GENISTA (1971) : L'ORNITHORYNQUE : UN ANIMAL DÉRANGEANT ("GENISTA INFORMATIONS")



Logo Genista, fondé en 1971

L'ornithorynque [2]

The platypus : a troubling animal

Un animal dérangeant

Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 282, avril 2002 (Étranges animaux)


Ornithorynque (Platypus) : dessin
Comme pour tromper d'emblée son observateur, aussi savant soit-il,
l'ornithorynque, poilu, arbore un "bec" façon bec de canard
et, qui plus est, il sème la paniquebr
dans l'esprit des plus curieux qui s'attèlent
avec opiniâtreté à comprendre sa physiologie et son origine.
  

Pochette surprise


Appareil génital de l'ornithorynque

À part l'ergot, rien ne distingue le mâle de la femelle : mamelles, testicules et pénis, qu'on est en mesure d'entrevoir chez n'importe quel animal à poils, ne sont pas visibles. À l'extrémité postérieure de leur corps, un seul orifice à la fois anal, urinaire et génital est le débouché d'un cloaque où aboutissent l'intestin, l'urètre et les conduits génitaux, comme chez les Reptiles et les Oiseaux ! Le mâle possède un pénis bifide de 5 à 7 cm — mais il est logé dans son cloaque — et des testicules intra-abdominaux. La femelle n'a pas de tétines. Ovaire et oviducte droits sont réduits et non fonctionnels.



Un ballet aquatique


Au printemps, pendant une parade nuptiale de plusieurs jours, le couple nage et plonge en exécutant des cercles, sans violence, le mâle pinçant la queue de la femelle consentante avec son "bec". Au moment de l'accouplement, le mâle s'agrippe sur le dos de la femelle, au niveau de la taille et passe naturellement sa queue sous la sienne pour insérer son pénis dans son cloaque.



Un animal à poils... qui pond des œufs !


La femelle pond en général deux œufs de 14 à 15 mm dans le nid d'herbes mouillées qui empêche leur dessèchement, au fond d'un terrier de 6 à 18 m qu'elle a creusé spécialement. Les œufs, en sortant par le cloaque, reçoivent, par infiltration à travers la coquille parcheminée, des éléments nutritifs fournis par la mère. Les coquilles gluantes de ces œufs se collent l'une à l'autre au contact du corps chaud de la mère.

Pendant les 7 à 14 jours d'incubation, la mère maintient ses œufs au chaud contre son estomac grâce à sa queue pelotonnée et ne mange rien pour ne pas quitter le nid. En fin de couvaison seulement, elle fera un plongeon pour se lustrer le poil.



Les bébés miniatures ne tètent pas


Les petits sortent des œufs contigus en ouvrant la coquille à l'aide d'une "dent de l'œuf" qui tombe après la naissance.

De minuscules ornithorynques roses, longs de 14 à 18 mm, apparaissent. Ils sont aveugles et ne se nourrissent pas pendant les premiers jours.
La mère les quitte de temps en temps pour se ravitailler.

La mère n'ayant pas de tétines, les petits excitent la peau de son ventre à l'aide d'un petit bourgeon de chair ou caroncule situé sous leur "bec" et, étrangement, du lait venant de cent à deux cents glandes mammaires tubulaires formant un amas de 15,5 cm de long sous la peau, commence à suinter par autant de pores indépendants.
Les petits sucent les pinceaux de poils qui guident le lait. Pendant cet allaitement particulier, la mère mange son propre poids en aliments par jour pour fabriquer un lait contenant 60 fois plus de fer et 4 fois plus d'aliments solides que le lait de vache, si bien que, en 17 semaines, les petits atteignent 30 cm et s'aventurent à l'extérieur du nid avec leur mère pour apprendre à nager et à chasser.

Ils atteindront leur maturité sexuelle à deux ans.






L'inventaire


L'ornithorynque, petit animal docile et insouciant a été un sérieux objet de polémiques pour les savants zoologistes car il réunit des caractères qui le rapprochent à la fois des Reptiles, des Oiseaux et des Mammifères, sans qu’on puisse le classer dans l’un ou l’autre groupe.



Caractères reptiliens Caractères mammaliens

• Cerveau sans connexion nerveuse entre les hémisphères cérébraux comme chez les Mammifères évolués.

• Pas de sommeil paradoxal et pas de rêves contrairement aux animaux à sang chaud.

• Cloaque avec un seul orifice.

• Pénis et testicules internes.

• Oviparité.

• œufs à coquille parcheminée comme celle d'un lézard, le jaune étant identique à celui d'un œuf d'oiseau.

• Dent de l'œuf.

• Pattes positionnées latéralement et démarche rampante.

• Ceinture scapulaire avec une articulation archaïque.

• Ergots venimeux qui sont l'équivalent des crochets du crotale avec un canal mais un venin moins dangereux.

• Crâne avec os soudés.

• Vraies dents chez le jeune, remplacées chez l'adulte par des plaques cornées qui jouent le rôle d'une vraie denture : arête coupante vers l'avant, surface aplatie, molariforme et broyeuse vers l'arrière. Dentelures calleuses sur la mâchoire inférieure pour rejeter les parties non comestibles.

• Cerveau plus grand que celui des Mammifères primitifs. Lobes olfactifs développés.

• Cortex cérébral développé : permet de tirer profit de l'expérience acquise.

• Oreille moyenne à trois osselets et oreille interne plate mais de mammifère.

• Glandes mammaires produisant du lait.

• Pattes antérieures palmées identiques à celles de la loutre.

• Poils sur la peau.

• Cœur évolué, à 4 cavités.

• Cage thoracique fermée par un diaphragme.

• Larynx, mais sans cordes vocales. Émission d'un grondement semblable à celui d'un chiot.

• Réglage de la température interne dans une certaine mesure.



Sa classification


La dominance des caractères mammaliens fait qu'on ne peut pas le ranger ailleurs que dans la Classe des Mammifères.

Il a fallu cependant le distinguer des Mammifères actuels qui ne sont pas ovipares mais vivipares. Ils sont réunis dans la Sous-Classe des Thériens : les Euthériens, comme nous, ont un placenta, et les Métathériens, comme les Marsupiaux, n'ont pas de placenta. L'embryon se développe à l'extérieur de l'appareil génital, dans la poche placentaire, accroché à une mamelle.

Les ornithorynques, comme les échidnés, sont des Mammifères primitifs que l'on a rangés dans la Sous-Classe des Protothériens puisqu'ils sont ovipares et possèdent donc un seul orifice : ce sont des Monotrèmes.



Des fossiles secourables


Quelques restes d'ornithorynques ont été découverts tardivement.

En Australie d'abord, en 1971, une dent du Miocène supérieur (6 millions d'années) puis, en 1984, un crâne avec une denture complète du Miocène inférieur (15 millions d'années) et enfin, une mâchoire à 3 dents du Crétacé inférieur (120 millions d'années). En 1992, c'est la découverte étonnante d'une dent du Miocène supérieur en Amérique du Sud, à 850 km au sud de Buenos Aires.

Cela montre bien que l'Australie était reliée à l'Amérique du Sud par l'Antarctique, à climat tempéré, il y a 135 millions d’années et confirme la théorie de la tectonique des plaques de Wegener.

De nombreux fossiles de Reptiles à traits mammaliens, prémammifères, du Jurassique (180 à 160 millions d'années) ont été trouvés, témoins des premiers Mammifères véritables divisés en quatre groupes dont il ne subsiste que celui des Thériens, marsupiaux et placentaires, depuis 60 millions d'années.

Ils permettent de situer la séparation d'avec le groupe des Reptiles à 280 millions d'années, à la fin de l'ère primaire, au Permien.



Mon Dieu ! C'est une histoire de l'autre monde !


Les ornithorynques, datés de 135 millions d'années, sont considérés :
— comme des reliques faisant le lien entre les Reptiles mammaliens et les Mammifères Thériens
— et comme des relictes
1 car, vivant dans un habitat limité, stable, où la compétition est faible, ils ont évolué moins vite que les Mammifères dans leur mode de reproduction et leur squelette.



1 Relicte : ici, population en situation isolée en discordance avec les caractéristiques actuelles du milieu et témoignant d'une modification ancienne de celui-ci.
— Attention à ne pas confondre relicte et relique, ce dernier terme désignant plutôt une population ancienne ayant peu évolué.


Les ornithorynques se sont spécialisés dans leur alimentation et parfaitement adaptés à leur mode de vie, ils n'ont pas rencontré d'adversaires dans leur territoire, s'y sont retranchés et ont survécu en traversant les temps géologiques sans aucune modification. Ainsi, chez eux, les caractères spécialisés masquent les caractères primitifs.



Au secours !


Au secours !

Dans la deuxième moitié du 19e siècle, les ornithorynques ont été chassés pour leur fourrure, pris dans des nasses pour alimenter les zoos où leur fragilité les faisait mourir.

Des mesures ont été tardivement prises pour les protéger. Ne soyons pas acteurs de la disparition de ce témoin vivant de l'évolution des Mammifères> à travers les temps géologiques.






Haut de Page  •  [Top of Page]

Première Partie : Un animal dérangeant  •  [Part 1: A troubling animal]

Sommaire Nature & Environnement  •  [Contents : Nature & Environment]

Le journal "Genista Informations"  •  [The 'Genista Informations' Magazine]

Autres ressources culturelles  •  [Other cultural Resources]