Un milieu de vie limité
Les différentes espèces d'hippocampes sont réparties entre
les 45e parallèles nord et sud, dans des mers chaudes
ou tempérées, en eaux peu profondes, de 8 à 45 mètres, donc
bien oxygénées et à fond sablonneux comme les estuaires, les
mangroves et les récifs coraliens. Les prairies d'algues, de
posidonies ou de zostères sont un refuge, un lieu de chasse et
d'indispensables supports.
Sur nos côtes méditerranéenne et atlantique, jusqu'en
Bretagne, vivent les hippocampus guttulatus tachetés, ramulosus
à long bec, brevirostris et europeus à museau
court, antiquorum des anciens — ces trois derniers
affectionnant aussi les côtes de la Manche. Leur taille ne dépasse
pas 18 cm.
Un déplacement déroutant
La position de l'hippocampe est contrôlée par une vessie
natatoire, ex-diverticule œsophagien transformé en vessie
gazeuse, dans laquelle la pression est variable.
Il se déplace le plus souvent en position verticale, tête
haute ou basse, queue enroulée en colimaçon s'il est en pleine
eau. Il est alors propulsé lentement et régulièrement par des
mouvements rapides de la nageoire dorsale, les nageoires
pectorales commandant la direction, la rotation et la
stabilisation. Il peut aussi nager horizontalement, très
rapidement, nageoire dorsale dressée.
Un chasseur gourmand
Sa vision développée, sa tenue de camouflage et son déplacement
furtif, font de lui un chasseur à l'affût hors
pair. Ses proies doivent convenir à la taille de sa
bouche : ce sont des petits crustacés et des larves
planctoniques.
Il s'en approche lentement pour placer l'extrémité
de son museau à 2 cm au-dessous, un peu sur le côté.
Il crée alors
une dépression dans sa cavité buccale, en déplaçant l'os
hyoïde du palais, puis ouvre brusquement la bouche en
basculant rapidement la tête. L'eau et la proie s'engouffrent
dans le museau tubulaire en produisant un claquement. La
proie, qui ne peut pas être mâchée, est avalée et
arrive dans un tube digestif délicat, sans estomac, qui
n'assure pas une digestion profitable. Ceci
explique, et excuse, la voracité de ce chasseur
infatigable pour qui se nourrir est l'une des
activités principales.
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Une grande vulnérabilité
Son mode de vie et ses facteurs biologiques le rendent vulnérable :
il est peu mobile et fidèle à un site donc facile à capturer ;
sa fécondité est réduite avec 1000 jeunes par couple et par an alors que
d'autres espèces de poissons libèrent 200 000 œufs par
ponte ;
sa mortalité est élevée ;
son développement est lent (un an) et les jeunes sont prélevés avant qu'ils aient
eu le temps de se reproduire pour repeupler le site ;
dans la monogamie stricte, si un partenaire est pêché, le survivant
cesse de se reproduire ou sa capacité de reproduction est réduite
s'il trouve un nouveau partenaire, et il est difficile à trouver
puisque la densité de population dans un site est réduite.
Une espèce sur liste rouge
Plusieurs facteurs conduisent au déclin des hippocampes :
La dégradation de leur habitat : par la pêche à la
dynamite et à la drague, les bords des mers, les algues et les récifs
coraliens sont détruits ; les mangroves peuvent être coupées
ou inondées par de l'eau douce
; les estuaires sont pollués par
les activités industrielles.
La surexploitation : la demande excessive fait que les
grands hippocampes sont de plus en plus rares et que les petits
qu'on ne pêchait pas avant sont maintenant acceptés pour les
aquariums. C'est aussi un ramassage qui est pratiqué par tous
les petits pêcheurs qui bénéficient ainsi de revenus supplémentaires.
Des utilisations stupides
La médecine traditionnelle chinoise utilise
environ 20 millions d'hippocampes, soit 56 tonnes. Basée sur les
résultats obtenus et non sur les tests pharmaceutiques, elle est
codifiée depuis au moins deux mille ans et utilisée par un
quart de la population. Elle a été reconnue valable par l'OMS (Organisation
Mondiale de la Santé).
L'hippocampe entre dans la composition de médicaments contre
l'asthme, l'artériosclérose, l'incontinence, l'impuissance, les
maladies de la peau, l'hypercholestérolémie, les goîtres, les
angines, les maladies cardiaques, les désordres lymphatiques !
La fabrication de souvenirs en consomme des
centaines par an et l'élevage en aquarium en Amérique
du nord, en Europe, au Japon et à Taïwan, des milliers car leur
élevage difficile fait qu'il arrivent rarement à maturité et
sont remplacés nécessairement par des animaux ponctionnés dans
le milieu naturel.
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Un trafic juteux
Actuellement, 47 pays sont encore impliqués dans le commerce des
hippocampes. Les plus gros exportateurs sont la Thaïlande,
le Vietnam, l'Inde et les Philippines. Les
importateurs d'hippocampes morts sont la Chine, Hong
Kong et Taïwan alors que les États-Unis le sont pour
les hippocampes vivants.
À Hong Kong, les hippocampes de
qualité se vendent à 137 € (137 euros) le kilo. Si
leur qualité est inférieure, le prix peut être diminué
de moitié. On comprend alors que les populations d'hippocampes
se soient trouvées réduites de 25 à 50 % en 5 ans !
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Pitié pour les hippocampes !
Pitié pour les hippocampes !
Élever des hippocampes relève d'une gageure car les
conditions de vie ne sont pas faciles à réunir : eau de qualité,
sans nitrates, à pH égal à 8, bien oxygénée mais sans bulles
d'air qui provoquent des maladies ; aliments de très petite
taille et vivants qui nécessitent un élevage complémentaire ;
milieu stérilisé en cas de maladies, inspection et isolement
des malades.
Malgré des années d'expérience, les Chinois ont abandonné
l'aquaculture des hippocampes.
Abandonnons donc l'envie d'en avoir en aquarium,
même si cela part d'un bon sentiment, car réintroduire des
hippocampes dans un milieu où il n'y en a jamais eu, ou dans un
site équilibré, modifie le biotope.
Informons-nous pour être moins stupides à vouloir nous
obstiner pour réussir un élevage, car nous participons à
l'extinction de l'espèce.
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