 |
 |
|
 |
 |
 |
|
|
|
|
|
|
|
La chauve-souris [3]
The bat [3]
: A ticket for survival
Ticket de survie
Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 310, janvier-février 2005 (Étranges animaux)
|
Elle a enfin changé de statut !
D'animal damné cloué aux portes des granges, la chauve-souris,
seul mammifère au vol actif, est devenue animal protégé. Oui, mais alors, nous allons être envahis !
Les peurs ancestrales sont tenaces et la psychose peut se réinstaller dans les petites têtes
si nous n'y prenons garde !
|
Utile ou inutile ?
En prenant le relais des hirondelles, martinets et autres
insectivores diurnes, la chauve-souris participe à la lutte biologique
en nocturne. Selon son poids, elle consomme 3 à 20 grammes d'insectes par nuit soit 300 g
à 2 kg en cent jours de vie active. Une colonie de
1500 individus, véritable insecticide naturel, nous débarrasse donc de
450 kg à 3 tonnes d'insectes par an, pendant notre sommeil !
Ce petit animal, surdoué de l'écholocation, est aussi un
précieux modèle pour tous les chercheurs spécialistes en radars et sonars. Le
larynx émetteur d'ultrasons, l'oreille réceptrice et le cerveau analyseur
achent des ingéniosités de la nature.
Les chauves-souris nectarivores et frugivores participent à la pollinisation
des fleurs et à la dispersion des graines, en prolongeant l'action
diurne des insectes pollinisateurs et des oiseaux granivores.
En outre, les colonies importantes rejettent des quantités
impressionnantes de déchets qui constituent un engrais naturel
appréciable.
Survie dans le froid
Les Roussettes se regroupent en grappes. Life.
Si les Mégachiroptères ont une température interne stable
et restent actifs en hiver comme en été, les Microchiroptères insectivores
sont privés d'insectes dès que le froid s'installe.
Certains, migrateurs, parcourent alors jusqu'à 2000 km pour
atteindre des gîtes d'hiver riches en insectes.
D'autres, réagissent au manque de nourriture en passant à une vie
ralentie, peu consommatrice d'énergie. Pour ces chauves-souris, se
posent du même coup les problèmes de leur vulnérabilité et de leur reproduction.
Le gîte d'hiver
En fin d'été, les chauves-souris chassent pour constituer des réserves
de graisse, source énergétique immédiatement disponible, et se mettent en
quête d'un gîte qu'elles coloniseront progressivement.
Ce gîte doit leur permettre une installation pour un sommeil de
cinq à six mois, en sécurité, car, dans cet état de léthargie, ce sont des
proies faciles.
Toutes les conditions de survie doivent alors être réunies : une
température entre 0 et 10°C, un
air saturé en humidité, un point d'eau et un calme absolu
car les réveils non programmés conduisent à la mort.
Penser à s'accoupler !
C'est aussi en septembre-octobre, que les chauves-souris
femelles rejoignent les mâles dans leur gîte d'été. Elles se suspendent tête en
bas pour assurer l'accrochage et les mâles, dont les testicules migrent
de l'abdomen dans les bourses pour cette occasion, s'agrippent à elles et
déposent leur sperme dans le vagin.
Un mâle peut ainsi s'accoupler avec une dizaine de femelles.
L'ovulation ne se produisant qu'au grand réveil printanier, le sperme est
conservé jusque-là grâce à la formation d'un bouchon vaginal. Il se produira
donc une fécondation différée.
Il arrive aussi que l'ovulation se produise avant l'entrée en
hibernation mais la masse embryonnaire arrête son développement avant
l'implantation dans l'utérus et reste libre dans une trompe jusqu'au réveil
printanier. Dans ce cas, c'est la nidation qui est différée.
La vie ralentie
Les insectes disparaissant, la chauve-souris ne mange plus et
son métabolisme diminue de plus en plus pour limiter les pertes d'énergie. Sa
température interne s'abaisse en restant légèrement supérieure à la température
ambiante. Elle entre en hibernation, accrochée à son support.
Des réveils périodiques cycliques et vitaux lui
permettent d'évacuer ses déchets toxiques, de boire et de changer de points
d'accrochage. La température de son corps qui peut avoisiner 0°C s'élève alors brutalement
à 40°C, ses rythmes respiratoire et cardiaque
redeviennent normaux. L'énergie provenant des réserves de graisse, des réveils
supplémentaires peuvent provoquer une panne d'énergie avant la fin de
l'hibernation et la mort par hypothermie.
L'hibernation des chauves-souris.
Vive le printemps !
Les insectes pullulent et les chauves-souris, qui sortent de
leur long sommeil, peuvent reconstituer leurs réserves : elles ont perdu un
tiers de leur poids.
Les femelles libèrent un ovule qui est assailli par les
spermatozoïdes restés vivants. Chez certaines autres, c'est la masse
embryonnaire qui reprend son développement en se fixant dans l'utérus.
La gestation varie de 45 jours chez la pipistrelle
à 8 mois chez la grande roussette et peut être rallongée s'il fait
froid. Un à deux petits peuvent se former puisque la femelle n'a que deux
mamelles.
Les gîtes d'été
Les mâles et les jeunes de moins de deux ans vivent dans des
gîtes variés car leur vulnérabilité n'est pas grande alors que les femelles
forment des colonies de "mise-bas" dans des gîtes judicieusement choisis,
plus ou moins vastes selon les espèces, calmes, humides, à 20-35°C,
avec une source de nourriture abondante et proche.
La femelle, accrochée par les pouces, tête en haut, donne le
jour à un petit qui sort queue la première et atterrit dans le patagium.
Des petits nus attendent le retour des adultes qui chassent. Life.
Nu et aveugle, protégé par les ailes de sa mère, il grimpe et se
fixe à une mamelle pour s'allaiter même pendant la chasse des premières nuits.
Ensuite, comme il a la faculté innée de se suspendre tête en bas, la mère le
laisse dans la crèche avec les autres petits. À son retour, elle le retrouvera,
dans l'obscurité, sans hésitation !
Les soins maternels durent 4 à 6 semaines, selon les
espèces et le climat, et les petits sont indépendants moins de trois mois après
leur naissance.
Ils atteignent leur maturité au bout de un à deux ans et
leur longévité est de l'ordre de 30 ans pour les grandes roussettes et
les vampires.
L'invasion ?
Les chauves-souris ayant des prédateurs, leurs populations se
régulent d'elles-mêmes en fonction de la nourriture disponible et du climat,
pour arriver à un équilibre naturel. Une population stable est favorable
au bon déroulement de la chaîne alimentaire dont elle constitue un
maillon indispensable puisque la chauve-souris existe sous cette forme déjà
très évoluée depuis au moins 60 millions d'années !
Les mesures...
Au niveau international, elles touchent la chauve-souris
comme de nombreuses autres espèces menacées : les Conventions de Bonn
et de Berne ainsi que la Directive 92/43/CEE traitent de la
conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de
la flore sauvages.
Une protection difficile
Les conditions de vie étant strictes pour le bon déroulement du
cycle biologique de la chauve-souris, les moyens de le perturber sont
multiples : usage d'insecticides à grande échelle qui la prive de nourriture,
destruction des haies qui isole les gîtes nombreux en zones boisées,
assèchement des zones humides, fermeture des combles et clochers par du
grillage, traitement des charpentes, fréquentation accrue des grottes par les
spéléologues et les touristes.
|
Danger de mort
La rage est une maladie virale, toujours mortelle pour
l'homme, transmise par la salive des animaux malades (chiens, chats, loups,
renards, chauves-souris).
Quelques chauves-souris sont infectées par le virus rhabdoviridæ
et peuvent le transmettre à l'homme.
Heureusement, il existe un vaccin antirabique. Cependant, pour
être efficace, ce vaccin doit être administré rapidement après contact avec
l'animal infecté.
Il ne faut jamais toucher une chauve-souris !
Le virus, présent dans la salive, se transmet par une morsure,
une griffure ou le contact d'une plaie ou d'une muqueuse (yeux, nez, bouche)
avec la salive de l'animal.
Une chauve-souris morte, doit être prélevée avec une pelle ou
un autre objet, pour la déposer dans un sac épais doublé d'un deuxième sac.
Mettre le tout au congélateur, se laver les mains et contacter un vétérinaire.
|
|
|
Précaution et méfiance !
Ce ne sont pas des peluches !
La chauve-souris, comme d'autres animaux, peut transmettre des
maladies, par morsures et griffures. Elle est vectrice, par exemple, du virus
de la rage !
Quoique rarement atteinte dans nos régions, elle mérite d'autant
plus notre méfiance qu'elle a du mal à voler et se laisse facilement approcher.
Vivante ou morte, n'y touchez pas, au risque d'être contaminé !
Il faut alerter la Direction départementale des Services
vétérinaires qui dépêchera un spécialiste, fera une analyse sur l'animal et
vous conseillera.
|
|
|
|
 |
 |
 |
|
|
 |
 |