La morale à l'école
La France n'est plus ce qu'elle était, les voyous prolifèrent, les enfants n'écoutent plus, la drogue
nous envahit. Tous ceux qui ont "un certain âge" se plaignent ainsi de la vie actuelle, pensant avec nostalgie aux
grands Principes que leurs parents et grands-parents leur avaient appris. Et puis, disent-ils, il y avait des cours
de Morale à l'école !
J'ai eu envie de me pencher un peu sur cette Morale, et je dois dire que j'ai été un peu déçu. Je ne souhaite pas
qu'on l'enseigne ainsi à mes petits-enfants. Il faut donc revoir la Morale, l'actualiser pour notre fin de siècle pour que
enfants et parents puissent l'accepter.
Les lois, en 1922, n'étaient heureusement pas les mêmes qu'en 1986. Jugez-en :
si les enfants de 6 à 13 ans étaient trop souvent absents, la Commission scolaire pouvait ordonner
l'affichage du nom des parents à la porte de la mairie et si cette absence se renouvelait, le juge de paix pouvait
condamner les parents à une amende de 1 à 15 francs ou à un emprisonnement de 15 jours au plus... vous voyez déjà
la tête que feraient les parents d'élèves si une telle loi était appliquée de nos jours !
Du point de vue "amour de la Patrie" c'était également un peu abusif. Il est vrai qu'il y avait trois
ans d'armée active, 7 ans d'armée territoriale suivis de 7 ans de réserve. Je pense que nos enfants de 13 ans à qui
auraient été destinés ces textes moralisateurs, devraient dissimuler leur sourire à propos d'une chanson militaire :
"Braves petits enfants, apprenez bien cette fière chanson et qu'elle revienne dans votre mémoire et sur vos
lèvres, à l'heure où, dans le combat, vos officiers, levant leur épée, crieront : En avant !"
À propos d'un soldat qui est allé trois fois sous les boulets de l'ennemi et à qui on donne
l'ordre d'y aller une quatrième : "J'irai mais je serai tué" dit-il. Il y alla et eut le bras fracturé
d'un coup de canon. Il revint et se contenta de dire à l'officier : "Je vous l'avais bien dit".
On dut l'amputer... La morale de cette histoire insiste sur l'absence de colère du soldat : "Enfants, vous serez
soldats. Vous ferez votre devoir comme ce brave homme, simplement, sans peur et sans plainte..."
Je ne veux pas être de mauvaise foi. Il y avait dans ce petit livre de très belles maximes. Je pense qu'elles
sont encore d'actualité : "Le bonheur ne consiste pas à posséder beaucoup mais à se contenter de peu."
(Qu'est-ce qu'il y a comme gens heureux autour de moi !) — "L'obéissance est la plus belle vertu des
enfants." — "Qui aime labeur parvient à honneur."
Oui, bien sûr, mais... il vaut quand même mieux revoir la Morale avant de la remettre à la mode, c'est plus
prudent, croyez-moi. Nous pourrions proposer de créer, par exemple, une Haute Autorité de la Morale, pourquoi pas.
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