GENISTA (1971) : LA PAGE D'ALBERT N° 100 : TV (TÉLÉVISION) : ARRÊTEZ LE MASSACRE ! ("GENISTA INFORMATIONS")



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TV (Télévision) : arrêtez le massacre !

Stop the TV massacre — 'La Page d´Albert'

Arrêtez le massacre de la TV — « La Page d'Albert » N° 100 [Genista Informations]

Par Albert Callis, professeur de Médecine (Rubrique Journal)

Plume d'oie pour 'La Page d'Albert' TV (Télévision) : Arrêtez le massacre !

© Genista — Paru dans le N° 179 du Journal de Genista en janvier 1992.
("Genista Informations" : ISSN 0760-1484).
  


TV (Télévision) : Arrêtez le massacre !



Il paraît que c'est la centième fois que j'écris la Page d'Albert. Le hasard veut que cela coïncide avec les vingt ans de Genista. Je suis étonné d'avoir eu tant de choses à dire. Si certains m'ont lu avec plaisir, je peux penser avoir servi à quelque chose. Mais écrit-on pour être lu ou pour se faire plaisir ?

De toutes façons, je n'en veux pas à ceux qui, ayant reçu Genista Informations, n'ont pas eu envie de parcourir cette page dans laquelle je vous livre des réflexions personnelles. Je les excuse car la lecture n'est plus de mode. On lit un titre, un résumé, les caractères gras, et c'est tout. Nous sommes passés à l'époque du triomphe de l'image.

La télévision est souveraine. Ah, l'image est très belle ! Les couleurs, le mouvement, le son même en stéréo, et si ça ne vous plaît pas, zap ! — ou zip !, je ne sais plus — mais il y a une petite boîte avec un petit bouton sur lequel il suffit d'appuyer. Vous passez d'une publicité sur les biscuits à une sur des voitures. Re-zap ! et vous voilà devant un chien qui ne mange rien d'autre que cette fameuse conserve dont j'ai oublié le nom. Des roues tournent et des candidats s'enrichissent. Un public, que l'on ne voit jamais, applaudit à tout rompre. Vous ne voyez pas souvent ces braves gens puisqu'ils n'y sont pas. Ce sont des applaudissements enregistrés à l'avance.

C'est comme les comiques. Écoutez le public rire de bon cœur. Mais qui donc rigole ainsi ? Personne ! Ce sont des rires achetés. D'ailleurs, ils sont souvent décalés par rapport aux drôleries de l'artiste. Forcément, la synchronisation n'est pas toujours parfaite. Vous vous voyez engagés pour rire dans un studio avec d'autres personnes à cent francs de l'heure ? Comment font-ils pour sélectionner les rieurs ? J'imagine la scène : « Riez, Monsieur... Plus fort... bien... moins fort... bien, bien... deux éclats de rire successifs, bien... deux rapprochés... Merci. Vous êtes engagé. Vous viendrez rire demain matin à huit heures. Au suivant ».

Voyez-vous, mes amis, pour ma centième page, j'ose espérer que celui qui l'aura lue aura évité, pendant sa lecture, l'une de ces horribles émissions. Ils font tout pour vous égarer, pour vous obliger à choisir la lessive qu'ils fabriquent, la confiture qu'ils fabriquent, les voitures qu'ils fabriquent et les télés que vous achèterez dès que la vôtre sera démodée. Ils sont tellement mieux, ces films qui ressemblent à une ceinture en travers de votre écran, sans arriver ni en haut ni en bas, justement là où on vous a mis les coins carrés, ce progrès que l'on a tant vanté et qui vous a coûté si cher ! Et pourtant, ils étaient fantastiques sur l'écran du cinéma.

Et pendant que vous regardez cette roue qui tourne ou ces villes qui s'affrontent par jeux interposés avec piscines et vachettes, que l'angoisse vous prend de ne pas encore savoir si Marseille a gagné et Monaco fait match nul alors que toutes les rencontres sont terminées depuis une minute, pendant ce temps le dernier oiseau chante sur la dernière branche du dernier arbre de la dernière forêt, et le dernier poisson broute l'algue toxique !

Arrêtez cette télé, je vous en supplie. Ouvrez vos fenêtres, sauvez la nature, les oiseaux, les fleurs. Sentez l'odeur du vent, laissez-le caresser votre visage : il vient de loin pour vous. Au début, vous serez surpris, les couleurs seront moins belles que sur le petit écran, les bruits seront confus, un peu brouillés par l'ivresse du plaisir que vous allez ressentir.

Et puis, si vous en avez soudain envie, applaudissez très fort la nature, le soleil, la beauté, la vie. Je suis sûr que la petite herbe qui a surgi entre deux pavés, deux voitures et trois crottes de chien, juste devant ma porte, en frissonnera de joie.





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