Une organisation des plus originales
Ce poisson osseux serait apparu il y a environ 45 millions
d'années, au début de l'ère tertiaire, alors que les premiers
poissons faisaient leur apparition au début de l'ère primaire,
il y a 500 millions d'années, au Silurien.
Le corps, de 2,5 à 36 cm de long selon les
espèces, est compressé latéralement et porte non pas des écailles
sur la peau mais, sous la peau, une carapace semi-rigide constituée
de cinquante plaques osseuses rattachées à la colonne vertébrale.
Ces plaques jointives forment des crêtes et dessinent onze
anneaux qui semblent diviser le corps. Les crêtes sont munies de
pointes venimeuses. La peau peut former des excroissances
filamenteuses.
La bouche, l'anus ainsi que les nageoires
sortent de cette cuirasse par des ouvertures étroites. La
nageoire dorsale, signalant la limite entre le corps et la queue,
joue un rôle important dans le déplacement, la nageoire anale
est très réduite chez le mâle et la nageoire caudale n'existe
pas.
Une vaste poche
incubatrice ventrale, formée par des replis de la peau et
pratiquement entièrement fermée, donne à ce poisson une allure
cambrée. Évoquant, par son fonctionnement, une matrice
primitive, elle est le signe des poissons hautement évolués :
les œufs et les embryons y sont à l'abri des dangers extérieurs.
La tête fait penser à celle d'un cheval :
elle porte un front bossu et un "museau" osseux, plus
ou moins allongé, au bout duquel s'ouvre une petite bouche édentée.
Placée à angle droit sur le corps, elle lui est rattachée par
un semblant de cou et, fait unique chez un poisson, c'est la
partie la plus mobile.
Les yeux, grands, arrondis et portés par de
courts pédoncules, peuvent aussi bien bouger séparément que
permettre une vision binoculaire et donc offrir un
champ visuel à 360° des plus intéressants.
La respiration branchiale est assurée par
des branchies très réduites, enfermées dans une cavité
s'ouvrant à l'arrière de la tête par un petit orifice. Les
nageoires pectorales, en forme d'oreilles, sont orientées vers
l'arrière de la tête.
La queue, formée de 35 anneaux, est aussi
longue que le corps mais plus mince et elle peut s'enrouler en
spirale autour de plantes aquatiques ou du partenaire sexuel.
L'hippocampe n'est pas attrayant par sa couleur terne, du gris
foncé au marron plus ou moins clair, parfois agrémentée de
quelques taches bleues ou blanches selon les espèces.
Une vie amoureuse enviable
Les mâles se battent pour recevoir les faveurs d'une femelle
et, lorsqu'un couple se forme, les protagonistes restent fidèles
l'un à l'autre toute leur vie : ce sont des
monogames stricts.
L'accouplement a lieu de
mai à août, selon la température de l'eau. La femelle nage
vers son partenaire et le rejoint. Accrochés par la queue, ils
changent ensemble de couleur, devenant orangés, violets, argentés
ou fluorescents selon l'espèce, et ils effectuent un ballet avec
hochements de tête et contorsions du corps en tournoyant
verticalement vers la surface de l'eau. Après cette première
danse d'une dizaine de minutes, le couple reste séparé toute la
journée, plongé dans une profonde tristesse.
Mais le ballet, endiablé, reprend les jours suivants pour
durer jusqu'à neuf heures et le dépôt des cellules
reproductrices se réalise d'un partenaire dans l'autre.
Seulement, le receveur et celui qui va vivre une véritable
grossesse n'est pas celui que l'on croit !
Le mâle prépare sa poche incubatrice, car lui seul en possède
une, en la plissant et en la gonflant. La femelle place son
ovipositeur dans l'ouverture de cette poche. Visible uniquement
lors de cette opération, il sert au transfert d'une grappe de
250 ovules environ. Le mâle libère aussitôt du sperme sur les
ovules. La fécondation se produit dans la poche scellée.
La grossesse dure 2 à 8 semaines, de juin à
juillet, selon l'espèce et la température de l'eau. Elle
ressemble à celle d'un mammifère primitif dans la mesure où
les œufs se fixent dans les replis de la poche et se
trouvent enveloppés dans ce tissu, les hormones aident à la
fabrication d'un fluide placentaire et un réseau de capillaires
diffuse du dioxygène et des aliments simples dans les œufs.
Pour parfaire cette étonnante incubation, vers la fin de la
grossesse, le fluide placentaire prend une composition voisine de
celle de l'eau de mer ! Pendant cette gestation, le couple danse,
indifférent aux autres congénères.
Entre août et septembre, le mâle s'accroche à une algue et
secoue sa poche par des contractions violentes trois à cinq
jours avant la sortie des petits. La naissance a lieu à l'aube.
Pendant un ou deux jours, le mâle effectue des contorsions qui
aboutissent à la sortie des petits par groupes de cinq et plus.
Minuscules, 0,8 cm de long, mais complètement formés, les
petits sont indépendants et ne retournent pas dans la poche du père
après leur naissance. Ils arrivent à maturité sexuelle à la
fin de la première année. Chez les espèces de petite taille,
les mâles peuvent mourir après le premier frai alors que chez
les espèces de taille moyenne dont la durée de vie est
d'environ quatre ans, le mâle, habituellement, après avoir
accouché, redevient gravide immédiatement.
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