Le corps aplati, de 60 cm et 2,4 kg, est
isolé par une fourrure brune, à poils durs sur le dos et doux
sur le ventre. Le crâne aplati et le cou non dessiné parfont la
forme hydrodynamique.
D'étranges petits yeux ronds placés
très haut sur le crâne, perdus dans les poils, étendent son
champ visuel aussi vers le haut. Un bourrelet de peau qui sert de
paupière se prolonge vers l'arrière pour englober l'orifice
allongé d'une oreille sans pavillon externe.
Cette tête est emmanchée d'une sorte de bec de canard qui
n'a rien d'un bec corné, rigide et non tactile, à
part l'aspect. Chaque mâchoire, très étirée vers l'avant,
dépourvue de dents fonctionnelles, se scinde en deux pour former
une extrémité fourchue. Ce museau est recouvert d'une peau
riche en terminaisons nerveuses mais sans poils, étui de cuir
qui emboîte presque toute la tête et paraît être posé sur la
fourrure, comme un masque. En guise de nez, deux trous rapprochés
sur la mâchoire supérieure : les narines.
À l'autre extrémité du corps, une queue,
de 15 cm, large, plate, musclée, recouverte de poils rudes
sur le dessus et clairsemés sur le dessous, sert de gouvernail
ou de balancier dans la nage et de réserve de graisse.
Des pattes étranges
Les pattes, courtes, robustes et palmées, se
terminent par cinq doigts munis de griffes recourbées.
Les pattes antérieures, actives dans la
nage, voient leur large palmure sans poils se replier sous la
paume et découvrir les griffes quand l'animal sort de l'eau.
Les pattes postérieures, à
palmure poilue, servent de stabilisateur. Le mâle
possède, comme moyen de défense, un éperon corné de 15 mm,
au dessus des talons, dirigé vers l'intérieur et l'arrière
et relié par une gouttière à une glande à
venin située dans la cuisse.
La disposition presque transversale des pattes
lui donne une démarche de lézard. L'épaule possède
un os supplémentaire pour soutenir les muscles nécessaires au
fouissage.
Elle est limitée à la côte est de l'Australie,
la Tasmanie et la Nouvelle Guinée, où les pluies sont
abondantes toute l'année. On le rencontre dans les lacs
et rivières où il chasse et s'accouple, ou sur leurs
berges où il se réfugie.
Comme un poisson dans l'eau...
Sa forme en fuseau, sa fourrure hydrofuge, sa
queue et ses pattes arrières comme gouvernail, les palmes de ses
pattes avant lui permettent d'évoluer avec grâce dans l'eau.
En plongée, les narines se ferment et il retient sa
respiration plusieurs minutes, son rythme cardiaque passant de
200 à 10 battements par minute pour réduire ses besoins en
dioxygène.
Un fin gourmet
Le bourrelet de peau se rabat sur les yeux et
les oreilles et cœest en aveugle et sourd que, matin et
soir, il chasse de petites proies : écrevisses, vers de
vase, larves de libellules et autres insectes aquatiques, têtards,
grenouilles, petits poissons. Pour cela, l'animal balance la
tête de droite à gauche dans la vase, deux à trois fois par
seconde. Ainsi, les barorécepteurs,
sensibles à la pression, et les électrorécepteurs,
sensibles aux stimulations électriques, situés sous son "bec"
détectent les proies. Il les stocke dans ses joues et, de retour
à la surface, il les mâche consciencieusement. Il passe la
moitié de la journée à manger 25 % de son poids. Le tube
digestif court, 1,5 m, comprend un petit estomac à paroi
mince, une poche semblable à un gésier d'oiseau où les
aliments sont pulvérisés et un intestin à muqueuse plissée.
Son refuge
Sorti de l'eau, dans les secteurs vaseux, il marche
lentement et maladroitement, toutes griffes dehors. Il est alors
très vulnérable et la proie de renards, chiens... Aussi se réfugie-t-il
dans son terrier creusé juste au-dessus du niveau de l'eau
à l'aide des griffes de ses pattes antérieures.
Une galerie
qui peut atteindre 30 m, à nombreux culs-de-sac, conduit à une
grande chambre garnie de feuilles d'eucalyptus et d'herbes
mouillées. Quand il entre et sort de son terrier, l'ornithorynque
prend la précaution de boucher la galerie par de la boue et cela
l'oblige à creuser un nouveau passage à chaque fois.
Sa température est en effet constante,
mais autour de 32 °C seulement. Elle est régulée
tant que la température extérieure
est supérieure à 28 °C. En-deçà, le
système thermorégulateur
étant imparfait, sa température interne varie.
Il reste cependant actif en hiver
et, quand il doit nager dans de l'eau avoisinant 0 °C, à la
recherche de quelques proies, son épaisse fourrure, qui
emmagasine une réserve d'air, aide à la conservation de la
chaleur interne.
Il utilise aussi l'énergie
procurée par les réserves de graisse accumulées dans sa queue
pendant les gros repas d'été. La perte de chaleur est réduite
car la circulation du sang est ralentie dans sa queue,
ses pattes postérieures et son "bec".
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