Pochette surprise
À part l'ergot, rien ne distingue le mâle
de la femelle : mamelles, testicules et pénis, qu'on est en
mesure d'entrevoir chez n'importe quel animal à poils,
ne sont pas visibles. À l'extrémité postérieure de leur
corps, un seul orifice à la fois anal, urinaire et génital
est le débouché d'un cloaque
où aboutissent l'intestin, l'urètre et les conduits génitaux,
comme chez les Reptiles et les Oiseaux ! Le mâle
possède un pénis bifide de 5 à 7 cm — mais il est logé
dans son cloaque — et des testicules intra-abdominaux. La
femelle n'a pas de tétines. Ovaire et oviducte droits sont
réduits et non fonctionnels.
Un ballet aquatique
Au printemps, pendant une parade
nuptiale de plusieurs jours, le couple nage et plonge en
exécutant des cercles, sans violence, le mâle pinçant la queue
de la femelle consentante avec son "bec". Au moment de
l'accouplement, le mâle s'agrippe sur le dos de
la femelle, au niveau de la taille et passe naturellement sa
queue sous la sienne pour insérer son pénis dans son cloaque.
Un animal à poils... qui pond des œufs !
La femelle pond en général deux œufs
de 14 à 15 mm dans le nid d'herbes mouillées qui empêche
leur dessèchement, au fond d'un terrier de 6 à 18 m qu'elle
a creusé spécialement. Les œufs, en sortant par le
cloaque, reçoivent, par infiltration à travers la coquille
parcheminée, des éléments nutritifs fournis par la mère. Les
coquilles gluantes de ces œufs se collent l'une à l'autre
au contact du corps chaud de la mère.
Pendant les 7 à 14 jours d'incubation,
la mère maintient ses œufs au chaud contre son estomac grâce
à sa queue pelotonnée et ne mange rien pour ne pas quitter le
nid. En fin de couvaison seulement, elle fera un plongeon pour se
lustrer le poil.
Les bébés miniatures ne tètent pas
Les petits sortent des œufs contigus en ouvrant la coquille à l'aide
d'une "dent de l'œuf"
qui tombe après la naissance.
De minuscules ornithorynques roses, longs de 14
à 18 mm, apparaissent. Ils sont aveugles et ne se nourrissent
pas pendant les premiers jours.
La mère les quitte de temps en temps pour se ravitailler.
La mère n'ayant pas de tétines,
les petits excitent la peau de son ventre à l'aide
d'un petit bourgeon de chair ou caroncule
situé sous leur "bec" et, étrangement, du lait venant
de cent à deux cents glandes mammaires tubulaires formant
un amas de 15,5 cm de long sous la peau, commence à suinter par
autant de pores indépendants.
Les petits sucent les pinceaux de
poils qui guident le lait. Pendant cet allaitement particulier,
la mère mange son propre poids en aliments par jour pour
fabriquer un lait contenant 60 fois plus de fer et 4 fois plus d'aliments
solides que le lait de vache, si bien que, en 17 semaines, les
petits atteignent 30 cm et s'aventurent à l'extérieur
du nid avec leur mère pour apprendre à nager et à chasser.
Ils atteindront leur maturité sexuelle à deux ans.
L'inventaire
L'ornithorynque, petit animal docile et
insouciant a été un sérieux objet de polémiques pour les
savants zoologistes car il réunit des caractères qui le
rapprochent à la fois des Reptiles, des Oiseaux
et des Mammifères, sans quon puisse le classer dans
lun ou lautre groupe.
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Caractères reptiliens
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Caractères mammaliens
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• Cerveau sans connexion nerveuse entre les hémisphères
cérébraux comme chez les Mammifères évolués.
• Pas de sommeil paradoxal et
pas de rêves contrairement aux animaux à sang chaud.
• Cloaque avec un seul orifice.
• Pénis et testicules internes.
• Oviparité.
• œufs à coquille parcheminée
comme celle d'un lézard, le jaune étant identique
à celui d'un œuf d'oiseau.
• Dent de l'œuf.
• Pattes positionnées latéralement
et démarche rampante.
• Ceinture scapulaire avec
une articulation archaïque.
• Ergots venimeux qui sont l'équivalent
des crochets du crotale avec un canal mais un venin moins
dangereux.
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• Crâne avec os soudés.
• Vraies dents chez le jeune, remplacées chez l'adulte
par des plaques cornées qui jouent le rôle d'une
vraie denture : arête coupante vers l'avant,
surface aplatie, molariforme et broyeuse vers l'arrière.
Dentelures calleuses sur la mâchoire inférieure pour
rejeter les parties non comestibles.
• Cerveau plus grand que
celui des Mammifères primitifs. Lobes olfactifs développés.
• Cortex cérébral développé :
permet de tirer profit de l'expérience acquise.
• Oreille moyenne à trois
osselets et oreille interne plate mais de mammifère.
• Glandes mammaires produisant
du lait.
• Pattes antérieures palmées
identiques à celles de la loutre.
• Poils sur la peau.
• Cœur évolué, à 4 cavités.
• Cage thoracique fermée par un diaphragme.
• Larynx, mais sans cordes
vocales. Émission d'un grondement semblable à
celui d'un chiot.
• Réglage de la température
interne dans une certaine mesure.
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Sa classification
La dominance des caractères mammaliens fait qu'on
ne peut pas le ranger ailleurs que dans la Classe des Mammifères.
Il a fallu cependant le distinguer des Mammifères
actuels qui ne sont pas ovipares mais vivipares. Ils sont réunis
dans la Sous-Classe des Thériens : les
Euthériens, comme nous, ont un placenta, et les Métathériens,
comme les Marsupiaux, n'ont pas de
placenta. L'embryon se développe à l'extérieur de l'appareil
génital, dans la poche placentaire, accroché à une mamelle.
Les ornithorynques, comme les échidnés,
sont des Mammifères primitifs que l'on
a rangés dans la Sous-Classe des
Protothériens
puisqu'ils sont ovipares et possèdent donc un seul orifice :
ce sont des Monotrèmes.
Des fossiles secourables
Quelques restes d'ornithorynques ont été découverts tardivement.
En Australie d'abord, en 1971, une dent du Miocène
supérieur (6 millions d'années) puis, en 1984, un crâne
avec une denture complète du Miocène inférieur (15 millions
d'années) et enfin, une mâchoire à 3 dents du Crétacé
inférieur (120 millions d'années). En 1992, c'est
la découverte étonnante d'une dent du Miocène supérieur
en Amérique du Sud, à 850 km au sud de Buenos Aires.
Cela montre bien que l'Australie était
reliée à l'Amérique du Sud par l'Antarctique, à
climat tempéré, il y a 135 millions dannées et confirme
la théorie de la tectonique des plaques de Wegener.
De nombreux fossiles de Reptiles à
traits mammaliens, prémammifères, du Jurassique (180 à 160 millions
d'années) ont été trouvés, témoins des
premiers Mammifères véritables divisés en quatre
groupes dont il ne subsiste que celui des Thériens, marsupiaux
et placentaires, depuis 60 millions d'années.
Ils permettent de situer la séparation d'avec
le groupe des Reptiles à 280 millions d'années, à
la fin de l'ère primaire, au Permien.
Mon Dieu ! C'est une histoire de l'autre monde !
Les ornithorynques, datés de 135 millions d'années, sont
considérés :
— comme des reliques
faisant le lien entre les
Reptiles mammaliens et les Mammifères
Thériens
— et comme des
relictes1
car, vivant dans un habitat limité, stable, où la compétition
est faible, ils ont évolué moins vite que les Mammifères
dans leur mode de reproduction et leur squelette.
1 Relicte : ici, population en situation isolée
en discordance avec les caractéristiques actuelles du milieu et témoignant
d'une modification ancienne de celui-ci.
— Attention à ne pas confondre
relicte et relique,
ce dernier terme désignant plutôt
une population ancienne ayant peu évolué.
Les ornithorynques se sont spécialisés
dans leur alimentation et parfaitement adaptés à leur mode de
vie, ils n'ont pas rencontré d'adversaires dans leur
territoire, s'y sont retranchés et ont survécu en
traversant les temps géologiques sans aucune modification.
Ainsi, chez eux, les caractères spécialisés masquent les
caractères primitifs.
Au secours !
Au secours !
Dans la deuxième moitié du
19e siècle, les ornithorynques ont été chassés pour leur
fourrure, pris dans des nasses pour alimenter les zoos où leur
fragilité les faisait mourir.
Des mesures ont été tardivement prises pour les protéger. Ne
soyons pas acteurs de la disparition de ce témoin vivant de l'évolution
des Mammifères> à travers les temps géologiques.
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