GENISTA (1971) : LE DROMADAIRE : VIVRE À L'EXTRÊME ("GENISTA INFORMATIONS")



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Le dromadaire [1]

The dromedary : living in the extreme

Vivre à l'extrême

Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 280, janvier 2002 (Étranges animaux)

Tête de dromadaire par Nicolle Mathé Parmi les mammifères, nous pouvons rencontrer les économiseurs d'énergie que sont les hibernants :
privés de nourriture et d'eau en saison froide, ils limitent au maximum leur activité
pour consommer le moins d'énergie possible. Mais il en est aussi un, unique en son genre,
qui vit dans les conditions extrêmes des déserts brûlants : c'est le dromadaire.
Comment peut-il survivre à quinze jours de privation d'eau et de nourriture en restant actif ?
  

Le fruit d'une sélection naturelle


Dromadaire par Nicolle Mathé

Les ancêtres du dromadaire auraient vécu en Amérique du Nord. Il y a dix millions d'années, ils auraient migré dans deux directions pour évoluer vers des formes adaptées aux régions désertiques :

— Ceux qui traversèrent le détroit de Béring donnèrent le chameau de Bactriane, à deux bosses, des déserts froids d'Asie.

— Ceux qui se déplacèrent vers le sud donnèrent le chameau d'Afrique à une bosse ou dromadaire, Camelus dromedarius, des déserts chauds.


Un caractère affirmé


Le chameau, auquel on reconnaît de la patience, de l'intelligence, une grande mémoire, est aussi grognon et obstiné, et il peut nourrir un sentiment de haine envers un autre chameau ou une personne et ne s'extérioriser, en entrant dans une fureur folle, que beaucoup plus tard.
David Taylor, dans Zoo Vet, raconte qu'un conducteur de chameau asiatique qui sent venir une réaction intempestive de sa monture, lui donne sa veste. Piétinée, mordue et déchirée, elle absorbe la haine accumulée. Il reprend alors sa monture redevenue docile.



Une adaptation exploitée

Malgré ce caractère, l'homme fut prompt à reconnaître les qualités d'adaptation du chameau : en Afrique, sa domestication date de 1400 av. J.-C. Actuellement, sur les 18 millions de dromadaires que compte le monde, 14 millions sont en Afrique.

Il assure le transport d'hommes et de marchandises, jusqu'à 200 kg, à travers les déserts, parcourant jusqu'à 160 km par jour.
Il fournit du lait, du poil servant à tisser vêtements, couvertures, tapis et toiles de tentes, de la viande et du cuir. Il est aussi dressé pour les courses et les combats cruels.



Un équipement unique


Sa silhouette de 2,40 m et 700 kg, bossue et disgracieuse, va l'amble (c'est-à-dire qu'il marche en levant ensemble les deux pattes d'un même côté) et avance imperturbablement sous le soleil brûlant, à 3,5 km/h, en se balançant de droite à gauche, estompée par les nuages de sable. Les poils qui recouvrent son corps le protègent des cinglants grains de silice et l'isolent de la chaleur extérieure. Ses longues pattes fines, aux muscles puissants, lui confèrent une certaine fragilité. Cet Onguligrade se déplace sur les petits sabots cornés de deux doigts. Un large et épais coussinet les réunit et s'étale pour éviter l'enfoncement dans le sable.

Dromadaire
Son museau allongé est fendu par une grande bouche aux lèvres épaisses et très mobiles, garnie de longues dents capables de saisir les branches d'épineux sans se blesser. Les narines, largement ouvertes, communiquent avec la bouche par les sillons de la lèvre supérieure. Par contraction de leurs muscles, les narines se ferment dans les tempêtes de sable.

Les oreilles, petites, sont obstruées par des paquets de poils faisant obstacle au sable mais l'ouïe n'en est pas moins fine, même si le chameau fait mine de ne rien entendre.

Ses immenses yeux au regard langoureux sont heureusement protégés du sable par une paupière transparente et deux paupières bordées de longs cils serrés sur une double rangée. Les sourcils épais et broussailleux servent de visière.



Des conditions extrêmes


Dans le désert, les rares averses violentes et brèves apportent une eau qui ruisselle, n'a pas le temps de s'infiltrer et s'évapore rapidement sous la chaleur intense. Elles représentent cependant une source d'eau majeure qui remplit les chotts et suinte dans les oasis. La rosée, condensation de la forte humidité de l'air aux heures matinales, est plus constante et profitable et équivaut à une chute de pluie annuelle. Les points d'eau sont souvent très distants et la nourriture rare est desséchée.

Avec des températures de 50 °C à l'ombre et 66 °C au soleil, le dromadaire, comme les autres animaux du désert, a recours à des adaptations physiologiques pour couvrir ses besoins en eau et en nourriture afin d'éviter le réchauffement de son corps pour rester actif.



Notre lutte contre le réchauffement du corps


Chez l'homme, à neutralité thermique de 15 °C, les pertes d'eau se font sous forme de vapeur d'eau lors de l'expiration, d'eau liquide par salivation, émission d'urine et de selles.

Quand la température extérieure s'élève, notre corps lutte contre le réchauffement en libérant de la sueur qui refroidit la surface de la peau. Il lutte contre la déshydratation en libérant une urine peu abondante donc concentrée et des selles plus sèches, le maximum d'eau étant réabsorbé par le gros intestin.

La sensation de soif doit alors être satisfaite par l'absorption de boissons et d'aliments riches en eau et en sels minéraux. Si elle n'est pas satisfaite, il y a déshydratation : le sang perd de son volume plasmatique et ne peut circuler vers la périphérie pour évacuer les calories libérées par les combustions internes. Le corps ne supportant pas une élévation de température de plus de 2 °C, c'est l'hyperthermie. La mort survient rapidement.

La perte en eau peut atteindre jusqu'à 12 % du poids du corps et l'absorption brutale d'une quantité d'eau équivalente entraîne la mort par indigestion hydrique.


Dromadaires

« Sobre comme un chameau »


Le dromadaire peut rester six mois sans boire sur un pâturage vert et peut travailler deux semaines sans boire ni manger sans que ses fonctions vitales en soient perturbées. Il peut alors supporter une perte en eau de 25 à 30 % de son poids sans signes de fatigue.

Il est aussi capable de faire le plein en eau de façon époustouflante : quand il n'est pas privé, il absorbe jusqu'à 50   litres d'eau tous les trois jours et après quinze jours de privation, il en absorbe sans danger jusqu'à 200 litres en moins de 10 minutes. Il s'arrête de boire quand il a récupéré son poids. L'eau passe des intestins dans le sang où les globules rouges, de forme ovale, acceptent la dilution, doublent de volume sans éclater, et le volume plasmatique est retrouvé. L'eau passe ensuite dans tous les tissus pour reconstituer les réserves liquidiennes de la lymphe interstitielle et des cytoplasmes cellulaires.


Dromadaire



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