée symbolique précise. Puis j'ai
appris que leur comportement était consécutif à une communication téléphonique que vous aviez eue avec leur capitaine,
Zinedine Zidane. Celui-ci, prenant acte de votre souhait, avait informé les autres joueurs, ce qui nous avait valu
ces instants émouvants pendant que retentissait l'hymne national. On en avait presque les larmes aux yeux.
La manifestation de camaraderie à laquelle ils nous avaient précédemment habitués était remplacée par une prise de
conscience d'un moment solennel.
Hélas, il a fallu vite retomber sur terre ! La communication téléphonique était un canular ! Alors que
le plaisantin qui avait imité votre voix au téléphone se pavanait à la télévision, alors que les présentateurs
de différentes chaînes dissimulaient difficilement leur sourire, j'ai ressenti en moi un immense découragement.
Je n'étais pas choqué, je n'étais pas en colère, j'étais désorienté, isolé, j'avais perdu mes repères. Cet homme
a tué en moi un élément vital dont il ignore l'existence : le respect. Le respect que l'on doit à autrui,
le respect que l'on doit au Président de la République, le respect que l'on doit à l'hymne national, le respect
que l'on doit à Monsieur Zidane et à tous ses équipiers qui nous ont fait vivre des instants inoubliables ce jour-là.
Je sais que moins on en parlera et plus vite cet incident sera oublié. Mais profiter de votre hospitalisation
pour ridiculiser tant de monde, et obtenir ainsi quelques minutes d'antenne sur des chaînes nationales, c'est bien
mettre en évidence l'état de délabrement dans lequel s'enfonce la France que vous représentez.
Je ne vous demande pas de réagir, ni de punir, mais de constater seulement que notre avenir s'assombrit un peu
plus chaque jour.
Où allons-nous, Monsieur le Président ?
1 Le 07 septembre 2005.
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