Le fruit d'une sélection naturelle
Les ancêtres du dromadaire auraient vécu en Amérique du Nord. Il y a dix millions
d'années, ils auraient migré dans deux directions pour évoluer vers des formes
adaptées aux régions désertiques :
— Ceux qui traversèrent le détroit de Béring donnèrent le
chameau de Bactriane, à deux bosses, des déserts froids d'Asie.
— Ceux qui se déplacèrent vers le sud donnèrent le
chameau d'Afrique à une bosse ou dromadaire, Camelus dromedarius,
des déserts chauds.
Un caractère affirmé
Le chameau, auquel on reconnaît de la patience, de l'intelligence,
une grande mémoire, est aussi grognon et obstiné, et il peut
nourrir un sentiment de haine envers un autre chameau ou une
personne et ne s'extérioriser, en entrant dans une fureur folle,
que beaucoup plus tard.
David Taylor, dans Zoo Vet,
raconte qu'un conducteur de chameau asiatique qui sent venir une
réaction intempestive de sa monture, lui donne sa veste. Piétinée,
mordue et déchirée, elle absorbe la haine accumulée. Il
reprend alors sa monture redevenue docile.
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Une adaptation exploitée
Malgré ce caractère, l'homme
fut prompt à reconnaître les qualités d'adaptation
du chameau : en Afrique, sa domestication date de 1400 av. J.-C.
Actuellement, sur les 18 millions de dromadaires
que compte le monde, 14 millions sont en Afrique.
Il assure le transport d'hommes
et de marchandises, jusqu'à 200 kg, à travers les
déserts, parcourant jusqu'à 160 km par jour.
Il fournit du lait, du poil servant à tisser vêtements,
couvertures, tapis et toiles de tentes, de la viande et
du cuir. Il est aussi dressé pour les courses et les
combats cruels.
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Un équipement unique
Sa silhouette de 2,40 m et 700 kg, bossue et disgracieuse, va
l'amble (c'est-à-dire qu'il marche en levant ensemble les deux
pattes d'un même côté) et avance imperturbablement sous
le soleil brûlant, à 3,5 km/h, en se balançant de droite à
gauche, estompée par les nuages de sable. Les poils qui
recouvrent son corps le protègent des cinglants grains de silice
et l'isolent de la chaleur extérieure. Ses longues pattes fines,
aux muscles puissants, lui confèrent une certaine fragilité.
Cet Onguligrade se déplace sur les petits
sabots cornés de deux doigts. Un large et épais coussinet les réunit
et s'étale pour éviter l'enfoncement dans le sable.
Son museau allongé est fendu par une grande bouche
aux lèvres épaisses et très mobiles, garnie de longues dents
capables de saisir les branches d'épineux sans se blesser. Les
narines, largement ouvertes, communiquent avec la bouche par les
sillons de la lèvre supérieure. Par contraction de leurs
muscles, les narines se ferment dans les tempêtes de sable.
Les oreilles, petites, sont obstruées par des paquets de poils
faisant obstacle au sable mais l'ouïe n'en est pas moins fine, même
si le chameau fait mine de ne rien entendre.
Ses immenses yeux au regard langoureux sont heureusement protégés
du sable par une paupière transparente et deux paupières bordées
de longs cils serrés sur une double rangée. Les sourcils épais
et broussailleux servent de visière.
Des conditions extrêmes
Dans le désert, les rares averses violentes et brèves apportent une
eau qui ruisselle, n'a pas le temps de s'infiltrer et s'évapore
rapidement sous la chaleur intense. Elles représentent cependant
une source d'eau majeure qui remplit les chotts et suinte dans
les oasis. La rosée, condensation de la forte humidité de l'air
aux heures matinales, est plus constante et profitable et équivaut
à une chute de pluie annuelle. Les points d'eau sont souvent très
distants et la nourriture rare est desséchée.
Avec des températures de 50 °C à l'ombre et 66 °C au soleil, le
dromadaire, comme les autres animaux du désert, a recours à des
adaptations physiologiques pour couvrir ses besoins en eau et en
nourriture afin d'éviter le réchauffement de son corps pour
rester actif.
Notre lutte contre le réchauffement du corps
Chez l'homme, à neutralité thermique de 15 °C,
les pertes d'eau se font sous forme de vapeur d'eau lors de
l'expiration, d'eau liquide par salivation, émission d'urine et
de selles.
Quand la température extérieure s'élève, notre corps lutte contre
le réchauffement en libérant de la sueur qui
refroidit la surface de la peau. Il lutte contre la déshydratation
en libérant une urine peu abondante donc
concentrée et des selles plus sèches, le maximum d'eau étant réabsorbé
par le gros intestin.
La sensation de soif doit alors être satisfaite par l'absorption de
boissons et d'aliments riches en eau et en sels minéraux. Si
elle n'est pas satisfaite, il y a déshydratation : le sang perd
de son volume plasmatique et ne peut circuler vers la périphérie
pour évacuer les calories libérées par les combustions
internes. Le corps ne supportant pas une élévation de température
de plus de 2 °C, c'est l'hyperthermie. La mort
survient rapidement.
La perte en eau peut atteindre jusqu'à 12 % du poids du corps et
l'absorption brutale d'une quantité d'eau équivalente entraîne
la mort par indigestion hydrique.
« Sobre comme un chameau »
Le dromadaire peut rester six mois
sans boire sur un pâturage vert et peut travailler deux semaines
sans boire ni manger sans que ses fonctions vitales en soient
perturbées. Il peut alors supporter une perte en eau de 25 à 30 %
de son poids sans signes de fatigue.
Il est aussi capable de faire le
plein en eau de façon époustouflante : quand il n'est pas privé,
il absorbe jusqu'à 50
litres d'eau tous les trois jours et après
quinze jours de privation, il en absorbe sans danger jusqu'à 200 litres
en moins de 10 minutes. Il s'arrête de boire quand il a récupéré
son poids. L'eau passe des intestins dans le sang où les
globules rouges, de forme ovale, acceptent la
dilution, doublent de volume sans éclater, et le volume
plasmatique est retrouvé. L'eau passe ensuite dans tous les
tissus pour reconstituer les réserves liquidiennes de la lymphe
interstitielle et des cytoplasmes cellulaires.
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