GENISTA (1971) : L'ORNITHORYNQUE : UN ANIMAL DÉRANGEANT ("GENISTA INFORMATIONS")



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L'ornithorynque [1]

The platypus : a troubling animal

Un animal dérangeant

Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 282, avril 2002 (Étranges animaux)


Ornithorynque (Platypus) : dessin
Ce petit animal, facile à apprivoiser, donc aux mœurs bien connues,
a cependant fait couler beaucoup d’encre à cause de
son anatomie on ne peut plus singulière. Elle paraît être complétée, par on ne sait quels procédés,
de pièces rapportées et cependant très spécialisées, si bien qu'il a fallu 80 ans
pour classer cette inclassable chimère et que, jusqu'à nos jours, son origine reste énigmatique.
  

Le physique qui tue


Le corps aplati, de 60 cm et 2,4 kg, est isolé par une fourrure brune, à poils durs sur le dos et doux sur le ventre. Le crâne aplati et le cou non dessiné parfont la forme hydrodynamique.

D'étranges petits yeux ronds placés très haut sur le crâne, perdus dans les poils, étendent son champ visuel aussi vers le haut. Un bourrelet de peau qui sert de paupière se prolonge vers l'arrière pour englober l'orifice allongé d'une oreille sans pavillon externe.



Le crâne de l'ornithorynque

Cette tête est emmanchée d'une sorte de bec de canard qui n'a rien d'un bec corné, rigide et non tactile, à part l'aspect. Chaque mâchoire, très étirée vers l'avant, dépourvue de dents fonctionnelles, se scinde en deux pour former une extrémité fourchue. Ce museau est recouvert d'une peau riche en terminaisons nerveuses mais sans poils, étui de cuir qui emboîte presque toute la tête et paraît être posé sur la fourrure, comme un masque. En guise de nez, deux trous rapprochés sur la mâchoire supérieure : les narines.

À l'autre extrémité du corps, une queue, de 15 cm, large, plate, musclée, recouverte de poils rudes sur le dessus et clairsemés sur le dessous, sert de gouvernail ou de balancier dans la nage et de réserve de graisse.



Des pattes étranges


Les pattes, courtes, robustes et palmées, se terminent par cinq doigts munis de griffes recourbées.

La main de l'ornithorynque

Les pattes antérieures, actives dans la nage, voient leur large palmure sans poils se replier sous la paume et découvrir les griffes quand l'animal sort de l'eau.

Le pied de l'ornithorynque

Les pattes postérieures, à palmure poilue, servent de stabilisateur. Le mâle possède, comme moyen de défense, un éperon corné de 15 mm, au dessus des talons, dirigé vers l'intérieur et l'arrière et relié par une gouttière à une glande à venin située dans la cuisse.

La disposition presque transversale des pattes lui donne une démarche de lézard. L'épaule possède un os supplémentaire pour soutenir les muscles nécessaires au fouissage.



Une aire de vie réduite

Elle est limitée à la côte est de l'Australie, la Tasmanie et la Nouvelle Guinée, où les pluies sont abondantes toute l'année. On le rencontre dans les lacs et rivières où il chasse et s'accouple, ou sur leurs berges où il se réfugie.



Comme un poisson dans l'eau...


Sa forme en fuseau, sa fourrure hydrofuge, sa queue et ses pattes arrières comme gouvernail, les palmes de ses pattes avant lui permettent d'évoluer avec grâce dans l'eau. En plongée, les narines se ferment et il retient sa respiration plusieurs minutes, son rythme cardiaque passant de 200 à 10 battements par minute pour réduire ses besoins en dioxygène.



Un fin gourmet


Le bourrelet de peau se rabat sur les yeux et les oreilles et cœest en aveugle et sourd que, matin et soir, il chasse de petites proies : écrevisses, vers de vase, larves de libellules et autres insectes aquatiques, têtards, grenouilles, petits poissons. Pour cela, l'animal balance la tête de droite à gauche dans la vase, deux à trois fois par seconde. Ainsi, les barorécepteurs, sensibles à la pression, et les électrorécepteurs, sensibles aux stimulations électriques, situés sous son "bec" détectent les proies. Il les stocke dans ses joues et, de retour à la surface, il les mâche consciencieusement. Il passe la moitié de la journée à manger 25 % de son poids. Le tube digestif court, 1,5 m, comprend un petit estomac à paroi mince, une poche semblable à un gésier d'oiseau où les aliments sont pulvérisés et un intestin à muqueuse plissée.



Son refuge


Sorti de l'eau, dans les secteurs vaseux, il marche lentement et maladroitement, toutes griffes dehors. Il est alors très vulnérable et la proie de renards, chiens... Aussi se réfugie-t-il dans son terrier creusé juste au-dessus du niveau de l'eau à l'aide des griffes de ses pattes antérieures.

Une galerie qui peut atteindre 30 m, à nombreux culs-de-sac, conduit à une grande chambre garnie de feuilles d'eucalyptus et d'herbes mouillées. Quand il entre et sort de son terrier, l'ornithorynque prend la précaution de boucher la galerie par de la boue et cela l'oblige à creuser un nouveau passage à chaque fois.



Un homéotherme particulier

Sa température est en effet constante, mais autour de 32 °C seulement. Elle est régulée tant que la température extérieure est supérieure à 28 °C. En-deçà, le système thermorégulateur étant imparfait, sa température interne varie.

Il reste cependant actif en hiver et, quand il doit nager dans de l'eau avoisinant 0 °C, à la recherche de quelques proies, son épaisse fourrure, qui emmagasine une réserve d'air, aide à la conservation de la chaleur interne.

Il utilise aussi l'énergie procurée par les réserves de graisse accumulées dans sa queue pendant les gros repas d'été. La perte de chaleur est réduite car la circulation du sang est ralentie dans sa queue, ses pattes postérieures et son "bec".






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