Une belle saison bien remplie
Au début du printemps, le hérisson est svelte, au minimum de
sa masse. C'est la saison des amours qui vise à maintenir la
survie de l'espèce. Durant tout l'été, chaque nuit, après le
coucher du soleil, il fait bombance de vers de terre, d'insectes,
d'escargots pour nourrir ses petits et se nourrir : c'est l'orgie
de la vie active et la graisse s'accumule, faisant passer sa
masse de 750 à 1750 grammes. Mais, de quoi a-t-il peur ? De
manquer de nourriture ?
En fin d'été, une autre occupation lui
prend tout son temps : le transport de feuilles, brins d'herbe,
mousse et leur accumulation en un tas volumineux, de 70 cm de
diamètre, dans lequel on serait tenté de donner un coup de pied.
Attention ! C'est son nid. Mais, pourquoi a-t-il besoin d'un abri
aussi épais, protecteur, isolant ? Que craint-il ? D'être dévoré
ou peut-être gelé malgré sa fourrure ?
Une saison bien morte
En septembre, dès que la température extérieure s'abaisse
autour de 10 °C, notre sympathique noctambule disparaît. Plus de
sorties. Où est-il passé ? Que fait-il ? Quand va-t-il montrer
son museau ? Il n'est pas mort, au moins ? Il s'est enfermé dans
son nid. Mais, il ne bouge plus ! Comment va-t-il vivre tout ce
temps, dans le froid, sans manger et sans boire ?
Une certaine protection thermique
Le nid énorme, la fourrure épaisse et touffue, une couche de
graisse sous la peau et toute la famille réunie en boule
assurent la conservation d'une certaine chaleur. Mais, dans quel
état sont-ils ? Tout ce petit monde est froid, raide,
inconscient, insensible à une excitation, le tube digestif
certainement plein des derniers repas ne doit plus assurer la
digestion, ou très lentement. Plongé dans une profonde léthargie,
le hérisson ne risque pas de bouger et de se montrer. Voilà des
conditions de vie bien étranges pour un animal homéotherme
comme nous, c'est-à-dire capable de maintenir une température
corporelle constante, à environ 35 °C, en fabriquant de la
chaleur interne. Que se passe-t-il donc dans son corps ?
Les fonctions vitales ralenties
Dès son installation dans le nid, des modifications
importantes bouleversent le fonctionnement régulier de tous ses
organes.
Sa température corporelle reste stable pendant deux heures puis
diminue progressivement, en une quinzaine d'heures, jusqu'à une
valeur minimale de 5 °C. Il devient tout froid. Cette température
restera de 1 °C supérieure à celle du nid.
Son cœur passe de 190 à 8 battements
par minute de façon très irrégulière, en dix heures, et le sang
circule de plus en plus lentement dans ses vaisseaux. Voilà un
muscle cardiaque insensible aux basses températures et qui
continue à battre même à des températures à peine supérieures
à 0 °C ! Cela ne peut se produire chez n'importe quel homéotherme :
un cœur de non hibernant s'arrête de battre à une température
interne inférieure à 20 °C environ. Il ne supporte pas
l'hypothermie.
Sa respiration devient imperceptible. Des 25 mouvements
respiratoires par minute on n'en compte plus qu'un toutes les
50 minutes. On peut penser que la vie l'a quitté. Dans cet état de
vie ralentie, sa consommation d'oxygène est réduite : de
2000 centimètres cubes par kilo, elle est passée à 200 cm3/kg,
très irrégulièrement, pendant trois heures, pour atteindre la
valeur minimale au bout de dix heures.
La croissance du petit s'est arrêtée avec l'arrêt
de l'alimentation. Le hérisson est passé en hibernation
et ses organes sont soumis à des conditions qu'aucun autre homéotherme
non hibernant ne pourrait supporter.
Une léthargie intéressante
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Les conséquences de cette réduction
de l'activité par un endormissement profond sont un
ralentissement du métabolisme à une valeur de 1 à 3 %
du métabolisme de base de l'animal en vie active. Le métabolisme
de base correspond au fonctionnement minimal des organes
vitaux, au repos, à jeûn, à neutralité thermique de
15 °C. Les réactions d'oxydation des aliments, faute
d'oxygène, sont extrêmement réduites et la production
de chaleur, infime, est insuffisante pour maintenir la
température interne constante à 35 °C. Elle s'abaisse
en suivant la température extérieure. Mais, chez l'homéotherme
hibernant, les régulations thermiques ne sont pas
abolies. Elles sont établies à un niveau différent. Au
lieu d'augmenter ses dépenses énergétiques pour lutter
contre le refroidissement, il abaisse son métabolisme de
façon contrôlée et réversible et s'installe dans un
état économique. Cette réaction physiologique permet
une grande épargne d'énergie à une période où
l'alimentation se fait rare et assure la survie de
l'animal aux conditions défavorables de l'environnement.
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Le graphique ci-dessus représente la masse du hérisson de juin à mai.
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Que font-ils dans leur nid ?
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Leur profond
sommeil est en fait entrecoupé de réveils périodiques
avec production de frissons. Au nombre de 7 environ sur
la durée de la période d'hibernation, ils sont brefs,
limités à une demi-journée selon le rythme biologique
de leur espèce. Le hérisson a en effet la capacité d'élever
spontanément sa température corporelle de 30 °C en
100 minutes, avec une consommation d'oxygène multipliée par 16
pendant quelques heures, avant de sombrer à nouveau
dans sa léthargie.
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Le graphique ci-dessus représente les réveils périodiques du hérisson
et sa température corporelle.
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L'importance des réveils périodiques
Tout au long de la vie ralentie, ses organes fonctionnent au
minimum en utilisant les réserves de graisse. Les cellules
produisent alors des déchets très toxiques comme l'urée et
l'acide urique. Au cours des réveils périodiques, la
consommation des graisses est plus importante et la présence de
déchets augmente fortement dans le sang. Par épuration lente du
sang au niveau des reins, ces déchets se retrouvent dans les
urines. À l'occasion des réveils périodiques, l'urine est
rejetée en même temps que quelques crottes des derniers repas
dont la digestion a été très ralentie. La suppression de ces réveils
s'avère donc mortelle pour l'animal qui s'empoisonne avec ses
propres toxines. Il peut aussi faiblement s'alimenter. L'énergie
consommée est nécessaire au réchauffement et au maintien de la
température corporelle du niveau d'éveil pendant quelques
heures. On comprend que les jeunes risquent facilement leur vie
au cours de ces réveils car leurs réserves sont faibles.
Le grand réveil
À la mi-février, finies les économies d'énergie ! C'est un
hérisson amaigri qui sort de sa torpeur pour reprendre une vie
active pendant 6 mois.
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Le hérisson peut-il geler dans son nid ?
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| Temp. du nid | Fréq. cardiaque | Temp. du corps |
| °C | /min | °C |
| 4,5 | 8 | 5,1 |
| 0 | 15 | 4,6 |
| -1,5 | 17 | 2,8 |
| -5 | 19 | 2,8 |
| -1,5 | 13 | 3,1 |
| 4 | 8 | 4,5 |
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L'animal reste sensible aux
variations de son environnement. Si la température du
nid passe au-dessous de 0 °C, il y a danger pour sa
survie ! L'animal se réveille alors automatiquement avec
de grands frissons. Sa fréquence cardiaque augmente avec
production d'énergie pour que la température corporelle
reste basse mais toujours supérieure à 0 °C et à peu
près constante. Il cherche à se nourrir pour compenser
cette utilisation imprévue d'énergie. Le thermostat de
régulation n'est donc pas débranché mais il est réglé
à une température constante plus basse qui peut être régulée
en cas de besoin. L'état de torpeur n'est pas si passif
qu'il paraît et l'hibernant ne peut s'y plonger de façon
ininterrompue sous peine d'y laisser la vie.
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