 |
 |
|
 |
 |
 |
|
|
|
|
|
|
|
La chauve-souris [2]
The bat [2]
: What voraciousness !
Quelle voracité !
Par Nicolle Mathé, Genista Informations n° 305, juillet-août 2004 (Étranges animaux)
|
Les Microchiroptères sont répartis sur tout le globe, et même jusqu'au Cercle arctique pour la
Sérotine boréale et le Vespertilion à moustaches tandis que les Mégachiroptères, eux, se limitent aux zones tropicales
et subtropicales de l'Afrique à l'Asie et à l'Océanie. Les régimes alimentaires variés de ces chauves-souris
doivent expliquer cette répartition.
|
Des plus effrayantes...
Si certains Microchiroptères, en mangeant de tout, sont omnivores, ceux qui effraient
toujours sont les hématophages, adaptés à la succion du sang.
Ces Vrais vampires, ou Desmodontidæ (3 espèces), sévissent du Mexique au Chili.
Ils possèdent un bourrelet nasal nu formant un sillon en "U", des molaires réduites, car elles n'ont rien à broyer,
et deux incisives supérieures coupantes, en forme de gouge qui perforent
la peau des animaux à sang chaud endormis, de l'homme aussi ! Leur langue se
rabat sur la lèvre inférieure en formant une gouttière par laquelle le
sang est aspiré. La quantité prélevée est faible (3 cl par nuit) mais la plaie
reste ouverte, un anticoagulant présent dans la salive empêchant sa
cicatrisation.
...aux plus rassurantes...
Ce sont en majorité des Mégachiroptères et des chauves-souris
à nez en feuille, qui portent un repli de peau dressé sur le nez.
Les Mégachiroptères frugivores, comme le Renard volant, recherchent les fruits en utilisant
la vue et l'odorat. Leurs yeux sont globuleux alors que leurs oreilles sont réduites. Ils ne
possèdent donc pas de système de sonar. Seule la Roussette fabrique des
ultrasons par claquement de la langue contre le palais avec des fréquences de 7
à 100 kilohertz. Ces chauves-souris partent en fin d'après-midi, en vol
groupé d'une cinquantaine d'individus, vers les fruits qu'elles se disputent bruyamment.
Illustration : Renard volant. Dessin Nicolle Mathé. ©2004 Genista.
L'Hypsignathe monstreux, d'Afrique occidentale et d'Ouganda, des plus bruyants, coasse et crie.
Illustration : Hypsignathe monstrueux. Life.
Certains sont nectarivores comme le Syconycteris, avec une
étonnante langue effilée pour lécher le nectar, liquide sucré accumulé
au fond du calice des fleurs. D'autres sont pollinivores et même herbivores !
Une bonne vue et un bon odorat leur sont aussi nécessaires.
Illustration : Syconycteris. Dessin Nicolle Mathé. ©2004 Genista.
Quelques Mégachiroptères sont carnivores, hématohages ou omnivores, et
se nourrissant de petits animaux, rongeurs, amphibiens, reptiles, oiseaux et... chauves-souris, mais aussi d'insectes,
de fruits et nectar. Ainsi, les Phyllostomatidæ
(100 espèces) du Mexique et du Guatemala, adaptés à tous les régimes
alimentaires, ont de grandes oreilles, un nez imposant et une langue longue.
Deux espèces d'Amérique et aussi une espèce d'Asie sont piscivores,
les poissons étant capturés à la surface de l'eau grâce à leurs griffes.
...en passant par les insecticides !
Les Microchiroptères sont, en effet, en majorité,
des insectivores dévorant moustiques, coléoptères, papillons de
nuit... Leur tête porte de petits yeux, d'immenses oreilles et un museau court.
De longues canines, pour maintenir les proies, et de grosses molaires,
pour les broyer, garnissent les mâchoires.
C'est le cas des Vespertilionidæ
(250 espèces dont la Sérotine, le Grand murin, la Noctuelle,
l'Oreillard, la Pipistrelle).
Illustration : Oreillard. Dessin Nicolle Mathé. ©2004 Genista.
Si les phytophages1 ont des facilités à repérer les fleurs et fruits pour en faire un festin, les
zoophages2 insectivores doivent, eux,
être capables de repérer puis de saisir de minuscules proies qui volent dans la nuit !
Une technique de repérage
De nuit, la vue ne permettant que le repérage des obstacles de
grandes dimensions, certaines chauves- souris ont développé un système de
repérage d'une précision infaillible : l'écholocation.
Illustration : Faux vampire. Dessin Nicolle Mathé. ©2004 Genista.
Leur larynx, à membranes spéciales, émet, selon les espèces, des
ultrasons de 30 à 120 000 hertz, par séries espacées de 1/10e de seconde,
en faisceaux plus ou moins larges selon la forme de la bouche.
Chez les Rhinolophidæ (50 espèces), les Hipposideridæ
(100 espèces) et les Mégadermatidæ (Faux Vampire et Porte-épée), une feuille nasale s'étend
autour des narines. Elle concentre les ultrasons en un faisceau dirigeable par
les mouvements de la tête et assure une modulation de leurs fréquences.
Illustration : Porte-épée. Dessin Nicolle Mathé. ©2004 Genista.
Certaines chauves-souris altèrent ainsi la réception des fréquences radio FM !
Capter l'écho renvoyé
Les pavillons des oreilles de taille parfois supérieure à
celle du corps, en forme d'entonnoir chez les Natalidæ (115 espèces)
ou doublés par une languette de formes variables à
l'allure d'un deuxième pavillon à l'intérieur du premier chez les Vespertilionidæ (Oreillard),
se déplacent indépendamment l'un de l'autre pour capter les ultrasons réfléchis
par les obstacles. Ils relèvent ainsi les dimensions et la position exacte
d'une proie dans l'espace.
Illustration : Écholocation.
L'appareil auditif particulièrement évolué comporte une cochlée
très volumineuse. Il est sensible à des échos d'intensité inférieure à 35
décibels à celle du bruit ambiant et capte jusqu'à 100 000 vibrations par
seconde. La languette ou tragus concentre encore plus le faisceau,
améliore le diagramme de directivité et élimine les zones d'ombre sonore.
Analyser les ultrasons
Le cerveau, de petite taille et dépourvu de circonvolutions,
comporte des cellules nerveuses sensorielles de différents types. L'analyse des
réflexions doit être complexe et l'image mentale des objets précise,
avec évaluation de leur emplacement et de leurs propriétés physiques.
Saisir la proie mobile
La chauve-souris se dirige vers la proie à vitesse vertigineuse,
en ajustant sa trajectoire à chaque instant, par émission d'ultrasons
rapprochés et de fréquence supérieure, et en suivant l'écho des ondes
réfléchies sur la proie.
L'interception se fait avec un piqué foudroyant. L'insecte est
saisi au moyen d'une aile, véritable épuisette qui possède de nombreux
récepteurs tactiles, donc aussi sensible qu'une main. La proie est ramenée dans
la partie caudale du patagium où elle est consommée.
Le réflexe vital !
Les régimes protidiques, composés d'animaux, nécessitent une abondante absorption d'eau pour éliminer l'urée,
déchet toxique résultant de la dégradation des protéines par le foie. L'eau
assurant son rejet par les reins, c'est la mort en cas de déshydratation.
Ainsi les chauves-souris jouent les noctambules pour
échapper à la déshydratation mais aussi pour éviter les prédateurs et une forte
compétition pour la nourriture.
|
|
|
Notes :
1 phytophage : mangeur de plantes.
2 zoophage : mangeur d'animaux.
|
|
|
 |
 |
 |
|
|
 |
 |