GENISTA (1971) : L'HIPPOCAMPE (HIPPOCAMPUS) : UN ÊTRE FRAGILE ("GENISTA INFORMATIONS")



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L'hippocampe (Hippocampus) [2]

The seahorse : a fragile being

Un être fragile

Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 269, décembre 2000 (Étranges animaux)


Hippocampe (Dessin)
C'est près des côtes
que l'hippocampe trouve des conditions de vie favorables,
mais il est ainsi exposé
à la dégradation physique et chimique de son habitat
et à la prédation excessive.
  

Hippocampe

Un milieu de vie limité


Les différentes espèces d'hippocampes sont réparties entre les 45e parallèles nord et sud, dans des mers chaudes ou tempérées, en eaux peu profondes, de 8 à 45 mètres, donc bien oxygénées et à fond sablonneux comme les estuaires, les mangroves et les récifs coraliens. Les prairies d'algues, de posidonies ou de zostères sont un refuge, un lieu de chasse et d'indispensables supports.

Sur nos côtes méditerranéenne et atlantique, jusqu'en Bretagne, vivent les hippocampus guttulatus tachetés, ramulosus à long bec, brevirostris et europeus à museau court, antiquorum des anciens — ces trois derniers affectionnant aussi les côtes de la Manche. Leur taille ne dépasse pas 18 cm.



Hippocampes

Un déplacement déroutant


La position de l'hippocampe est contrôlée par une vessie natatoire, ex-diverticule œsophagien transformé en vessie gazeuse, dans laquelle la pression est variable.

Il se déplace le plus souvent en position verticale, tête haute ou basse, queue enroulée en colimaçon s'il est en pleine eau. Il est alors propulsé lentement et régulièrement par des mouvements rapides de la nageoire dorsale, les nageoires pectorales commandant la direction, la rotation et la stabilisation. Il peut aussi nager horizontalement, très rapidement, nageoire dorsale dressée.




Un chasseur gourmand

Sa vision développée, sa tenue de camouflage et son déplacement furtif, font de lui un chasseur à l'affût hors pair. Ses proies doivent convenir à la taille de sa bouche : ce sont des petits crustacés et des larves planctoniques.

Il s'en approche lentement pour placer l'extrémité de son museau à 2 cm au-dessous, un peu sur le côté.

Il crée alors une dépression dans sa cavité buccale, en déplaçant l'os hyoïde du palais, puis ouvre brusquement la bouche en basculant rapidement la tête. L'eau et la proie s'engouffrent dans le museau tubulaire en produisant un claquement. La proie, qui ne peut pas être mâchée, est avalée et arrive dans un tube digestif délicat, sans estomac, qui n'assure pas une digestion profitable. Ceci explique, et excuse, la voracité de ce chasseur infatigable pour qui se nourrir est l'une des activités principales.



Une grande vulnérabilité



Son mode de vie et ses facteurs biologiques le rendent vulnérable :

il est peu mobile et fidèle à un site donc facile à capturer ;

sa fécondité est réduite avec 1000 jeunes par couple et par an alors que d'autres espèces de poissons libèrent 200 000 œufs par ponte ;

sa mortalité est élevée ;

son développement est lent (un an) et les jeunes sont prélevés avant qu'ils aient eu le temps de se reproduire pour repeupler le site ;

dans la monogamie stricte, si un partenaire est pêché, le survivant cesse de se reproduire ou sa capacité de reproduction est réduite s'il trouve un nouveau partenaire, et il est difficile à trouver puisque la densité de population dans un site est réduite.



Une espèce sur liste rouge


Plusieurs facteurs conduisent au déclin des hippocampes :

La dégradation de leur habitat : par la pêche à la dynamite et à la drague, les bords des mers, les algues et les récifs coraliens sont détruits ; les mangroves peuvent être coupées ou inondées par de l'eau douce  ; les estuaires sont pollués par les activités industrielles.

La surexploitation : la demande excessive fait que les grands hippocampes sont de plus en plus rares et que les petits qu'on ne pêchait pas avant sont maintenant acceptés pour les aquariums. C'est aussi un ramassage qui est pratiqué par tous les petits pêcheurs qui bénéficient ainsi de revenus supplémentaires.



Des utilisations stupides


La médecine traditionnelle chinoise utilise environ 20 millions d'hippocampes, soit 56 tonnes. Basée sur les résultats obtenus et non sur les tests pharmaceutiques, elle est codifiée depuis au moins deux mille ans et utilisée par un quart de la population. Elle a été reconnue valable par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

L'hippocampe entre dans la composition de médicaments contre l'asthme, l'artériosclérose, l'incontinence, l'impuissance, les maladies de la peau, l'hypercholestérolémie, les goîtres, les angines, les maladies cardiaques, les désordres lymphatiques !

La fabrication de souvenirs en consomme des centaines par an et l'élevage en aquarium en Amérique du nord, en Europe, au Japon et à Taïwan, des milliers car leur élevage difficile fait qu'il arrivent rarement à maturité et sont remplacés nécessairement par des animaux ponctionnés dans le milieu naturel.




Un trafic juteux

Actuellement, 47 pays sont encore impliqués dans le commerce des hippocampes. Les plus gros exportateurs sont la Thaïlande, le Vietnam, l'Inde et les Philippines. Les importateurs d'hippocampes morts sont la Chine, Hong Kong et Taïwan alors que les États-Unis le sont pour les hippocampes vivants.

À Hong Kong, les hippocampes de qualité se vendent à 137 € (137 euros) le kilo. Si leur qualité est inférieure, le prix peut être diminué de moitié. On comprend alors que les populations d'hippocampes se soient trouvées réduites de 25 à 50 % en 5 ans !




Pitié pour les hippocampes !


Pitié pour les hippocampes !

Élever des hippocampes relève d'une gageure car les conditions de vie ne sont pas faciles à réunir : eau de qualité, sans nitrates, à pH égal à 8, bien oxygénée mais sans bulles d'air qui provoquent des maladies ; aliments de très petite taille et vivants qui nécessitent un élevage complémentaire ; milieu stérilisé en cas de maladies, inspection et isolement des malades.

Malgré des années d'expérience, les Chinois ont abandonné l'aquaculture des hippocampes.

Abandonnons donc l'envie d'en avoir en aquarium, même si cela part d'un bon sentiment, car réintroduire des hippocampes dans un milieu où il n'y en a jamais eu, ou dans un site équilibré, modifie le biotope.

Informons-nous pour être moins stupides à vouloir nous obstiner pour réussir un élevage, car nous participons à l'extinction de l'espèce.






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