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Tectonique : la Méditerranée [2]
Tectonics : the Mediterranean Sea [2]
La Terre : En Méditerranée - Méditer... [Genista]
Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 301, mars 2004 (Tectonique des plaques)
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Le bassin oriental de la Méditerranée, résidu du premier océan qu'était la Téthys, doit passionner
les géologues de toutes les spécialités par l'ancienneté de son plancher et par les mouvements de ses
nombreuses microplaques.
L'auscultation de ses failles leur fait prédire une succession de catastrophes majeures sur ses bords.
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Le résultat d'une hypocollision
La ligne de suture entre les plaques entrées en collision — bloc Afrique-Arabie avec l'Eurasie —
est nette en Calabre, dans les Apennins, les Alpes Dinarides (Albanie du nord et ancienne Yougoslavie).
Elle est marquée entre les Hellénides (reste de l'Albanie, Macédoine, Grèce) et le Proche-Orient où
il y a formation de l'Arc égéen.
Ces lignes sont nettement repérées par les roches qui les composent (basalte...),
arrachées à la croûte océanique des plaques descendantes dans la zone de subduction entre l'Afrique et l'Eurasie
et emprisonnées dans les continents sous la forme d'écailles chevauchantes lors de leur collision.
Quelle profondeur !
Le déplorable accident d'avion de Charm el Cheikh en Égypte, en janvier 2004, dans le golfe d'Aqaba (1830 m
de profondeur), a amené les spécialistes poseurs de câbles dans les fonds océaniques à récupérer difficilement les boîtes
noires de l'avion accidenté.
En fait, la Mer Rouge, large de 200 à 300 km, présente par endroits des profondeurs jusqu'à 3040 mètres !
Son plancher se construit à partir d'un rift océanique central récent et cette accrétion provoque une poussée sur
l'Afrique à l'ouest et sur l'Arabie à l'est. Ce jeune océan est le terrain d'étude inespéré pour le mécanisme
de formation d'un océan.
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Quel est le rapport ?
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Ce rift océanique est relié, au sud-ouest, aux effondrements ou rifts intracontinentaux
d'Afrique de l'est et, au nord-est, au couloir de failles qui part du golfe d'Aqaba, rejoint la mer Morte,
le fossé du Jourdain, le lac de Tibériade, les fossés de la Bekaa et du Ghab en Syrie et atteint les pentes des
Monts Taurus en Turquie par la faille du Levant.
Nous avons là :
les limites entre la plaque arabique et la plaque africaine qui étaient géologiquement rattachées,
l'explication du coulissage de la plaque arabique vers le nord-est, de 4 cm/an, le long de la faille de la
mer Morte et de la forte activité sismique de ce long couloir (Alep en Syrie en 1872 : 7,2 — Beyrouth au
Liban en 1956 : 6 — Israël en 2004 : 5,1),
l'origine de la formation de la chaîne du Caucase, la plaque arabique agissant comme un poinçon
qui déforme l'Eurasie et rejette latéralement l'Iran et la Turquie le long de la faille nord-anatolienne.
La mer Rouge est, en outre, en communication avec la Méditerranée, par le golfe de Suez, peu profond (80 m), à
l'extrémité duquel a été creusé le canal de Suez, long de 161 km et terminé en 1869.
La microplaque turque
Poussée par les plaques africaine et arabique, la microplaque turque se trouve coincée contre la
bordure sud de la plaque eurasienne et coulisse le long de la faille nord-anatolienne qui va de la mer Égée à l'Iran.
Elle forme un repli sur la péninsule anatolienne en engendrant la chaîne de collision du Caucase à sismicité
marquée (Spitak en Arménie en 1988 : 7 — Bam en Iran en 2004 : 6,3).
Elle est aspirée vers l'ouest par l'enfoncement progressif de la plaque égéenne sur laquelle se trouve, entre autre, la Grèce.
C'est le long de la faille nord-anatolienne que se succèdent, depuis soixante-cinq ans, des séismes majeurs (Erzincan
en 1992 : 7,1 — Izmit en 1999 : 7,4).
Cette plaque bouge par tronçons de 100 à 150 km, deux blocs se décalant de 2,5 cm par an c'est-à-dire 20
fois plus vite que les failles actives en France. Les contraintes accumulées se relâchent brusquement sur un bloc
et, plus longue est l'attente, plus l'énergie s'accumule et plus forte est la décharge d'énergie.
Les tensions se déplacent vers l'ouest en mer de Marmara, et Istanbul se trouve d'autant plus menacée que la faille
n'a pas bougé depuis longtemps sous cette ville.
La microplaque égéenne
La microplaque égéenne est aussi située entre la plaque africaine et la plaque eurasienne. Dans ce cas,
au sud de la Crète, on a trouvé une dorsale de 200 km de large sur 1900 km de long, de l'Apulie (les Pouilles
d'Italie) à Chypre. Au sud de cette dorsale, une plaine abyssale domine, envahie par les alluvions du Nil sur
100 000 km2.
Poussé vers le nord par l'activité de la dorsale, le reste de la croûte océanique de la Téthys circule par subduction
sous la plaque égéenne, provoquant la formation d'un double arc insulaire de direction nord-ouest–sud-est :
l'un externe, sédimentaire, non volcanique : Cythère, Crète, Kassos, Karpathos et Rhodes.
l'autre interne, avec des volcans andésitiques liés à la subduction : presqu'île de Methana, îles de Poros, Milo,
Santorin (éruption cataclysmale en 500 av. J.-C., qui détruisit la civilisation minoenne), et Nísiros.
Des failles doubles nord-ouest—sud-est et nord-est—sud-ouest forment un damier d'îles à sismiscité
très importante (foyers à 250 km de profondeur).
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La mer Rouge est un océan en expansion alors que la subduction dans le bassin oriental est sur le point de s'achever.
Cela annoncerait-il une évolution vers une mer de type mer des Caraïbes ?
Tous ces mouvements de plaques font craindre une activité sismique et volcanique plus importante surtout en Turquie
et en Grèce où sont concentrés 80% de la sismicité du bassin méditerranéen.
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En 2000 av. J.-C., Sodome et Gomorrhe, situées en bordure de la mer Morte, furent détruites par un séisme, une éruption
volcanique, et englouties par l'eau de la Méditerranée qui, du fait de l'effondrement de la mer
Morte, s'engouffrait dans cette dépression.
On assiste ensuite à son évaporation avec un dépôt de sel important, le sel de Loth, seul rescapé
de Sodome et Gomorrhe avec son fils. Sa teneur en sel élevée de 26 % fait peut-être la joie des
mauvais nageurs, qui ne craignent pas d'être changés en statue de sel, mais ne favorise pas le développement de
la vie.
Profonde de 800 m, la mer est au niveau le plus bas de la terre (–400 m) et il baisse régulièrement.
En aval, l'eau du Jourdain qui l'alimente est pompée pour les cultures, et un canal de plusieurs kilomètres
participe aussi à l'agonie de cette mer qui est maintenant partagée en deux par une langue de terre.
Le Jourdain, qui prend sa source dans l'Antiliban, s'écoule vers le sud en traversant le lac d'eau
douce de Tibériade pour se jeter dans la mer Morte. Les sources du Jourdain sont situées au Liban, en Syrie (Banias) et
surtout en Israël, avec une cinquantaine de sources et de puits artésiens, Dan étant la plus abondante avec 40 000
m3 à l'heure, hiver comme été.
En projet, un canal de la mer Rouge à la mer Morte, ou un canal souterrain de la mer Méditerranée à la mer Morte
devrait sauvegarder cette mer.
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