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Animaux
bizarres
par Nicolle MATHÉ
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DROMADAIRE
Un monde de soif
Genista Informations N° 281,
février-mars 2002
L'homme, privé d'eau
pendant huit jours, meurt.
Le dromadaire, lui, a un système de thermorégulation original
qui le transforme en outre ambulante. C'est là la clé de son
adaptation.
L'eau qui participe aux fonctions de respiration, de digestion,
de refroidissement et d'excrétion n'est pas libérée en grande
quantité en saison sèche et des mécanismes de récupération
de l'eau se mettent en place pour compenser les pertes minimales
inévitables.
Absorber le moins de chaleur possible...
Son pelage, d'environ 2,5 kg, isole le dromadaire de la température extérieure et ce d'autant mieux qu'il est clair, donc apte à réfléchir le maximum de rayons. Il adopte aussi des attitudes qui le protègent du réchauffement : en mouvement ou à l'arrêt, il se tient face ou dos au soleil pour réduire la surface corporelle exposée.
Renvoyer le plus de chaleur possible
Le chameau n'a pas de couche de graisse dans l'hypoderme pour retenir la chaleur interne. Son corps agit comme un radiateur qui dissipe la chaleur. Cela lui évite l'hyperthermie.
Au repos, dans la journée, il rejoint un groupe de chameaux serrés les uns contre les autres. Comme sa température interne est inférieure à celle de l'air, surtout dans la partie basse de son corps un peu plus isolée par la bosse, elle s'abaisse encore plus facilement.
Ce phénomène s'accentue la nuit puisque la température est basse dans le désert (moins de 10°C). La déperdition de la chaleur accumulée dans la journée est alors importante.
Le chameau a ainsi la faculté, exceptionnelle pour un homéotherme actif, de faire varier sa température interne entre 34 et 42ºC quand la température extérieure varie de 10º à +50ºC. Ceci fait que sa température interne va s'abaisser pendant la nuit jusqu'à 34ºC.
Ce mécanisme a pour effet de retarder l'élévation de la température pendant le jour.
| Un
antitranspirant ? ...inutile ! Les centres nerveux thermorégulateurs du chameau ne sont sensibles à une élévation de la température interne qu'à partir de 40°C. Le chameau commence alors à lutter contre le réchauffement. Il a donc la faculté de supporter des écarts de température interne de 4 à 6ºC avant de se mettre à transpirer et à souffrir de troubles liés à la déshydratation que cela occasionne. Jusqu'à 40°C, il économise de l'eau par défaut de sudation. |
La courbe de température des chameaux
La température des chameaux (en rouge) s'élève avec la température extérieure (en noir).
Le chameau ne transpire qu'au-delà de 40°C. La nuit, sa température
descend à 34°C, ce qui retarde son élévation le jour suivant.
Graisse ou pas graisse ?
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| La chaleur pénètre facilement à travers la peau nue de lhomme (à gauche), mais la graisse préserve le corps du refroidissement. Léquilibre est maintenu par lévaporation de la sueur. | Le chameau (à droite) a une température interne plus élevée et n'a pas de graisse ; il perd aisément ses calories. Les poils jouent le rôle disolant. |
Réduire les besoins en eau
Le chameau est un ruminant particulier dont l'estomac est composé de quatre poches. Chez lui, la panse contient non seulement des bactéries comme celle des autres ruminants mais aussi des glandes digestives.
Les branches d'épineux et les feuilles sèches, avalées sans être mâchées, sont stockées dans cette grande poche où les cellules végétales voient leurs parois riches en cellulose se dégrader en hydrates de carbone. Le chameau régurgite de temps en temps des boules de nourriture pour les mâcher longuement avant de les avaler. Leur digestion se termine dans les autres poches et l'intestin grêle qui est très long.
Lors de la décomposition par les bactéries, une quantité de chaleur est produite. Une grande partie de cette chaleur est éliminée par éructation mais cela surmène le système thermo-régulateur et accroît les besoins en eau de refroidissement.
On comprend alors qu'en période sèche, la végétation étant rare, cette production de chaleur interne par la digestion est réduite. La thermogenèse diminue donc et les besoins en eau aussi.
| Récupération
de la vapeur deau Dans la chaleur, le chameau ne halète pas et son rythme respiratoire est ralenti entre 8 et 16 mouvements par minute. Il exhale donc peu de vapeur deau. En plus, il contracte les muscles de ses narines pour refroidir la vapeur deau quand même expirée. Leau résultant de cette condensation est réabsorbée par la muqueuse nasale. Lair qui entre lors de linspiration subit le même traitement et, quand la vapeur deau se condense devant ses naseaux, les gouttelettes deau constituées sont guidées jusquà la bouche par les sillons de la lèvre supérieure. |
Un recyclage de l'eau !
L'eau qui circule dans l'intestin et les reins est en partie réabsorbée grâce à l'action conjuguée de deux hormones libérées en plus grande quantité : l'aldo-stérone et l'ADH, hormone antidiurétique.
La réduction du volume sanguin par manque d'eau, stimule la sécrétion d'ADH qui favorise, au niveau de l'intestin, la réabsorption d'eau provenant des sucs digestifs et des aliments. Les selles sont donc quasiment sèches. Cette hormone augmente la perméabilité cellulaire et agit aussi sur les reins pour favoriser la réabsorption de l'eau de l'urine, des tubes urinaires vers le sang. La quantité d'urine est aussi réduite au minimum.
La nourriture végétale apportant peu de protéines, à l'inverse d'une alimentation carnée, le foie a peu d'acides aminés en excès à dégrader en urée et acide urique. L'urine, chargée de débarrasser le sang de ces substances hautement toxiques, peut donc être très concentrée chez le chameau.
En même temps, la quantité de sodium diminue dans le sang et l'eau n'est pas fixée dans les tissus. La pression sanguine diminuant, l'aldostérone est libérée pour favoriser la rétention de sodium au niveau des reins et, en conséquence, la fixation d'eau dans le corps.
Le renouvellement de l'eau
Les besoins en eau strictement nécessaires s'ils ne sont pas apportés par l'eau et les aliments qui font défaut, par quoi le sont-ils ? Les travaux de Knut et Bodil Schmidt-Nielsen ont montré que le chameau vit sur l'eau drainée dans le plasma, la lymphe interstitielle puis le cytoplasme cellulaire, mais aussi sur celle qui provient de réactions chimiques de la décomposition des graisses : c'est l'eau métabolique.
Une bosse bénie
Chez le dromadaire, la graisse est en fait accumulée en un seul point pendant la période où la nourriture est abondante. Elle forme cette fameuse bosse qui peut peser jusqu'à 14 kg.
C'est une réserve énergétique que le chameau brûle en l'absence de nourriture verte. Cette réaction chimique lui apporte une petite quantité, mais combien précieuse, d'eau métabolique : chaque kilo de graisse consommé apporte 2 litres d'eau métabolique.
La décomposition de la graisse produit de l'hydrogène qui se combine au dioxygène absorbé par inspiration pour former de l'eau.
En combinant cette eau métabolique avec l'eau présente dans les cellules, la lymphe interstitielle et le plasma, le chameau peut se comporter normalement pendant une longue période, même en travaillant. Si le jeûne se prolonge une quinzaine de jours, la bosse devient molle, rétrécit, peut fondre de moitié et, si trop de graisse est partie, la magnifique bosse devient un petit amas qui pend tristement sur le côté du dos du chameau. Chez un vieux chameau, la bosse étant pauvre en graisse, les conditions extrêmes sont mal supportées. Sur une durée de vie de 50 ans, le chameau prend donc sa retraite à 25 ans, le chanceux !

La chamelle utilise aussi de l'eau pour fabriquer du lait après la naissance, en période humide, d'un petit ou de jumeaux, après 12 mois de gestation. Le lait qu'elle produit est riche en potassium qui participe à la rétention d'eau dans les tissus, si bien qu'un nomade n'a besoin que de 2 à 4 litres de ce précieux breuvage au lieu de 12 litres d'eau par jour. Le lait contient aussi peu de graisse et de lactose mais beaucoup de fer et de vitamine C. La chamelle en produit même en période de sécheresse alors que les autres espèces (chèvres, brebis et autres) s'arrêtent d'en produire. À chaque étape, elle peut donc abreuver quelque assoiffé imprudent.
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LE DROMADAIRE : VIVRE À L'EXTRÊME
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